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	<title>Robert Bourgoing</title>
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	<description>Voyages *** Rencontres *** Découvertes</description>
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		<title>Canada: Mon pays, c&#8217;est l&#8217;hiver</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Feb 2012 15:33:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Une histoire d'amour improbable: des immigrants déclarent leur flamme à l'hiver canadien.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Source: https://picasaweb.google.com/OttawaTourismPhotos/OttawaTourismPhotos#5306422763965200930" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/MonPaysCestLHiver03.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2596" title="Source: https://picasaweb.google.com/OttawaTourismPhotos/OttawaTourismPhotos#5306422763965200930" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/MonPaysCestLHiver03.jpg" alt="Source: https://picasaweb.google.com/OttawaTourismPhotos/OttawaTourismPhotos#5306422763965200930" width="600" height="398" /></a></p>
<p>En face du Parlement canadien, il y a la plus longue patinoire au monde, huit kilomètres de glace entre deux écluses qu&#8217;on ferme chaque année avant le gel sur un tronçon du <a title="Article Wikipedia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_Rideau" target="_blank">canal Rideau</a>, en prévision du festival <a title="Bal de neige" href="http://www.capitaleducanada.gc.ca/celebrons/bal-de-neige" target="_blank">Bal de Neige</a> en février.</p>
<p>Dans les années 90, quand je suis journaliste à Radio-Canada, au dernier étage de l&#8217;hôtel Château Laurier (à droite sur la photo), il me suffit de traverser la rue pour admirer le spectacle de ces Africains, Asiatiques, Arabes et Latinos qui prennent leur courage à deux mains, chaussent des patins et s&#8217;élancent sur la glace pour la première fois de leur vie.</p>
<p>Je n&#8217;oublierai jamais leurs regards terrifiés, leurs gestes hésitants, leurs styles acrobatiques, leurs chutes vertigineuses, mais aussi leurs éclats de rire et mon émotion de découvrir qu&#8217;on puisse se donner autant de mal pour apprivoiser ce pays. C&#8217;est ce qui me donne l&#8217;idée de ce reportage radio sur l&#8217;hiver et les immigrants diffusé à &laquo;&nbsp;Transit&nbsp;&raquo;, une émission de fin d&#8217;après-midi animée par <a title="Danièle Grenier" href="http://www.radio-canada.ca/emissions/Divines_tentations/2010-2011/index.asp" target="_blank">Danièle Grenier</a>.</p>
<table width="100%" border="0" cellpadding="0" bgcolor="#ffffff">
<tbody>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="35%">
<h3><strong>Ecoutez le reportage:</strong></h3>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="65%">
<div style="text-align: left;" align="center"></div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: right;"><em>*Pour télécharger, faire clic-droit sur  <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Canada_Immigrants_Hiver.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a>  et &laquo;&nbsp;Enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p>L&#8217;hiver canadien fait partie de ces clichés bien utiles pour entretenir les conversations quand on vit dans un autre pays, comme c&#8217;est mon cas. Mais au-delà des généralités faciles, c&#8217;est une réalité qui nécessite une véritable adaptation si on ne l&#8217;a jamais connue. C&#8217;est savoir marcher sur les trottoirs glissants, conduire sur les routes enneigées, s&#8217;habiller pour les grands froids. C&#8217;est aussi le sentiment d&#8217;être uni à de parfaits inconnus face aux éléments. C&#8217;est le plaisir de sentir son corps, le froid mordant sur la peau et la chaleur retrouvée du foyer. <span>Et quand on arrive à jouer avec l&#8217;hiver, c&#8217;est qu&#8217;on a franchi un cap, comme un baptême de glace, un seuil psychologique synonyme de son intégration.</span></p>
<p><strong>Une histoire d&#8217;amour impossible<br />
</strong></p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/hiver_big1.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 7px; border: 1px solid black;" title="Source: http://celebratecanada.wordpress.com/2009/02/08/day-127-of-a-365-day-portrait-of-canada-ottawa%E2%80%99s-winterlude-winter-festival-and-the-rideau-canal-day-two/" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/hiver_big1.jpg" alt="Source: http://celebratecanada.wordpress.com/2009/02/08/day-127-of-a-365-day-portrait-of-canada-ottawa%E2%80%99s-winterlude-winter-festival-and-the-rideau-canal-day-two/" width="200" height="267" /></a>Depuis maintenant près de vingt ans, à chacun de mes passages à Montréal, j&#8217;ai l&#8217;impression de faire des bonds dans le temps, de voir l&#8217;histoire en accéléré. Ce que je découvre est un autre pays que celui que j&#8217;ai quitté, comme un fantasme qui s&#8217;éloigne. J&#8217;ai perdu mes repères et ce qui fait l&#8217;actualité me semble parfois dérisoire. Je ne connais plus les noms des politiciens, des joueurs de hockey et des artistes. A l&#8217;heure du réchauffement, même l&#8217;hiver n&#8217;est plus le même.</p>
<p>Je suis frappé de découvrir, dans le métro et dans la rue, comme le visage de ce pays devient multicolore, d&#8217;entendre des Asiatiques ou des Latinos s&#8217;adresser en français à leurs enfants et ceux-ci leur répondre avec l&#8217;accent québécois. Je devine les drames et les espoirs qui les ont poussés à se déraciner. Je réalise les efforts que nécessite leur acclimatation à une nouvelle patrie, comme pour ce Mexicain de mon reportage: déprimé de voir ses cactus fleurir alors qu&#8217;il se sentait mourir à petit feu, Gerardo Quintanar a appris à chanter &laquo;&nbsp;Mon pays&nbsp;&raquo; pour se remonter le moral: <em></em></p>
<blockquote><p>J&#8217;ai appris la chanson de Gilles Vigneault, &laquo;&nbsp;Mon pays, ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;hiver&nbsp;&raquo;. Et je la chantais souvent. J&#8217;essayais de m&#8217;apprivoiser psychologiquement à l&#8217;hiver canadien. Ça me donnait comme une espèce de définition de ce qu&#8217;est le Canada. Que la neige n&#8217;est pas simplement froide, n&#8217;est pas simplement blanche, mais c&#8217;est le contexte où le Canada s&#8217;est fait. C&#8217;est ça le symbolisme du Canada autant que la feuille d&#8217;érable ou la fleur de lys.<em><br />
</em></p></blockquote>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/02/MonPays1.jpg"><img class="size-full wp-image-3261 alignright" style="margin-left: 7px; margin-top: 5px; border: 1px solid black;" title="MonPays" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/02/MonPays1.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>On peut voir une certaine ironie à ce que des immigrants s&#8217;approprient cet hymne patriotique québécois, devenu presque un cri de ralliement nationaliste, dans un environnement qui, au-delà du climat lui-même, leur est trop souvent hostile. Mais pas si on s&#8217;attarde au sens des paroles de Vigneault:</p>
<blockquote><p>De ce grand pays solitaire<br />
je crie avant que de me taire<br />
à tous les hommes de la terre<br />
Ma maison c&#8217;est votre maison<br />
entre ces quatre murs de glace<br />
je mets mon temps et mon espace<br />
à préparer le feu, la place<br />
pour les humains de l&#8217;horizon<br />
Et les humains sont de ma race</p></blockquote>
<p>C&#8217;est peut-être ça, le Québec de demain: un pays encore plus métissé, une terre toujours ouverte à tous les pionniers du monde, unis par les mêmes rêves et la musique de la langue. Des hommes et des femmes capables de chanter à l&#8217;unisson et déclarer leur flamme à l&#8217;hiver, comme une histoire d&#8217;amour impossible à laquelle on s&#8217;accroche et qui finira peut-être par livrer ses promesses.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Pour des nouvelles récentes sur le poète de 83 ans: <a title="Gilles Vigneault, le géant debout" href="http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-spectacles/sur-scene/201110/20/01-4459045-gilles-vigneault-le-geant-debout.php" target="_blank">Gilles Vigneault, le géant debout</a> (oct. 2011)</p>
<table width="610" border="0">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="300"><strong>Mon pays</strong></td>
<td valign="top" width="300">Quatre versions de Mon Pays, dont une interprétation étonnante du&#8230; Chœur de l&#8217;Armée rouge!</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="300">Mon pays ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;hiver<br />
Mon jardin ce n&#8217;est pas un jardin, c&#8217;est la plaine<br />
Mon chemin ce n&#8217;est pas un chemin, c&#8217;est la neige<br />
Mon pays ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;hiver<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<p>Dans la blanche cérémonie<br />
où la neige au vent se marie<br />
Dans ce pays de poudrerie<br />
mon père a fait bâtir maison<br />
Et je m&#8217;en vais être fidèle<br />
à sa manière à son modèle<br />
La chambre d&#8217;amis sera telle<br />
qu&#8217;on viendra des autres saisons<br />
pour se bâtir à côté d&#8217;elle</p>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8230;&#8230;</span><span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<p>Mon pays ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;hiver<br />
Mon refrain ce n&#8217;est pas un refrain, c&#8217;est rafale<br />
Ma maison ce n&#8217;est pas ma maison, c&#8217;est froidure<br />
Mon pays ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;hiver</p>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8230;&#8230;&#8230;</span><span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<p>De ce grand pays solitaire<br />
je crie avant que de me taire<br />
A tous les hommes de la terre<br />
ma maison c&#8217;est votre maison<br />
Entre ces quatre murs de glace<br />
je mets mon temps et mon espace<br />
À préparer le feu, la place<br />
pour les humains de l&#8217;horizon<br />
Et les humains sont de ma race</p>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8230;&#8230;</span><span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<p>Mon pays ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;hiver<br />
Mon jardin ce n&#8217;est pas un jardin, c&#8217;est la plaine<br />
Mon chemin ce n&#8217;est pas un chemin, c&#8217;est la neige<br />
Mon pays ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;hiver<br />
Mon pays ce n&#8217;est pas un pays, c&#8217;est l&#8217;envers<br />
D&#8217;un pays qui n&#8217;était ni pays ni patrie<br />
Ma chanson ce n&#8217;est pas une chanson, c&#8217;est ma vie<br />
C&#8217;est pour toi que je veux posséder mes hivers</td>
<td valign="top" width="300"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/8sDAYnVAx6g" frameborder="0" width="300" height="233"></iframe></p>
<div><object id="wat_3503431" width="300" height="169" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.wat.tv/swf2/251407nIc0K113503431" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed id="wat_3503431" width="300" height="169" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.wat.tv/swf2/251407nIc0K113503431" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" /></object></div>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8230;</span><br />
<iframe src="http://www.youtube.com/embed/KxVhDyYwWBo" frameborder="0" width="300" height="233"></iframe><br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span><br />
<iframe src="http://www.youtube.com/embed/enRto0-upsY" frameborder="0" width="300" height="182"></iframe></td>
</tr>
</tbody>
</table>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Inde: En route pour le dernier voyage</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Jan 2012 21:49:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Inde]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment ce père de famille modèle peut-il s'apprêter à piqueniquer tranquillement après l'horreur à laquelle nous venons d'assister?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="color: #ff0000;"><em>*Cet article contient des photos qui peuvent choquer</em></span></p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/2256inde8805_1024px.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2396" style="margin-top: 7px; margin-bottom: 7px;" title="2256inde8805_1024px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/2256inde8805_1024px.jpg" alt="" width="620" height="408" /></a></p>
<p>J&#8217;ai envie de vomir et je ne peux pas croire que cet homme s&#8217;apprête à piqueniquer tranquillement après ce que lui et moi venons de voir. Il déballe son sandwich qu&#8217;il mange avec appétit. Avec sa femme et ses enfants, il discute et plaisante comme si de rien n&#8217;était. Pourtant, à quelques mètres de nous, un jeune est en train de se vider de son sang et va bientôt mourir.</p>
<p>Tout à l&#8217;heure, le train dans lequel nous voyageons entre Bombay et Udaipur s&#8217;est brusquement immobilisé en quittant la dernière gare. Après dix minutes d&#8217;arrêt, je regarde par la fenêtre et aperçois un attroupement au niveau du quatrième wagon derrière nous. Nous décidons de descendre tous les deux pour aller voir ce qui se passe.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/derniervoyage.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-3148" style="border: 1px solid black;" title="derniervoyage" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/derniervoyage.jpg" alt="" width="620" height="220" /></a></p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/2255inde8805_1024px.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2402" style="margin: 7px; border: 0pt none;" title="2255inde8805_1024px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/2255inde8805_1024px.jpg" alt="" width="329" height="500" /></a>Un garçon qui voyageait sur le toit d&#8217;un wagon a perdu l&#8217;équilibre quand le train s&#8217;est ébranlé. Il est tombé sous une roue qui lui a coupé une jambe sous le genou. Nous arrivons au moment où on le remonte dans le train sur un brancard après lui avoir fait un garrot pour essayer de limiter l&#8217;hémorragie. Sa jambe amputée est placée sous son moignon, la plante du pied tournée vers le haut. Il est inconscient. L&#8217;hôpital le plus proche se trouve à 45 minutes d&#8217;ici mais il a déjà perdu trop de sang et n&#8217;a aucune chance de l&#8217;atteindre vivant.</p>
<p>J&#8217;ose prendre quelques photos. Autour de moi, étrangement, les badauds ne montrent aucune émotion apparente et personne ne me prête attention. Ils semblent vivre la chose de manière impassible, comme un fait divers de plus. Et puis, en compagnie de mon voisin de cabine, nous retournons à nos places tandis que le train redémarre.</p>
<h4>Mordre dans le temps présent</h4>
<p>Les Indiens sont-ils plus insensibles à la mort? Est-ce qu&#8217;ils la vivent de manière plus froide et distante? J&#8217;entends d&#8217;ici la réponse toute prête, comme un de ces nombreux clichés sur l&#8217;Inde:</p>
<blockquote><p>C&#8217;est le fatalisme indien! C&#8217;est parce qu&#8217;ils croient au karma et à la réincarnation: ils se disent que ça devait arriver, que ce n&#8217;est pas simplement la fin d&#8217;une vie mais le début d&#8217;une autre&#8230; C&#8217;est pour ça qu&#8217;ils conduisent de manière insouciante&#8230; etc.</p></blockquote>
<p>Bien sûr&#8230; Et les Chrétiens et les Musulmans, ils ne croient peut-être pas en la vie après la mort? Et les Italiens qui conduisent comme des fous&#8230; c&#8217;est parce qu&#8217;ils croient au karma? Non, il doit bien y avoir autre chose.</p>
<p>Ces Indiens qui n&#8217;en font pas assez me rappellent ces mères de kamikazes qui, sous d&#8217;autres cieux, posent pour les caméras en se disant fières de leurs enfants-martyres, toute peine apparemment effacée, si elle n&#8217;a jamais existé. N&#8217;ont-ils pas de cœur? Nous sommes génétiquement identiques, bien sûr, mais certains humains sont-ils moins humains que d&#8217;autres?</p>
<p>Mon amie Nilofar, une musulmane pakistanaise avec qui je travaille, me dit qu&#8217;en Inde et au Pakistan, on se pose les mêmes questions par rapport aux Occidentaux, perçus comme étant froids, matérialistes et centrés sur eux-mêmes.</p>
<blockquote><p>Nous avons la même sensibilité et ressentons le même choc devant la mort, m&#8217;assure-t-elle, mais nous l&#8217;exprimons différemment à cause de notre enrobage culturel. Je suis certaine que cet homme était choqué par ce qu&#8217;il avait vu mais en Inde, on grandit dans un environnement moins lisse qu&#8217;en Occident par rapport aux aléas de la vie. La mort est plus palpable, plus présente dans le théâtre quotidien de la vie.</p></blockquote>
<p>Nilofar a sans doute raison. La misère des bidonvilles, les crémations publiques, la violence des castes, l&#8217;extraordinaire promiscuité de plus d&#8217;un milliard d&#8217;êtres humains qui vivent les uns sur les autres, tout ça doit vous faire une jolie carapace. Ça doit blinder.</p>
<p>Et puis, s&#8217;il y a une manière &laquo;&nbsp;saine&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;naturelle&nbsp;&raquo; de se comporter face à la mort, pourquoi faudrait-il que ce soit nécessairement la mienne?</p>
<p>Je réagis différemment de mon voisin parce que j&#8217;ai grandi dans un pays où l&#8217;on ignore la mort, comme si elle ne faisait pas partie de la vie. On refuse de vieillir parce que la vieillesse, plutôt que d&#8217;être valorisée, est perçue comme une maladie, et la mort un échec.</p>
<p>Pour l&#8217;Indien en face de moi, c&#8217;est une étape naturelle d&#8217;un cycle qui n&#8217;a pas commencé à la naissance. Pour moi, c&#8217;est une fin insoutenable à laquelle rien ne me prépare. Chez moi, ceux qui vieillissent se teignent, font des régimes et s&#8217;habillent jeune. Chacun est paniqué par le temps qui passe mais fait semblant d&#8217;être éternel. Forcément, lorsque la réalité vous rattrape, c&#8217;est un choc.</p>
<p>En bout de ligne, j&#8217;envie cet homme de ne pas se laisser dérouter par cette échéance qui vient de se rappeler à nous, de manger avec appétit, de bien profiter du voyage et de mordre dans le temps présent. Parce qu&#8217;à bien y penser, il n&#8217;y a que ça qui compte.</p>
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		<item>
		<title>Somalie: La banalité du mâle</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 11:36:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Somalie]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Retour sur une séance photo douteuse et quelques sueurs froides avec mes gardes du corps somaliens.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie_cicr_600x200.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2605" title="Mai 1995. J'atterris en pleine brousse, dans l’extrême sud-ouest de la Somalie." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie_cicr_600x200.jpg" alt="Mai 1995. J'atterris en pleine brousse, dans l’extrême sud-ouest de la Somalie." width="600" height="200" /></a></p>
<p>Mai 1995. J&#8217;atterris en pleine brousse, dans l’extrême sud-ouest de la Somalie. Je viens faire le repérage pour le tournage d’un documentaire sur l’impact de l’aide humanitaire pour des réfugiés rentrés d&#8217;exil.</p>
<p>Au bout de la piste poussiéreuse, lorsque le petit avion à hélices du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) s&#8217;immobilise et qu&#8217;on ouvre la porte, je découvre mon comité d’accueil: un groupe d&#8217;hommes armés de kalachnikovs et de lance-roquettes entassés à l’arrière d’un camion pick-up.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie03.jpg"><img title="Mon comité d’accueil: un groupe d'hommes armés de kalachnikovs et de lance-roquettes (cliquez pour agrandir)" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie03.jpg" alt="Mon comité d’accueil: un groupe d'hommes armés de kalachnikovs et de lance-roquettes (cliquez pour agrandir)" width="600" height="388" /></a></p>
<p>On m&#8217;emmène rencontrer le groupe des chefs locaux, des aînés assis à l&#8217;ombre d&#8217;un acacia sur une grande bâche qu&#8217;on a déroulée pour mon accompagnateur australien et moi. Ils sont entourés d&#8217;une centaine de villageois curieux d&#8217;entendre ce qu&#8217;un Blanc vient faire par ici.</p>
<p>Comme eux, quelques milliers d&#8217;ex-réfugiés ont bravé l&#8217;incertitude qui les attend dans ce pays qu&#8217;ils avaient fui à cause de la guerre. La vie de misère dans les camps du Kenya était intenable. Ils préfèrent affronter le chaos des clans, prêts à recommencer à zéro dans un petit village près de la localité de Jilib.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/somalie.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2987" style="margin-left: 7px; border: black 1px solid;" title="Un abri de fortune pour des réfugiés rentrés d'exil (cliquez pour agrandir)" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/somalie.jpg" alt="Un abri de fortune pour des réfugiés rentrés d'exil (cliquez pour agrandir)" width="400" height="259" /></a>Assis en tailleur, je me présente et explique qu&#8217;avec un réalisateur et un caméraman qui me rejoindront plus tard, je souhaite faire un documentaire pour la télévision et la radio sur ce qu&#8217;ils vivent et le soutien qu&#8217;ils reçoivent de la Croix-Rouge. Je cherche avec eux des idées de sujet et d&#8217;angle de traitement. J&#8217;aimerais illustrer ce qu&#8217;ont enduré les femmes dans la guerre, mais je doute que ces musulmans nous permettent d&#8217;approcher leurs femmes. Je mentionne aussi, sans trop y croire, que je serais curieux de rencontrer un poète, dans un pays sans tradition écrite où les poètes, comme des troubadours, remplissent les rôles de journalistes et d&#8217;historiens.</p>
<p>Coup de chance inouï, un vieux répond qu&#8217;il y a ici un poète, que ce poète est&#8230; une femme, et que sa poésie raconte la guerre vue et vécue par&#8230; les femmes! Et pour couronner le tout, avec la bénédiction des aînés, Halima accepte même d&#8217;être filmée! Elle deviendra le personnage central de nos documentaires, dont ce grand reportage réalisé pour Radio-Canada, <a title="Somalie: La mémoire des poètes" href="http://www.bourgoing.com/1996/06/somalie-la-memoire-des-poetes/">Somalie: La mémoire des poètes</a>.</p>
<h4>La guerre des egos</h4>
<p>Après une nuit sur place, mon accompagnateur du CICR reprend l&#8217;avion de Nairobi et je reste seul derrière avec mes nouveaux amis, dont quatre gardes du corps payés pour ne pas me quitter d&#8217;une semelle. Le soir, au campement, j&#8217;apprends de nouvelles expressions de la langue somalie que je retranscris en phonétique et que je leur décline à toutes les sauces. On rit bien. J&#8217;en enregistre un qui chante une chanson d&#8217;amour traditionnelle et la fait écouter au groupe fasciné d&#8217;entendre la voix d&#8217;un des leurs ainsi reproduite.</p>
<p>Le lendemain, je leur propose de les prendre en photos, ce qu&#8217;ils acceptent immédiatement.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie02.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2559" title="Je leur propose de les prendre en photos, ce qu'ils acceptent immédiatement (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie02.jpg" alt="Je leur propose de les prendre en photos, ce qu'ils acceptent immédiatement (cliquez pour agrandir)." width="600" height="388" /></a></p>
<p>J&#8217;ai l&#8217;impression de caresser un crocodile sur le ventre: la séance photo flatte leur ego et ils sont doux comme des agneaux. Je multiplie les angles, je leur suggère des poses et ils m&#8217;obéissent au doigt et à l’œil.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie04.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2557" title="Séance photo avec mes gardes du corps somaliens (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie04.jpg" alt="Séance photo avec mes gardes du corps somaliens (cliquez pour agrandir)." width="300" height="463" /></a><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie05.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2556" title="Séance photo avec mes gardes du corps somaliens (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie05.jpg" alt="Séance photo avec mes gardes du corps somaliens (cliquez pour agrandir)." width="300" height="463" /></a></p>
<p>Et puis je me prends au jeu et passe devant la caméra. On me prête un lance-roquettes que j’accepte de tenir, pour la photo. Quelle idée me prend de me compromettre avec une arme et cet air pénétré, comme si j’épousais leur style de vie, comme si je passais dans leur camp? Pour construire mon image d&#8217;aventurier qui épatera les amis de retour dans la civilisation? Pour me donner un petit frisson? Pour jouer avec eux, dédramatiser, leur montrer que, malgré la barrière de la langue, nous avons des choses en commun?…</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie01.jpg"><img class="size-full wp-image-2560 alignnone" title="Séance photo avec mes gardes du corps somaliens (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie01.jpg" alt="Séance photo avec mes gardes du corps somaliens (cliquez pour agrandir)." width="600" height="388" /></a></p>
<p>Ces deux photos ont été prises à trente années d’écart. Dans la première, je joue au cowboy dans le sous-sol de la maison familiale à Montréal. Dans la seconde, je joue au cowboy dans le far-west somalien. Trouvez l&#8217;erreur&#8230;</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie06.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2555" style="border: black 1px solid;" title="Je joue au cowboy dans le sous-sol de la maison familiale." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie06.jpg" alt="Je joue au cowboy dans le sous-sol de la maison familiale." width="300" height="555" /></a><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie01_554x1024_OK.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2567" style="border: black 1px solid;" title="Je joue au cowboy dans le sous-sol de le far-west somalien." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie01_554x1024_OK.jpg" alt="Je joue au cowboy dans le sous-sol de le far-west somalien." width="300" height="555" /></a></p>
<p>Apparemment, j&#8217;ai ça en commun avec les <span style="color: #000000;">mâles somaliens</span>: ma fascination pour les armes, une envie de me mettre en scène, de gonfler les muscles, prisonnier de conditionnements qui colorent ma vie comme si j&#8217;étais dans une BD de Tintin.</p>
<h4>Sueurs froides</h4>
<p>J&#8217;aurais pu en rester là mais les choses se compliquent le dernier soir, quand j’ai la brillante idée de leur offrir la tournée de khat, comme j’offrirais le pot de fin de chantier à des ouvriers dont je serais satisfait.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/khat.jpg"><img class="size-full wp-image-3078 alignleft" style="margin-right: 7px; border: black 1px solid;" title="khat" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/khat.jpg" alt="" width="400" height="259" /></a>Les feuilles de khat proviennent d&#8217;un arbuste qui pousse au Yémen et dans les régions montagneuses de l&#8217;est de l’Éthiopie. On les mâche, un peu comme les feuilles de coca en Amérique du sud, tout en buvant du thé sucré ou du coca-cola pour contrer le goût amer. Ça coupe la faim. On devient légèrement euphorique, alerte et bavard. Et pour rester dans cet état, il faut continuellement remplir sa bouche de nouvelles feuilles, jusqu&#8217;à former une grosse boule entre la joue et les dents.</p>
<p>Tout-à-coup, plus rien n&#8217;est pareil&#8230; Dans leurs regards interrogateurs, dans leurs yeux noirs qui me fixent intensément et me sondent comme s&#8217;ils me transperçaient, je vois que quelque chose a basculé. L&#8217;un d&#8217;entre eux me demande de lui envoyer une guitare par le prochain vol du CICR. C&#8217;est plus qu&#8217;un souhait, presque un ordre. Un deuxième veut un poste-radio à ondes courtes. Un troisième s&#8217;intéresse à mes chaussures de marche. Le Père Noël peut-il dire non à des gamins euphoriques et armés jusqu&#8217;aux dents?</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie07.jpg"><img class="size-full wp-image-2573 alignright" style="margin-left: 7px; border: black 1px solid;" title="Dans leurs regards interrogateurs, je vois que quelque chose a basculé." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie07.jpg" alt="Dans leurs regards interrogateurs, je vois que quelque chose a basculé." width="400" height="259" /></a>Je dois user de trésors de sang froid pour essayer de ramener mes anges gardiens sur terre. Je passe la soirée à brouter et à boire du thé avec eux, comme si de rien n&#8217;était. Mais je sens un vrai malaise et, pour la première fois, j&#8217;ai peur.</p>
<p>Le lendemain matin, malgré qu&#8217;ils aient eu le temps de dégriser, ils reprennent leur liste de souhaits, mais cette fois, le contact local du CICR, un Somalien qui parle anglais, et à qui j&#8217;avais pourtant demandé s&#8217;il était convenable d&#8217;offrir la tournée de khat, tente de calmer le jeu, avec un certain succès, juste le temps que l&#8217;avion vienne m&#8217;extraire de ce bourbier.</p>
<p>Et dire que j&#8217;étais prêt à raconter qu&#8217;ils ne sont pas comme à la télé! Comment ai-je pu être naïf à ce point? Ils ont ça en eux, un côté obscur et terrifiant, totalement imprévisible, n&#8217;est-ce pas? Comment ai-je pu être aussi aveugle:<span style="color: #000000;"> ils n&#8217;accordent pas la même valeur à la vie humaine et ils auraient pu faire ce qu&#8217;ils voulaient de moi.</span> Bon, on a bien eu Abu Ghraib, la Serbie, l&#8217;Algérie française et l&#8217;Allemagne nazie, mais en Afrique et dans tous ces pays, c&#8217;est à une autre échelle, non? Ça se voit dans leurs yeux: ils ne sont pas comme nous.</p>
<h4>Si j&#8217;étais né là-bas&#8230;</h4>
<p>Et si j&#8217;avais grandi en Somalie, dans la guerre et l&#8217;anarchie, je serais quel genre d&#8217;homme?&#8230; Un pirate? Un violeur? Un guerrier sanguinaire? Un extrémiste musulman?</p>
<p>Pour commencer, comme plusieurs, j&#8217;aurais probablement choisi de rentrer chez moi, malgré l&#8217;insécurité, pour retrouver la dignité, plutôt que de rester à Dadaab,  cet immense camp de réfugiés, au Kenya, où les gens vivent entassés comme des animaux.</p>
<p>Après les horreurs de la guerre, je redoublerais d&#8217;ardeur dans mes prières à Allah, mon rempart contre la folie. Je serais heureux que mes enfants puissent enfin retourner à l&#8217;école coranique pour apprendre à lire et à écrire, et devenir de bons musulmans. Comme ma mère et mes sœurs, ma femme serait voilée et obéissante, parce que c&#8217;est comme ça.</p>
<p>Comme tout le monde, j&#8217;appartiendrais à un clan, chose bien utile pour me défendre et me raccrocher à quelque chose quand il n&#8217;y a plus rien. Grâce à lui, j&#8217;aurais peut-être eu la chance de trouver un des rares emplois au milieu de ce chaos: garde de sécurité pour une organisation internationale qui achemine des semences et des houes pour nous aider à planter et redémarrer nos vies.</p>
<p>Comme tous les hommes, j&#8217;aurais envie de brouter et de passer de bons moments avec mes copains, seule forme d&#8217;évasion chez moi où l&#8217;alcool est interdit, et où les divertissements sont rares. Et j&#8217;en voudrais beaucoup à ces Occidentaux qui ont colonisé mon pays, qui pillent les richesses de la mer au large de nos côtes, qui ont des mœurs décadentes et qui ne pensent qu&#8217;à eux.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/somalie_garde.jpg"><img class="size-full wp-image-3052 alignleft" style="margin-right: 7px; border: black 1px solid;" title="Si j'avais grandi en Somalie..." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/somalie_garde.jpg" alt="Si j'avais grandi en Somalie..." width="400" height="259" /></a>Un jour, un Blanc viendrait filmer nos familles. Il expliquerait qu&#8217;il veut montrer au monde que nous parvenons à nous organiser par nous-mêmes, que les semences et les houes que nous recevons servent à quelque chose. Je serais surpris que des étrangers s&#8217;intéressent à autre chose que tous ces fous qui achèvent de détruire la réputation de mon peuple.</p>
<p>Ce type ferait des efforts pour essayer de me parler dans ma langue. Il m&#8217;offrirait de prendre des photos de moi et des autres gardes, avec nos armes, ce qui nous amuserait bien, d&#8217;autant plus que personne ne s&#8217;intéresse jamais à nous dans ce trou perdu. Nous nous occuperions bien de lui et lui montrerions l&#8217;hospitalité dont nous sommes capables.</p>
<p>Et puis, comme je commencerais à croire qu&#8217;il est différent, il ferait peut-être une chose étonnante, un truc inattendu. Alors que nous sommes ses hôtes et que c&#8217;est notre responsabilité de nous occuper de lui, j&#8217;entendrais qu&#8217;il a donné beaucoup d&#8217;argent à l&#8217;un d&#8217;entre nous, sans prévenir, pour payer le khat à tout le monde. Je découvrirais tout-à-coup qu&#8217;il a sur lui une grosse somme, qu&#8217;il en fait ce qu&#8217;il veut, même au mépris de nos règles d&#8217;hospitalité. Je me sentirais humilié et déçu, triste de voir mes compagnons s&#8217;abaisser à lui demander plein de choses, comme des mendiants.</p>
<p>Et puis il disparaîtrait comme il était venu et on n&#8217;entendrait plus jamais parler de lui. Un drôle de type. Et dire que j&#8217;aurais été prêt à croire qu&#8217;il n&#8217;était pas comme ce qu&#8217;on entend à la radio. Non, vraiment, me dirais-je, les Blancs ne sont pas comme nous.</p>
<h4 dir="ltr">Derrière l&#8217;objectif&#8230;</h4>
<p>J&#8217;ai longtemps soupçonné que mon anecdote devait être la confirmation que les Somaliens sont dans une catégorie à part de l&#8217;humanité, comme s&#8217;ils incarnaient le mal, une image devenue banale à force de répétition des mêmes clichés qui tournent en boucle sur nos postes télé lorsqu&#8217;on mentionne cette terre de pirates et de chefs de guerre médiévaux qui s&#8217;entretuent, violent, kidnappent et rançonnent.</p>
<p>Mais si je rembobine, si je change légèrement d&#8217;angle et m&#8217;intéresse au contrechamp de mon histoire, je crois bien que si j&#8217;étais né en Somalie, je serais comme eux.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p><em>Pour en savoir plus&#8230;</em></p>
<ul>
<li><em>&#8230;écoutez <a href="http://www.bourgoing.com/1996/06/somalie-la-memoire-des-poetes/" rel="bookmark">La mémoire des poètes</a> (reportage diffusé à Radio-Canada)</em></li>
<li><em>&#8230;lisez <a href="http://www.bourgoing.com/1996/01/somalie-retour-a-lordre-dans-le-far-west-somalien/" rel="bookmark">Retour à l’ordre dans le far-west somalien</a> et <a href="http://www.bourgoing.com/1996/01/somalie-laide-masquee/" rel="bookmark">L&#8217;aide masquée</a> (articles de presse)</em></li>
<li><em>&#8230;ou regardez l&#8217;Envers du décor (diaporama)&#8230;</em></li>
</ul>
<p style="text-align: right;">* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" /><em>Pour voir les photos en plein écran, démarrez et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="620" height="465" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628941557971%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628941557971%2F&amp;set_id=72157628941557971&amp;jump_to=" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="620" height="465" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628941557971%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628941557971%2F&amp;set_id=72157628941557971&amp;jump_to=" allowFullScreen="true" allowfullscreen="true" /></object><br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Bénin: Un aller simple pour nulle part</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 17:03:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bénin]]></category>
		<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Si nous sommes tous dans la même galère, pourquoi une minorité voyage-t-elle en première et tous les autres à fond de cale?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin6.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2837" style="border: 1px solid black; margin-left: 7px;" title="Une épave d’autobus dans laquelle, avec une trentaine de compagnons d'infortune, je vais affronter les 900 kilomètres qui séparent Cotonou d’Abidjan." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin6.jpg" alt="Une épave d’autobus dans laquelle, avec une trentaine de compagnons d'infortune, je vais affronter les 900 kilomètres qui séparent Cotonou d’Abidjan." width="400" height="259" /></a>Août 1994. Je monte à bord d&#8217;une épave d’autobus dans laquelle, avec une trentaine de compagnons d&#8217;infortune, je vais affronter les 900 kilomètres qui séparent Cotonou (Bénin) d’Abidjan (Côte d’Ivoire), en passant par le Togo et le Ghana. Les passagers ne comprennent pas ce qu’un Blanc fait là alors qu&#8217;il y a l&#8217;avion et des autobus climatisés avec tout le confort.</p>
<p>Je prépare un grand reportage pour un quotidien montréalais sur les obstacles au libre-échange en Afrique, vaste et aride sujet que j’ai l’idée de rendre vivant en me mettant en scène dans une course à obstacles de 3 jours, plus de 50 barrages douaniers, de nombreuses crevaisons, des attentes interminables, des menaces, fouilles en règle et humiliations diverses (lire <a title="Afrique: C'est encore loin de libre-échange?" href="http://www.bourgoing.com/1996/06/afrique-cest-encore-loin-le-libre-echange/">Afrique: C&#8217;est encore loin le libre-échange?</a>).</p>
<p>Comme un avant-goût de ce qui m&#8217;attend, mon passage au Bénin m&#8217;a déjà apporté son lot d&#8217;absurdités.</p>
<p>Pour commencer, j&#8217;ai été arrêté à la frontière du Nigeria. En compagnie d&#8217;un étudiant béninois qui finance ses études d&#8217;économie grâce à la contrebande, j&#8217;ai eu l&#8217;audace de suivre des contrebandiers qui, comme une procession de fourmis, transportent chaque jour sur leurs têtes des tonnes de marchandise du Nigeria <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin3.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2838" style="margin-right: 7px; margin-top: 10px; margin-bottom: 1px; border: 1px solid black;" title="Des contrebandiers qui transportent des tonnes de marchandise du Nigeria vers le Bénin." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin3.jpg" alt="Des contrebandiers qui transportent des tonnes de marchandise du Nigeria vers le Bénin." width="400" height="259" /></a>vers le Bénin, à quelques mètres du poste-frontière officiel, au vu et au su des douaniers de l&#8217;Etat qui entretiennent cette douane fantôme pour arrondir leurs fins de mois. Avec mon meilleur sourire, je me suis présenté à mes interrogateurs comme un étudiant en économie québécois &laquo;&nbsp;très heureux d&#8217;être là&nbsp;&raquo; et qui s&#8217;intéresse beaucoup au &laquo;&nbsp;commerce informel&nbsp;&raquo;, comme on appelle pudiquement cette économie de l&#8217;ombre qui empêche les Etats de percevoir des taxes pour se donner les moyens de leur développement et sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Les &laquo;&nbsp;forces de l&#8217;ordre&nbsp;&raquo; m&#8217;ont relâché au bout d&#8217;une heure de questions et d&#8217;intimidation, probablement convaincues qu&#8217;un Blanc assez inconscient pour se promener ouvertement sur le chemin des contrebandiers était nécessairement inoffensif, et en me disant que j&#8217;avais beaucoup de chance, que j&#8217;aurais pu être un espion ou même, un journaliste&#8230;</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2840" style="border: 1px solid black; margin-left: 7px;" title="Une station service de Cotonou" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin1.jpg" alt="Une station service de Cotonou" width="400" height="259" /></a>Dans les rues de Cotonou, l&#8217;activité économique est réduite à bien peu de choses, comme en attestent toutes ces stations service qui se limitent à un bidon d&#8217;essence duquel l’unique pompiste verse le précieux liquide au compte-gouttes, avec la délicatesse d&#8217;un sommelier qui servirait un grand cru.</p>
<p>Ici, le commerce fleurit sur la misère humaine. Comme dans bien des pays pauvres, la brasserie nationale fait des affaires juteuses, il y a une densité impressionnante de sectes en tous genres et de prophètes improvisés, et les pompes funèbres sont désormais promises à un bel avenir avec la manne du SIDA. Pour preuve &laquo;&nbsp;La Mercedes Personnelle&nbsp;&raquo;, un fabricant de cercueils qui, pour votre dernier grand voyage, vous offre le ticket d&#8217;entrée vers l&#8217;au-delà à bord d&#8217;un cercueil grand luxe et sur mesure. Parce que vous le valez bien.</p>
<h4>Caméléons séchés et têtes de chiens</h4>
<p>Les kilomètres défilent à une lenteur affolante, rythmés par les &laquo;&nbsp;douanes&nbsp;&raquo; improvisées où les forces de l&#8217;ordre détroussent les voyageurs, et par les crevaisons qui, au bout de la huitième, trouvent une explication surnaturelle dans la cargaison de caméléons séchés et de têtes de chiens qu&#8217;une commerçante du Nigeria transporte sur le toit et qu&#8217;elle compte revendre à Abidjan. J&#8217;interviens quand elle passe près de se faire lyncher par les passagers convaincus qu&#8217;elle nous porte malheur.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin5.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2842" style="border: 1px solid black; margin-right: 7px;" title="Au bout de la huitième crevaison, une passagère passe près de se faire lyncher." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin5.jpg" alt="Au bout de la huitième crevaison, une passagère passe près de se faire lyncher." width="259" height="400" /></a>Nous dormons deux nuits au bord de la route, à même le sol, comme des clochards. Peu à peu, nous apprenons à nous connaître et à nous apprécier.</p>
<p>En apparence, nous sommes dans la même galère, soudés par les mêmes humiliations (quoique les douaniers osent moins s’en prendre à moi), la même fatigue, le même inconfort, les mêmes incertitudes vis-à-vis le déroulement du voyage. En réalité, j&#8217;ai le meilleur siège, tout à l’avant, à côté du chauffeur. C’était important pour moi, pour que je puisse plus facilement dégainer mon appareil photo et documenter ces &laquo;&nbsp;obstacles au libre-échange&nbsp;&raquo; (barrages routiers, routes défoncées, etc.) que nous rencontrerons tout au long de la route. Certainement aussi, ce que je m’avoue moins, pour une question de confort. Mais je n’ai même pas eu à le demander, ils me l’ont offert d’eux-mêmes. Il était évident que le Blanc devait être devant.</p>
<p>Peu à peu, j’ose me confier à un passager nigérian assis à côté de moi. J’y vais d&#8217;abord sur la pointe des pieds, gêné par l’obscénité de l’écart entre son quotidien et le confort matériel et les opportunités que j’ai eues. Je lui parle de mes voyages et de la vie dans mon pays. Il me demande combien sont les salaires. Je lui répond en m’excusant presque, en lui expliquant qu’avec le prix du logement, des aliments, des transports, etc., un salaire moyen en apparence 20 fois plus élevé qu’au Nigeria ne rend pas les gens si riches, qu’il y a des pauvres et des mendiants au Canada, beaucoup de solitude que certains comblent avec des animaux de compagnie, que les gens sont moins solidaires, qu&#8217;il fait très froid l&#8217;hiver, que les immigrants sont souvent déçus, etc. Je finis par ajouter sur un ton contrit que je réalise que j&#8217;ai quand même beaucoup de chance.</p>
<p>Ce sombre tableau ne décourage pas mon ami qui n&#8217;est pas prêt de me plaindre: &laquo;&nbsp;<em>No, you’re not lucky</em>, me répond-il du tac au tac et avec un large sourire. <em>You’re blessed!</em> (Vous n’êtes pas chanceux. Vous êtes béni!)&nbsp;&raquo;</p>
<h4>Vous êtes béni!</h4>
<p>Les Canadiens ne traînent pas les casseroles de la colonisation française mais je m’attendais à une remarque un peu culpabilisante, du genre « <em>Oui, vous avez vraiment de la chance, vous les toubabs…</em> ». Au lieu de ça, il est manifestement très content pour moi. Il ne m&#8217;en veut pas! Comment peut-il ne pas se révolter ? Je suis bien tenté de le contredire, de lui répondre que je ne suis pas béni, que si Dieu existe, il ne peut pas avoir ses préférés. C’est logique, non? Mais il est arrivé à sa conclusion avec un aplomb et un enthousiasme qui ne peuvent souffrir aucune contradiction. Pas la peine d’insister.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin7.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2843" style="margin-left: 7px; border: black 1px solid;" title="La &quot;Mercedes Personnelle&quot;, marchand de cercueils de Cotonou" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin7.jpg" alt="La &quot;Mercedes Personnelle&quot;, marchand de cercueils de Cotonou" width="400" height="259" /></a>Oui, nous sommes tous de la même espèce, tournoyant dans l&#8217;infini à la surface d&#8217;une petite boule bleue et insignifiante, un vaisseau qui prend l’eau, qui nous oblige à nous unir, que nous le voulions ou pas, pour écoper des mêmes défis et affronter les mêmes tempêtes. Alors pourquoi une minorité voyage-t-elle toujours en première pendant que tous les autres croupissent en fond de cale? Pourquoi une si grande part de l&#8217;humanité tourne-t-elle en rond, comme mes compagnons de voyage, apparemment pris au piège du cercle vicieux de la corruption et de la misère?</p>
<p>La question a un petit côté agaçant, empreint de morale judéo-chrétienne culpabilisante, je vous l&#8217;accorde. Et elle n&#8217;est peut-être pas très originale mais, ce jour-là, elle me colle à la peau. Oui, bien sûr, je suis &laquo;&nbsp;béni&nbsp;&raquo;&#8230; Mais pourquoi?&#8230;  Je me dis que cette &laquo;&nbsp;bénédiction&nbsp;&raquo; est peut-être une responsabilité, celle qui vient avec le bagage dont chacun hérite et dont il peut choisir de faire le meilleur usage dans la courte période que dure son passage sur Terre. Je jongle avec la réflexion de mon compagnon de galère quand nous arrivons au terme de notre aventure et à la conclusion de <a title="Afrique: C'est encore loin le libre-échange?" href="http://www.bourgoing.com/1996/06/afrique-cest-encore-loin-le-libre-echange/">mon article</a>.</p>
<p>Juste avant minuit, après soixante heures de voyage inconfortable, le dernier obstacle est en vue à l’entrée d’Abidjan. Comme pour le bouquet final d’un feu d’artifices de la corruption, ils sont tous là : douaniers, gendarmes, policiers, militaires, fonctionnaires du ministère des Eaux et Forêts. « <em>Envoyez les pièces </em>», dit mollement un représentant de l’ordre. Les passagers et le chauffeur font les comptes. En trois jours de distribution de « pourboires », certains voient s’envoler leurs derniers espoirs de profits sur la vente de leur marchandise. Le douanier vissé à sa chaise compte ses billets et lève la tête. « <em>A la prochaine</em> », dit-il avec un sourire sadique.</p>
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		<title>Niger: Le mirage du bout du monde</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Jan 2012 12:28:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Niger]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Le jour où m'est apparue une évidence, quelque part au sud du Sahara.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/voielactee1.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2778" title="Voie Lactée" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/voielactee.jpg" alt="Voie Lactée" width="620" height="200" /></a></p>
<p>Je suis couché sur le dos, à la belle étoile, fixant les cieux, étourdi, presque effrayé par l’immensité de la Voie Lactée. Je suis au bout du monde, comme j&#8217;en rêvais depuis longtemps, chez les Bororos, des éleveurs peuls qui vivent dans le sud du Sahara.</p>
<p>Mais je suis incapable d&#8217;en profiter. J&#8217;ai une tourista spectaculaire qui m&#8217;oblige à des va-et-vient incessants dans le désert, et les dernières braises du feu qu’ont allumé pour moi les nomades qui m’accueillent dans leur campement achèvent de se consumer. Le froid m’a réveillé. Un froid comme je n’en ai jamais connu, même dans mes pires hivers canadiens.</p>
<p>Je m&#8217;enroule du mieux que je peux dans la couverture qu’un ami nigérien m’a prêtée, en me souhaitant bonne chance, lorsque je lui ai annoncé que je partais seul pour plusieurs jours. J’ai enfilé tout ce que j&#8217;ai: un tee-shirt, une chemise et un pull. Mais rien n&#8217;y fait. Je suis allongé sur une natte posée sur le sable et je découvre avec effroi ce qui aurait dû être une évidence: le désert est un univers minéral qui, la nuit en décembre, ne retient pas la chaleur, même torride, de la journée.</p>
<p>J&#8217;ai la tête et les tempes qui gèlent. Sous la voute céleste, mes pensées entrent en collision avec une force inouïe, comme des galaxies qui s’entrechoquent, des supernovae qui explosent. Les Bororos dorment plus loin, quelque part derrière des buissons. J&#8217;ai peur de ne pas tenir jusqu&#8217;à l&#8217;aube mais, par fierté, je n&#8217;ose pas les réveiller.</p>
<p>Je suis prisonnier de ces pensées qui se bousculent de plus en plus vite et violemment. Que suis-je venu chercher ici, à une journée de route, trois jours de pistes et des heures de marche de la « civilisation » ? Quelle mouche m&#8217;a piqué pour m&#8217;exposer à de tels risques? Il n’y a pas de sortie de secours dans le désert. Impossible de faire marche arrière. Ce n’est plus un jeu.</p>
<p>Pour conjurer la panique que je sens monter, je déroule le fil qui m’a conduit jusqu’ici.</p>
<h4>Le portrait d&#8217;une vache</h4>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/bororos1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2800" style="margin-left: 7px; border: 1px solid black;" title="Des nomades dont l'univers tourne autour de leurs animaux, des zébus noirs aux reflets rouges et aux immenses cornes blanches." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/bororos1.jpg" alt="Des nomades dont l'univers tourne autour de leurs animaux, des zébus noirs aux reflets rouges et aux immenses cornes blanches." width="400" height="259" /></a>Une journaliste avec qui je travaille en France a piqué ma curiosité en me parlant de ces nomades dont l&#8217;univers tourne autour de leurs animaux, des zébus noirs aux reflets rouges et aux immenses cornes blanches, comme des lyres. Ces Peuls disposent dans leur langue de 150 adjectifs pour décrire la palette de nuances de la robe d&#8217;une vache (couleurs, formes, taille, nombre et emplacement des taches), ce qui en dit long sur l&#8217;importance du troupeau dans leur style de vie et facilite les choses quand vient le temps de décrire et retracer un animal égaré.</p>
<p>Ces hommes et ces femmes sont les Eskimos du désert, des champions de la survie en milieu extrême. Les Bororos, aussi appelés Woodabés, sont célèbres pour le Gerewool, un grand événement annuel où les jeunes nomades sortent leurs plus jolies plumes et exposent la blancheur de leurs dents et de leurs yeux pour séduire les filles, un concours de beauté vital dans le désert, un contexte qui ne se prête pas trop aux rencontres fortuites (<a href="http://photos.linternaute.com/photo/1093512/1128722102/1719/la-danse-du-yaake/#1719" target="_blank">voir des photos</a>).</p>
<p>Les Bororos ne connaissent pas l&#8217;argent et vivent surtout du troc. Ils sont obsédés par la beauté des vaches autant que celle des hommes, des animaux auxquels ils dédient des poèmes et des chansons. Alors j&#8217;ai eu l&#8217;idée de faire le portrait d&#8217;une vache, un portrait radiophonique où j&#8217;ai l&#8217;intention de peindre l&#8217;univers d&#8217;un éleveur par petites touches sonores: chansons, poèmes, extraits d&#8217;interviews, beuglements et ambiances diverses.</p>
<h4>Au milieu de nulle part</h4>
<p>Arrivé au campement des nomades la veille après une marche interminable dans le désert, je mange de la boule, un mélange de lait et de mil pilé, au fond d’une calebasse où flotte une mouche. Un truc cru, vraiment pas terrible, que je me force à avaler, sous le regard attentif de mes oiseaux exotiques qui insistent pour que je me serve en premier, me fixant intensément et guettant mes réactions, dans un silence presque religieux.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/bororos2.jpg"><img class="size-full wp-image-2802 alignleft" style="margin-right: 7px; border: 1px solid black;" title="Des gens qui aiment rire, chanter et manger, des enfants qui s'amusent de rien." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/bororos2.jpg" alt="Des gens qui aiment rire, chanter et manger, des enfants qui s'amusent de rien." width="400" height="259" /></a>C’est infect. Je ballonne à vue d’oeil. Mais j’y vais allègrement et m’inflige la violence d’en redemander, comme pour les mettre au défi. En quelques minutes, je me transforme en usine à gaz. Littéralement. Je gonfle et sens la pression qui monte, comme une cocotte-minute prête à exploser. Je fais des efforts héroïques pour garder un air détendu mais je ne tiens plus en place. Et puis l’inévitable se produit:  priant pour que ce soit socialement acceptable chez mes nouveaux amis, comme chez ces Arabes chez qui il est de bon ton de roter après le repas, la main devant la bouche, en disant « Alhamdoulilah », je m&#8217;abandonne&#8230; et réalise vite que je ne suis pas dans la bonne ethnie: mon lâcher prise est accueilli dans un éclat de rire général.</p>
<p>La situation a un potentiel comique. C&#8217;est net. Mais je n&#8217;ai pas le cœur à rire. J&#8217;ai fait des efforts inouïs pour trouver un nomade et une vache qui correspondent à mon idée de départ et atteindre ce bout du monde, une aventure comme je n&#8217;en ai jamais vécue. Juste au moment où je crois avoir atteint mon objectif, je reste figé derrière l&#8217;écran de mes pensées, cloué au sol par mes problèmes intestinaux. Et je m&#8217;interroge sur ce que je suis venu faire là.</p>
<h4>Prendre de la distance</h4>
<p>Comme d&#8217;autres, je pars pour me retrouver. C&#8217;est ce qui m&#8217;attire dans le v<span style="color: #000000;">oyage, un besoin que j&#8217;ai la chance de faire coïncider et combler avec mon travail: prendre de la dis</span>tance par rapport à moi-même, faire le plein de sensations nouvelles, me confronter à d&#8217;autres regards, repousser mes limites, sortir de mes automatismes, me réconcilier avec qui je suis, tout ce que je mets en sourdine dans la répétition du quotidien, pour me sentir en vie. Mais comme pour tout le reste, je ne prends pas le temps de pleinement goûter ces rencontres et digérer ces expériences que j&#8217;avale avec gourmandise, comme un éternel insatiable.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/bororos3.jpg"><img class="size-full wp-image-2806 alignright" style="border: 1px solid black; margin-left: 7px;" title="Chez les Bororos du Niger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/bororos3.jpg" alt="Chez les Bororos du Niger: il m'a suffit de discuter un peu avec eux et gratter légèrement la surface pour me découvrir plein d'atomes crochus avec ces personnages de documentaires ethnologiques." width="259" height="400" /></a>Hier soir, par l&#8217;intermédiaire du jeune qui m&#8217;a conduit jusqu&#8217;ici et qui parle quelques mots de français, j&#8217;ai pu discuter avec eux. J&#8217;ai découvert que, sous la surface, les personnages du film que je me suis fait me sont étrangement familiers: un père qui aime ses enfants et qui dort mal la nuit parce qu&#8217;il s&#8217;inquiète pour leur avenir, des gens qui aiment rire, chanter et manger, des enfants qui s&#8217;amusent de rien, des hommes qui se font beaux pour faire la cour, des femmes qui baissent les yeux devant un regard trop insistant, des jeunes rattrapés par la modernité, même dans ce coin perdu, curieux des nouvelles du monde qui leur parviennent par la magie des ondes courtes, des gens qui marchent la tête haute, conscients de leur valeur, plein de prévenance pour cet invité débarqué sans prévenir et manifestement démuni dans cet environnement hostile.</p>
<p>Maintenant que j&#8217;y suis<span style="color: #000000;">, j&#8217;ai l&#8217;impression que les Bororos font partie de mon univers, que des années-lumière ne nous séparent pas, contrairement à ce que soupçonnais. Il m&#8217;a suffit de discuter un peu avec eux et gratter légèrement la surface pour me trouver des atomes crochus avec ces personnages de documentaires ethnologiques, ce q</span>ue j&#8217;accueille avec un mélange de déception et un certain vertige devant l&#8217;évidence: nous appartenons à la même espèce.</p>
<h4>L&#8217;autre bout du monde</h4>
<p>La Voie Lactée serait si jolie si ce n’était de ma tuyauterie en furie, du cérébral qui me prend en otage, du froid insoutenable, de tout ce qui m&#8217;empêche de m&#8217;élever pour profiter de la beauté qui s&#8217;offre à moi, ici et maintenant.</p>
<p>Ma délivrance arrive avec la douceur des premiers rayons du soleil. Avec eux, je m&#8217;éveille à ce qui s&#8217;imposera, au fil du temps, comme une conviction personnelle.</p>
<p>Je suis allé chercher mon bout du monde aux antipodes chez des gens que j&#8217;espérais fondamentalement différents, comme si des extra-terrestres habitaient ma planète. Au fil du temps, j&#8217;ai poursuivi ce mirage aux quatre &laquo;&nbsp;coins&nbsp;&raquo; de la planète, dans les montagnes du Bhoutan, dans le désert du Rajasthan, dans les bidonvilles de Lagos&#8230; Mais au Niger, sans doute plus qu&#8217;ailleurs, les Bororos m&#8217;ont appris qu&#8217;il n&#8217;y a pas de bout du monde, ou alors qu&#8217;il me suit partout. Parce qu&#8217;il est en moi. Parce qu&#8217;il est en nous.</p>
<p style="text-align: right;">* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" /><em>Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="620" height="465" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628727244683%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628727244683%2F&amp;set_id=72157628727244683&amp;jump_to=" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="620" height="465" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628727244683%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157628727244683%2F&amp;set_id=72157628727244683&amp;jump_to=" allowFullScreen="true" allowfullscreen="true" /></object></p>
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		<title>Syrie: L&#8217;avocat du diable</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Nov 2011 16:54:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Mon apprentissage des limites de la liberté d'expression dans une ville-fantôme du Moyen-Orient.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="A l'hôpital de Quneitra (cliquez pour agrandir)." href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/Quneitra.jpg"><img class="size-full wp-image-2508 alignleft" style="margin: 7px; border: black 1px solid;" title="A l'hôpital de Quneitra (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/Quneitra.jpg" alt="A l'hôpital de Quneitra (cliquez pour agrandir)." width="400" height="263" /></a>J&#8217;aime faire l&#8217;avocat du diable, défendre tout et son contraire, des idées auxquelles je ne crois pas toujours, pour tester celles des autres et construire les miennes. C&#8217;est un luxe avec lequel j&#8217;ai grandi au Canada, un trait de personnalité qui ne s&#8217;est pas arrangé avec mes études de droit, mais un jeu risqué en territoire miné, au sens propre et figuré, comme dans la ville-fantôme de Quneitra, en février 1988.</p>
<p>Quneitra est située entre la Syrie, Israël, le Liban et la Jordanie. Jusqu&#8217;à ce qu&#8217;Israël conquière le plateau du Golan pendant la guerre des Six Jours, en juin 1967, c&#8217;était une ville de 37,000 habitants. Lorsque l&#8217;armée juive s&#8217;est partiellement retirée en 1974, elle avait été entièrement désertée et détruite avec une brutalité et un zèle inouïs, <a title="Plateau du Golan (cliquez pour agrandir)." href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/plateau-du-golan.gif"><img class="alignright size-full wp-image-2432" style="margin: 7px; border: black 1px solid;" title="Plateau du Golan (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/plateau-du-golan.gif" alt="Plateau du Golan (Cette carte a été copiée sur le site du Monde à l'adresse : http://www.lemonde.fr/web/infog/0,47-0@2-3218,54-1047913@51-1047628,0.html)" width="400" height="400" /></a>ce qui a été rapporté par des témoins oculaires et condamné par l&#8217;ONU en 1974 (voir le <a title="Rapport du Comité spécial chargé d'enquêter sur les pratiques israéliennes affectant les droits de l'homme de la population des territoires occupés" href="http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/3240%28XXIX%29&amp;Lang=F" target="_blank">rapport des Nations-Unies</a> et, à l&#8217;inverse, la <a href="http://www.camera.org/index.asp?x_article=49&amp;x_context=3" target="_blank">réponse de la propagande israélienne</a> &#8211; en anglais). Une ville entière méthodiquement dynamitée et aplatie au bulldozer pour s&#8217;assurer que les ennemis syriens ne reviendraient pas s&#8217;installer trop près des hauteurs du plateau qui, à mille mètres, surplombe le nord-est d&#8217;Israël et expose les colonies juives implantées plus bas. Des immeubles éventrés, des débris partout et des murs criblés de milliers d&#8217;impacts de gros calibres, symboles de la haine viscérale que se vouent les Israéliens et les Syriens.</p>
<p>Depuis près de 40 ans, rien n&#8217;a changé ici sauf les panneaux d&#8217;affichage ajoutés un peu partout pour faire de Quneitra un musée à ciel ouvert de la barbarie israélienne. Comme dans cet hôpital &laquo;&nbsp;détruit par les sionistes&nbsp;&raquo; que je visite avec des compagnons de voyage suédois et allemand.</p>
<p style="text-align: right;">* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" /><em>Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627877324867%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627877324867%2F&amp;set_id=72157627877324867&amp;jump_to=" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627877324867%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627877324867%2F&amp;set_id=72157627877324867&amp;jump_to=" allowFullScreen="true" allowfullscreen="true" /></object></p>
<p>Pour visiter Quneitra, il nous a suffi de nous présenter au Ministère de la Défense à Damas qui a mis gratuitement à notre disposition une voiture avec chauffeur, un responsable de la propagande et le casse-croûte. Un traitement royal pour trois jeunes voyageurs sans influence et sans le sou qui donne une idée de l&#8217;importance que le régime accorde à ce type de &laquo;&nbsp;relations publiques&nbsp;&raquo;. Nous passons quelques heures dans les ruines de la ville délimitée par des barbelés et un champ de mines qui s&#8217;étend à perte de vue à l&#8217;ouest, au-delà de la zone démilitarisée maintenant occupée par les Casques Bleus canadiens de la <a title="Force des Nations Unies chargée d'observer le désengagement" href="http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/undof/" target="_blank">FNUOD</a>.  Et puis nous rentrons.</p>
<p>J&#8217;avais bien pris quelques résolutions avant mon départ pour le Moyen-Orient, où je partais sac au dos pour six mois. Règle numéro un: ne pas dire que je suis journaliste. Je travaille depuis quelques années pour Radio-Canada et j&#8217;ai l&#8217;intention de faire quelques piges pour un quotidien montréalais mais je me présente toujours comme un avocat, ce qui n&#8217;est pas faux puisque je viens de terminer mes études et d&#8217;être assermenté. Règle numéro deux: éviter toute discussion politique, un conseil de simple bon sens, particulièrement dans une dictature comme la Syrie, dirigée d&#8217;une main de fer par la minorité alaouite (20% de la population), une branche de l&#8217;Islam plus près des chiites que des sunnites (<a title="Les Alaouites" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alaouites" target="_blank">Wikipedia</a>), ce qui explique ses alliances avec l&#8217;Iran et le Hezbollah libanais.</p>
<div style="float: right; margin: 10px 10px 5px 10px;"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/9i_vXU0gtTM" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe></div>
<p>Mais dans la voiture qui nous ramène à Damas, nous devons endurer le long monologue du responsable du discours officiel, un capitaine très sûr de lui, à l&#8217;accent exagérément british et au sourire figé, comme s&#8217;il posait pour une publicité de dentifrice. Devant les libertés qu&#8217;il prend avec l&#8217;histoire et les énormités qu&#8217;il nous sert,  je pose quelques questions sur un ton naïf et je fais quelques observations qui finissent par l&#8217;agacer. &laquo;&nbsp;<em>Vous savez, vous avez vraiment l&#8217;air d&#8217;un avocat!</em>&laquo;&nbsp;, me dit mon Warren Beatty à galons avec un sourire de plus en plus inquiétant. Je sens la menace mais je m&#8217;efforce de lui répondre sur le même ton: &laquo;&nbsp;<em>Vraiment? De quoi a l&#8217;air un avocat?</em>&laquo;&nbsp;. &laquo;&nbsp;<em>Vous avez l&#8217;air étrange&#8230;</em>&nbsp;&raquo; me dit-il avec le sourire qui se décompose rapidement. &laquo;&nbsp;<em>Je ferais très attention si j&#8217;étais vous. Nous savons où vous logez et nous avons votre numéro de passeport.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Peut-on être plus clair? Le soir même, vers 22h30, à une heure où Damas, comme Quneitra, prend des allures de ville-fantôme, je suis expulsé manu militari et sans explication de la seule auberge de jeunesse de la capitale et je me retrouve à la rue, seul, sous une pluie fine. Par chance, l&#8217;ami suédois avec qui j&#8217;ai visité Quneitra voyage dans une camionnette où je pourrai passer la nuit.</p>
<h4>Au royaume de la terreur</h4>
<p><a title="Cliquez pour agrandir" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/CarteSyrie.jpg"><img class="size-full wp-image-2471 alignleft" style="margin: 7px; border: black 1px solid;" title="Cliquez pour agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/CarteSyrie.jpg" alt="Cliquez pour agrandir" width="300" height="252" /></a>Ce que je retiens de mon court séjour en Syrie, en février 1988, c&#8217;est la peur qui imprègne tout, une peur généralisée, palpable, encore plus présente que dans tous ces pays en guerre que je visiterai: le Liban des années 80, l&#8217;Angola de la guerre civile, la Somalie de l&#8217;anarchie et des clans, le Rwanda du génocide, le Liberia de la sauvagerie, le Pakistan et le Yemen des zones tribales et de non-droit, etc.</p>
<p>Je revois la panique que je provoque bien malgré moi chez ces étudiants en médecine avec qui je me suis lié d&#8217;amitié, qui m&#8217;accompagnent sur un trottoir désert de la ville côtière de <strong>Lataquié</strong> et qui balaient nerveusement du regard les alentours, comme des bêtes traquées, lorsque j&#8217;ose prononcer, du bout des lèvres, le nom d&#8217;El Assad.</p>
<p>Je revis cet étrange sentiment d&#8217;écrasement, presque de nausée, devant la photo omniprésente du dictateur, affichée dans la moindre petite boutique et jusque dans l&#8217;intimité des foyers. Non pas, bien sûr, comme un signe d&#8217;allégeance mais parce que tout le monde sait que négliger cet élément de décoration serait suicidaire.</p>
<p><a title="Maaloula, village chrétien de Syrie où l'on parle encore la langue de Jésus-Christ, l'araméen (cliquez pour agrandir)." href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/1667syrie8802_high_1024px.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2515" style="margin: 7px; border: black 1px solid;" title="Maaloula, village chrétien de Syrie où l'on parle encore la langue de Jésus-Christ, l'araméen (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/1667syrie8802_high_1024px.jpg" alt="Maaloula, village chrétien de Syrie où l'on parle encore la langue de Jésus-Christ, l'araméen." width="400" height="259" /></a>Je me rappelle le malaise palpable à <strong>Maaloula</strong>, un village chrétien accroché au flanc d&#8217;une montagne à une heure au nord de Damas, l&#8217;un des derniers endroits sur terre où l&#8217;on parle encore l&#8217;araméen, la langue de Jésus-Christ. Une des dernières communautés chrétiennes du Moyen-Orient, des gens qui ne cherchent qu&#8217;à se faire discrets et qui aujourd&#8217;hui, paradoxalement, craignent le renversement de la dictature alaouite, seul rempart contre une persécution de la majorité musulmane sunnite qui lui sera probablement fatale.</p>
<p>Je ressens cette poussée d&#8217;adrénaline devant des piles de kalashnikovs que j&#8217;aperçois du coin de l&#8217;oeil sur le siège arrière de voitures banalisées des services secrets quand j&#8217;ose m&#8217;aventurer, sans ralentir le pas, dans la rue où habite El Assad à <strong>Damas</strong>, sous l&#8217;oeil attentif de policiers en civil, <a title="A Hama, site d'un des plus grands massacres de l'histoire du Moyen-Orient (cliquez pour agrandir)." href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/1703syrie8802_high_1024px.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2516" style="margin: 7px; border: black 1px solid;" title="A Hama, site d'un des plus grands massacres de l'histoire du Moyen-Orient (cliquez pour agrandir)." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/1703syrie8802_high_1024px.jpg" alt="A Hama, site d'un des plus grands massacres de l'histoire du Moyen-Orient." width="263" height="400" /></a>postés tous les cinquante mètres, et qui ne me quittent pas du regard.</p>
<p>Je sens la profonde méfiance des habitants de <strong>Hama</strong>, ville apparement sans histoire, célèbre pour ses roues à aubes géantes et pour le massacre de 20,000 personnes en février 1982, en réponse à un soulèvement sunnite. Une ville où je fais du tourisme, quelques années à peine après que des quartiers entiers aient été rasés et aplatis au rouleau-compresseur, tout comme ce qu&#8217;El Assad reproche aux Juifs d&#8217;avoir fait à Quneitra (sur ce sujet, une chronique du New York Times, <a title="The New Hama Rules" href="http://www.nytimes.com/2011/08/03/opinion/the-new-hama-rules.html" target="_blank">The New Hama Rules</a>).</p>
<p>Ce sont ces images que je garde de la Syrie et qui me reviennent parfois, particulièrement en période d&#8217;élections, chez moi, quand on publie les scores toujours impressionnants de ceux qui ne votent pas ou qui votent &laquo;&nbsp;blanc&nbsp;&raquo;, par désillusion ou par paresse. Quels que soient les résultats, j&#8217;ai toujours l&#8217;impression d&#8217;être gagnant quand je resonge à ces quelques amis croisés en Syrie, des gens extrêmement curieux de ce jeune voyageur apparemment inconscient et un peu naïf, comme venu d&#8217;une autre planète, mais libre de sa parole et de ses pensées, un idéal encore inatteignable au royaume de la terreur.</p>
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		<title>Bangladesh: Cet homme est un criminel</title>
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		<pubDate>Thu, 27 Oct 2011 17:40:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bangladesh]]></category>
		<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Ma brève incursion dans l'univers de Karim, musulman et gai.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Karim, musulman et gai" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/Karim01.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2269" style="margin: 7px; border: 0pt;" title="Karim, musulman et gai" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/Karim01.jpg" alt="Karim, musulman et gai" width="450" height="299" /></a>Si la police du Bangladesh arrête cet homme, il risque 20 ans de prison ou, dans le meilleur des cas et s&#8217;il en a les moyens, une très forte amende et une sentence réduite de 10 ans. Karim (un nom fictif) vit depuis longtemps dans la peur et dans la clandestinité. Au village, où tout le monde savait ce qu&#8217;il avait fait, il était une honte pour sa famille et un sujet de dérision pour tous. Son frère le battait. On le pointait du doigt. Et puis, en 2010, après deux tentatives de suicide, il a tout quitté pour se réfugier dans l&#8217;anonymat de Dhaka, la capitale.</p>
<p>Son crime? Karim est homosexuel, ce qui est spécifiquement interdit par le code pénal du Bangladesh (l&#8217;article 377, un héritage de la colonisation britannique) comme dans 70 autres pays. Parce que l&#8217;homosexualité vécue entre adultes consentants est considérée comme étant contre nature, une perversion venue d&#8217;occident, une maladie mentale qu&#8217;on tente parfois de traiter par des électro-chocs, et non pas comme un état de fait qui s&#8217;est imposé à Karim, tout comme un hétérosexuel ne choisit pas ses préférences.</p>
<p>D&#8217;une certaine manière, Karim a de la chance: le Bangladesh, deuxième plus grand pays musulman au monde, est un des régimes islamiques les plus tolérants dans ce domaine. S&#8217;il était né en Iran, en Mauritanie, au Soudan, en Somalie, dans le nord du Nigeria ou en Arabie Saoudite, il risquerait la peine de mort (voir la carte ci-dessous). En fait, le pays n&#8217;applique pratiquement jamais cette loi mais n&#8217;a <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/HomosexualiteStats.jpg"><img class="size-full wp-image-2268 alignleft" style="margin: 7px; border: 0pt;" title="HomosexualiteStats" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/HomosexualiteStats.jpg" alt="" width="450" height="287" /></a>pas l&#8217;intention non plus de dépénaliser l&#8217;homosexualité, un flou qui lui permet de se positionner à la fois comme étant modéré auprès des bailleurs de fonds internationaux et comme un bon pays musulman vis-à-vis la morale islamique puritaine.</p>
<p>La situation de Karim serait déjà tragique s&#8217;il n&#8217;y avait pas en plus les risques de SIDA. Pour survivre dans la jungle de Dhaka, il se prostitue: 50 takas (moins de 50 centimes d&#8217;euro ou 65 cents canadiens) pour une &laquo;&nbsp;passe&nbsp;&raquo; et 500 pour une nuit entière, juste ce qu&#8217;il faut pour payer la moitié du loyer (50 euros par mois) de la cabane en tôles ondulées de 6 mètres carrés qu&#8217;il partage avec son ami dans un bidonville. Comme la loi lui interdit de sortir de l&#8217;ombre, certains policiers en profitent pour escroquer Karim ou pour avoir des rapports sexuels avec lui sans le payer.</p>
<p>Comme lui, il y aurait entre 2 et 7 millions de Bangalais homosexuels, bisexuels ou transsexuels. Comment atteindre ces groupes à risque pour le SIDA et les aider à se protéger s&#8217;ils vivent cachés ? Réponse: en créant des points de rencontre pour les attirer et leur offrir des services de base, des centres d&#8217;accueils spécifiquement prévus pour les minorités sexuelles.</p>
<h4>Karim n&#8217;est plus seul</h4>
<p>J&#8217;ai rencontré Karim en septembre 2011 à Dhaka dans l&#8217;un des 65 centres pour les homosexuels et transsexuels (les &laquo;&nbsp;hijras&nbsp;&raquo;). Depuis quelques années,  avec les encouragements des donateurs internationaux, ces centres ont été mis en place dans la plupart des régions du Bangladesh par <a title="Bandhu" href="http://www.bandhu-bd.org/" target="_blank">Bhandu</a> et <a title="icddrb,b" href="http://www.icddrb.org/media-centre/news/2206-icddrb-strengthens-capacity-of-service-providers-to-ensure-effective-hiv-aids-interventions" target="_blank">ICDDR,B</a>, deux ONG bangladaises qui défendent les droits des homosexuels et offrent des services de prévention du SIDA. Pour Karim, découvrir ce centre a été une délivrance, la réalisation qu&#8217;il n&#8217;était pas seul, la fin de son isolement, une aide pour retrouver son estime de soi. La plupart de ceux et celles qui fréquentent ces centres disent souffrir d&#8217;une image extrêmement négative d&#8217;eux-mêmes (&laquo;&nbsp;self-stigma&nbsp;&raquo; en anglais), entre la confusion, la culpabilité et la peur.</p>
<p><a title="Des membres de la communauté gaie de Dhaka se détendent dans un centre d'accueil." href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/karim02.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2335" style="margin: 7px; border: 0px;" title="Des membres de la communauté gaie de Dhaka se détendent dans un centre d'accueil." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/karim02.jpg" alt="Des membres de la communauté gaie de Dhaka se détendent dans un centre d'accueil." width="450" height="299" /></a>Karim s&#8217;y est fait de nouveaux amis et un amoureux. Il y va régulièrement pour discuter, regarder la télévision, écouter de la musique et danser, pour prendre une douche, dormir un peu, et pour bénéficier de services médicaux et de conseils gratuits de la part d&#8217;un médecin et d&#8217;un travailleur social qui font partie de sa communauté et qui ne le jugent pas. Il a appris comment se transmet le SIDA et comment s&#8217;en protéger. En tant que &nbsp;&raquo;khoti&nbsp;&raquo;, terme qui désigne celui qui joue le rôle de la femme dans le couple, Karim a aussi appris à éviter d&#8217;attirer l&#8217;attention sur lui en gommant ses manières féminines lorsqu&#8217;il est à l&#8217;extérieur du centre.</p>
<p>Le travail des ONG bangalaises inclut de nombreuses rencontres avec des policiers, des journalistes et des gens influents comme les chefs religieux. Un de leurs défis est de convaincre ces gens que les centres d&#8217;accueil et les services qu&#8217;ils offrent comme la distribution gratuite de préservatifs, n&#8217;encouragent pas l&#8217;homosexualité ou la prostitution en les banalisant. Un débat identique auquel font face les programmes de prévention du SIDA par l&#8217;échange de seringues propres pour les consommateurs de drogues injectables.</p>
<h4>Amours interdites</h4>
<p>J&#8217;ai passé un peu plus de deux heures avec Karim, deux petites heures pendant lesquelles il a pris le risque de s&#8217;exposer au regard d&#8217;un parfait inconnu, avec toute sa sensibilité, sa vulnérabilité et ses peurs. On a bien ri, comme lorsque j&#8217;ai saisi la perruque que son voisin transsexuel coiffait et que je me la suis vissée sur le crâne.</p>
<p><a title="La voisinne hijra (transsexuel) de Karim coiffe sa perruque." href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/DSC_0999.jpg"><img title="La voisinne hijra (transsexuel) de Karim coiffe sa perruque." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/DSC_0999.jpg" alt="La voisinne hijra (transsexuel) de Karim coiffe sa perruque." width="300" height="200" /></a> <a title="Eclat de rire quand j'enfile la perruque de Shahidul, la voisinne hijra (transsexuel) de Karim. " href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/DSC_10031.jpg"><img title="Eclat de rire quand j'enfile la perruque de Shahidul, la voisinne hijra (transsexuel) de Karim. " src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/DSC_10031.jpg" alt="Eclat de rire quand j'enfile la perruque de Shahidul, la voisinne hijra (transsexuel) de Karim. " width="300" height="200" /></a></p>
<p>Être accueilli par Karim et son groupe a été un moment fort pour moi.  J&#8217;ai des valeurs personnelles assez banales. Je ne suis pas toujours un champion de la tolérance. Par chance, mon métier m&#8217;offre le privilège de rencontrer des gens qui, comme lui, m&#8217;offrent leur confiance et m&#8217;ouvrent la porte d&#8217;univers et de réalités qui sont souvent bien plus près de moi que je ne le croyais.</p>
<p style="text-align: right;">* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" /><em>Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627973780774%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627973780774%2F&amp;set_id=72157627973780774&amp;jump_to=" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=109615" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627973780774%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627973780774%2F&amp;set_id=72157627973780774&amp;jump_to=" allowFullScreen="true" allowfullscreen="true" /></object></p>
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		<title>Cambodge: La vie après la mort</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 08:49:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cambodge]]></category>
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		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Un orphelinat pris d'une bouffée d'espoir avec l'arrivée de médicaments contre le SIDA.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/mathysse.jpg"><img class="size-full wp-image-1884 alignleft" style="margin: 7px; border: 0px;" title="mathysse" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/mathysse.jpg" alt="" width="400" height="263" /></a></p>
<p>&laquo;&nbsp;<em>Nous brûlions les corps à l&#8217;extérieur</em>, raconte Wayne Matthyse au sujet de ses débuts difficiles, avec ce regard distant de celui qui a trop vu.  <em>Mais parfois il se mettait à pleuvoir et tout s&#8217;éteignait. Et nous devions attendre que ça sèche.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Les corps dont parle ce missionnaire américain, vétéran du Vietnam, sont pour la plupart ceux d&#8217;enfants morts du SIDA.  Quand je le rencontre en 2004, à 50 kilomètres au sud de Phnom Penh, il me présente son travail d&#8217;accompagnement de ces enfants dans leurs derniers jours.</p>
<p>Moment fort de ma visite (<strong>voir la vidéo plus bas</strong>): son nouveau crématorium, construit avec l&#8217;aide financière du Fonds mondial que je représente, un édifice carré qui ressemble à un petit temple. Dans une salle, il a accroché les photos des enfants quand ils étaient vivants. Sous les photos, sur une tablette, des urnes funéraires dorées qui contiennent leurs cendres.</p>
<p>W. Matthyse et son associé cambodgien Vandin ont installé le centre d&#8217;accueil de leur ONG <a title="Partners in Compassion" href="http://partnersincompassioncambodia.com/index.htm" target="_blank">Partners in Compassion</a> à l&#8217;arrière d&#8217;un temple bouddhiste en ruines, le Wat Opot, dont personne ne voulait parce qu&#8217;il avait servi de lieu d&#8217;interrogatoires et de torture par les Khmers Rouges, un endroit dont il a dû se contenter parce que les habitants des communes environnantes étaient hostiles à l&#8217;idée que des malades du SIDA viennent s&#8217;installer trop près de chez eux.</p>
<div id="attachment_2215" class="wp-caption alignnone" style="width: 630px"><a title="Le Wat Opot, avant et après: la photo de gauche a été prise en 2001 et celle de droite, presque exactement au même endroit, en 2007." href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/watopot_avantapres_OK.jpg"><img class="size-full wp-image-2215 " title="Le Wat Opot, avant et après: la photo de gauche a été prise en 2001 et celle de droite, presque exactement au même endroit, en 2007." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/10/watopot_avantapres_OK.jpg" alt="Le Wat Opot, avant et après: la photo de gauche a été prise en 2001 et celle de droite, presque exactement au même endroit, en 2007." width="620" height="220" /></a><p class="wp-caption-text">Le Wat Opot, avant et après: la photo de gauche a été prise en 2001 et celle de droite en 2007.</p></div>
<p>A l&#8217;extérieur de Wat Opot, posé au milieu d&#8217;un champ de riz, le décor respire la sérénité. A l&#8217;intérieur, c&#8217;est un océan de souffrances dans une atmosphère de silence et d&#8217;abandon. Des malades, dont certains trouvent la force de me sourire, attendent de passer dans l&#8217;autre monde.</p>
<p>Au départ, la seule ambition de Wayne Matthyse et de son associé Vandin est d&#8217;offrir une mort digne à ces enfants et leurs parents. Le crématorium fait partie de cet objectif. &laquo;&nbsp;<em>Personne ne meurt seul, ici</em>&nbsp;&raquo; , ajoute-t-il, avec ce sens de la formule qui lui vient sûrement de sa culture américaine. Ou encore, comme un argument commercial pour attirer de nouveaux clients: &laquo;&nbsp;<em>Si vous mourez ici, c&#8217;est gratuit</em>&laquo;&nbsp;, en référence à la hantise de ceux qui se savent condamnés: endetter leurs survivants dans des rituels aux prix exhorbitants. Est-ce qu&#8217;il retourne parfois aux Etats-Unis? &laquo;&nbsp;<em>Seulement pour les funérailles</em>&laquo;&nbsp;, répond-il sans rire.</p>
<p>Et puis, quelques semaines avant mon passage, un événement va tout changer. &laquo;&nbsp;<em>Il y a à peine deux mois, nous aidions les gens à mourir, </em>raconte Wayne, <em>alors que maintenant avec les antirétroviraux, nous leur proposons une nouvelle vie.&nbsp;&raquo;</em></p>
<h4>La promesse de vie des médicaments miracle</h4>
<p>Les antirétroviraux (les &laquo;&nbsp;ARV&nbsp;&raquo;) sont le seul traitement efficace contre le SIDA, des médicaments qui ont redonné espoir à des millions de personnes séropositives et transformé une condamnation à une mort certaine en une maladie avec laquelle on peut vivre longtemps. Cette combinaison de trois pilules qu&#8217;il faut prendre chaque jour coûte 30 centimes d&#8217;euro, soit environ 40 cents canadiens. Une centaine d&#8217;euros par année: un prix dérisoire pour une vie humaine mais qui est encore trop pour beaucoup de gens au Cambodge, un pays qui se relève à peine des 1,7 million de victimes du génocide Khmer, des 600 000 morts de la guerre civile de 1970-1975, et qui a maintenant le plus fort taux de prévalence du SIDA en Asie.</p>
<p>Depuis deux ans, moment où le pays a fait une demande de financement auprès du Fonds mondial pour acheter des stocks d&#8217;ARV, plus de 200 résidents de Wat Opot dont la vie était suspendue à la livraison de ces médicaments sont morts. En pensant à eux et au prix des ARV, je ne peux m&#8217;empêcher de faire un rapprochement avec l&#8217;histoire d&#8217;Oskar Schindler, cet industriel allemand membre du parti nazi qui réussit à sauver environ 1 100 Juifs des camps de concentration, et dont Spielberg a fait un film à succès, La liste de Schindler. Vers la fin du film, il s&#8217;effondre en pensant au prix d&#8217;une vie (il a entre autre échangé un Juif contre un briquet) et à tous ces autres innocents qu&#8217;il aurait pu sauver s&#8217;il avait fait plus vite. Le Fonds mondial aurait-il pu faire plus vite? Sûrement.</p>
<div style="margin: 7px 10px 5px 0px; float: right;"><a href="http://youtu.be/fqVf9lh2ILU">
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=fqVf9lh2ILU">http://www.youtube.com/watch?v=fqVf9lh2ILU</a></p>
<p></a></div>
<p>Aujourd&#8217;hui, plus de 3 millions de personnes séropositives sont en vie grâce à des ARVs payés par le Fonds mondial, une organisation reconnue pour la rapidité avec laquelle elle a fait parvenir des milliards de dollars d&#8217;aide dans les pays pauvres. Mais il y en a trois fois plus qui ont besoin de ces médicaments, qui n&#8217;ont pas les cent euros du traitement annuel et dont une grande partie va très probablement mourir dans les années qui viennent parce qu&#8217;actuellement, à cause de la crise économique mondiale, tous les pays riches réduisent leur aide au développement.</p>
<p>Dans le confort de nos bureaux climatisés à Genève, à l&#8217;abri de nos plans de travail et objectifs quotidiens, il est facile de ne pas se sentir directement responsables. L&#8217;aide humanitaire s&#8217;est professionnalisée et n&#8217;a plus rien à voir avec l&#8217;esprit missionnaire de ses débuts. Aujourd&#8217;hui, les travailleurs de l&#8217;humanitaire sont des spécialistes embauchés pour leurs compétences techniques. Chacun est responsable de son petit bout de la solution (moi, à l&#8217;époque, c&#8217;est la communication par Internet). On perd facilement de vue la réalité pour laquelle nous travaillons: ces millions d&#8217;enfants, d&#8217;hommes et de femmes dont la vie est suspendue à l&#8217;efficacité et la rapidité avec laquelle nous pouvons leur faire parvenir cette aide.</p>
<p>Les choses bougeraient-elles plus vite si nous vivions et travaillions dans un plus grand sentiment d&#8217;urgence? Comme O. Schindler devant ces Juifs qu&#8217;il savait condamnés s&#8217;il ne faisait rien pour eux, là, dans l&#8217;instant présent, je suis persuadé que les pays donateurs et tous ceux qui sont impliqués dans ce type d&#8217;aide humanitaire se trouveraient des ressources insoupçonnées s&#8217;ils étaient plus en phase avec la réalité.</p>
<h4>Une communauté de survivants du SIDA</h4>
<p>Ma rencontre avec Wayne Matthysse s&#8217;est faite en coup de vent, juste le temps de tourner quelques images pour documenter son travail pour le site web de mon employeur. Une visite guidée que j&#8217;ai filmée au pas de charge avant de filer vers un autre rendez-vous et d&#8217;autres histoires à raconter. Des années plus tard, cette rencontre furtive m&#8217;habite toujours. Je suis émerveillé et rassuré sur l&#8217;espèce humaine quand je croise la route de personnes comme lui, des gens portés par l&#8217;envie d&#8217;être utiles et cohérents avec eux-mêmes, une vraie force de changement pour ceux qui en ont le plus besoin.</p>
</div>
<div>
<p>Aujourd&#8217;hui, avec l&#8217;aide des ARV, le mouroir de Wayne M. s&#8217;est transformé en une communauté de survivants du SIDA, 65 enfants dont plusieurs dont les parents sont morts au centre, et 20 adultes. Le tiers des enfants sont séropositifs ainsi que presque tous les adultes qui s&#8217;occupent d&#8217;eux. En janvier 2007, grâce aux meilleures conditions d&#8217;accueil et de soins à l&#8217;hôpital local, l&#8217;hospice de Wat Opot que l&#8217;on voit dans la vidéo a été fermé aux patients adultes et le projet a été rebaptisé &laquo;&nbsp;Communauté des enfants de Wat Opot&nbsp;&raquo;. Et loin des projecteurs, à force de d&#8217;entêtement et de petits gestes quotidiens, un Américain et son associé cambodgien poursuivent leur chemin et irradient ce que cela devrait signifier d&#8217;être humain.</p>
<p>Pour plus d&#8217;informations (en anglais), <a title="Partners in Compassion - Cambodia" href="http://partnersincompassioncambodia.com/" target="_blank">le site web de Partners in Compassion</a>.</p>
</div>
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		<title>Canada: L&#8217;odeur des Canadiens</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 13:13:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Canada]]></category>
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		<description><![CDATA[Comment perçoit-on le Canada et les Canadiens quand on les découvre pour la première fois?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/odeur_canadiens.png"><img class="alignright size-medium wp-image-1751" title="odeur_canadiens" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/odeur_canadiens-300x179.png" alt="" width="300" height="179" /></a>Comment perçoit-on le Canada et les Canadiens quand on les découvre pour la toute première fois?</p>
<p>C&#8217;est l&#8217;idée derrière cette série de cinq reportages: <strong>un portrait du Canada et des Canadiens par les sens, à partir des impressions d&#8217;immigrants de toutes origines</strong> fraîchement débarqués à Ottawa, la capitale nationale. Des hommes et des femmmes dont les sens sont toujours en éveil, frappés par la nouveauté, percevant intensément des choses que les Canadiens ne voient plus, ne sentent plus, n&#8217;entendent plus ou ne goûtent plus.</p>
<p>Entre 1991 à 1993, je suis journaliste pour Radio-Canada à Ottawa. Au-delà des sujets d&#8217;actualité, je me spécialise dans les questions qui touchent l&#8217;immigration, les communautés ethniques et religieuses, une manière de poursuivre mon voyage autour du monde sans bouger de chez moi, d&#8217;explorer et de redécouvrir ma réalité au travers du regard des autres. Au fil des mois, je m&#8217;amuse à répéter les mêmes questions aux nouveaux arrivants que je croise: <strong>à quoi ressemblent la ville, les rues, les maisons? comment les gens s&#8217;habillent-ils, que sentent-ils? que pensez-vous de la cuisine canadienne, des bruits de la ville, de la musique? comment les gens occupent-ils l&#8217;espace? comment se touchent-ils?</strong></p>
<p>En résumé, il n&#8217;y a pas de vérité absolue ou de réponse objective à ces questions mais un kaléidoscope d&#8217;impressions parfois contradictoires. Par exemple, certains s&#8217;étonnent que les Canadiens aient l&#8217;obsession de masquer leurs odeurs corporelles et d&#8217;autres, qu&#8217;ils ne se parfument pas assez.</p>
<p>Au-delà du côté un peu superficiel de ces reportages (comment répondre à des questions si vastes en moins de huit minutes?), l&#8217;idée est d&#8217;illustrer que nos perceptions sont conditionnées en grande partie par notre éducation, notre environnement culturel et notre histoire personnelle, sources d&#8217;inombrables malentendus, clichés et jugements hâtifs sur les immigrants et &laquo;&nbsp;les autres&nbsp;&raquo;, un thème récurrent sur ce site et qui m&#8217;a toujours tenu à coeur.</p>
<p><em>Ces reportages ont été diffusés dans Transit, une émission de fin d&#8217;après-midi animée par <a title="Danièle Grenier" href="http://www.radio-canada.ca/emissions/Divines_tentations/2010-2011/index.asp" target="_blank">Danièle Grenier</a> (et exceptionnellement par <a title="Normand Latour" href="http://www.radio-canada.ca/emissions/Bleu/2010-2011/animateur.asp?idDoc=160424" target="_blank">Normand Latour</a> pour le reportage sur le &laquo;&nbsp;toucher&nbsp;&raquo;).<br />
Pour les télécharger (MP3) individuellement, faire clic-droit sur <img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /> et &laquo;&nbsp;Enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;.</em></p>
<table width="100%" border="0" cellpadding="15" bgcolor="#ffffff">
<tbody>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="20%">
<h3>La vue</h3>
</td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="70%">
<div style="text-align: left;" align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a title="Télécharger" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Canada_Sens_Vue.mp3"><img class="alignnone size-full wp-image-1969" style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="20%">
<h3>Le goûter</h3>
</td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="70%">
<div style="text-align: left;" align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Canada_Sens_Gouter.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="20%">
<h3>L&#8217;odorat</h3>
</td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="70%"></td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Canada_Sens_Odorat.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="20%">
<h3>L&#8217;ouïe</h3>
</td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="70%"></td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Canada_Sens_Ouie.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="20%">
<h3>Le toucher</h3>
</td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="70%"></td>
<td align="left" valign="center" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Canada_Sens_Toucher.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
</tbody>
</table>
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		<title>Liberia: Comment s&#8217;entretuer selon les règles</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Aug 2011 15:41:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Liberia]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Un métier insensé, presque irréel: juriste de la guerre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Une avocate chez les fous de guerre" href="http://www.bourgoing.com/1996/05/avocate-chez-les-fous-de-guerre/"><img class="alignright size-full wp-image-1854" title="Une avocate chez les fous de guerre" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/boudreault2_450px.jpg" alt="Une avocate chez les fous de guerre" width="450" height="291" /></a>La Québécoise Lise Boudreault exerce une profession qui paraît insensée, presque irréelle : essayer de faire rire un gamin nerveux qui joue de la gâchette, convaincre un guerrier éméché qu&#8217;il sera un grand soldat s&#8217;il permet l&#8217;évacuation de ses ennemis blessés, s&#8217;interposer au risque de sa vie entre des gens qui se tirent dessus, et leur faire accepter que s&#8217;ils veulent s&#8217;entretuer, ils doivent le faire sans enfreindre la loi, i.e. en respectant les traités que leur pays a signés.</p>
<p>Elle est <strong><a title="Une avocate chez les fous de guerre" href="http://www.bourgoing.com/1996/05/avocate-chez-les-fous-de-guerre/">juriste de la guerre</a></strong>, un travail qu&#8217;elle effectue sur le terrain, dans des situations de conflit armé, en tant que déléguée du Comité International de la Croix-Rouge.</p>
<p><a title="Source: http://peacejournal104.blogspot.com/2010/12/liberias-civil-war.html" href="http://www.bourgoing.com/1996/05/avocate-chez-les-fous-de-guerre/"><img class="size-full wp-image-1832 alignright" title="Source: http://peacejournal104.blogspot.com/2010/12/liberias-civil-war.html" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/liberia03.jpg" alt="Source: http://peacejournal104.blogspot.com/2010/12/liberias-civil-war.html" width="603" height="302" /></a></p>
<p>Quand je l&#8217;ai rencontrée au Rwanda, en septembre 1994, elle revenait du Liberia, une guerre civile qui a repoussé toutes les limites de la barbarie humaine et qui a été menée en bonne partie par des enfants-soldats (comme ceux de la photo).</p>
<p>Jusqu&#8217;à ce que je croise sa route, je croyais que la guerre ne pouvait être que le contraire du droit, la seule loi du plus fort. J&#8217;avais bien entendu parler des Conventions de Genève, ces textes signés par 194 pays censés garantir un minimum d&#8217;humanité dans les situations de guerre. Entre ces bouts de papier et la réalité du terrain, L. Boudreault m&#8217;a ouvert les yeux sur un métier aussi vital qu&#8217;étrange.</p>
<p><strong>C&#8217;est le sujet de ce reportage que j&#8217;ai réalisé pour le quotidien montréalais La Presse en 1995:</strong> <strong><a title="Liberia: Une avocate chez les fous de guerre" href="http://www.bourgoing.com/1996/05/avocate-chez-les-fous-de-guerre/">Une avocate chez les fous de guerre</a></strong>.</p>
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		<item>
		<title>Egypte: Sourire à la vie</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Aug 2011 10:35:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment vivre avec dignité au milieu des ordures?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je me crois préparé à ce que je vais découvrir à El Moqatam et pourtant&#8230; Comment peut-on ressentir autre chose qu&#8217;un choc violent devant des centaines d&#8217;adultes et d&#8217;enfants qui fouillent des montagnes d&#8217;ordures à mains nues? Tous les jours, un balai incessant de charrettes tirées par des ânes ramène dans ce quartier-dépotoir les ordures des riches de la capitale égyptienne. Il y en a partout, au rez-de-chaussée ou sur les toîts de leurs cabanes qui croulent déjà sous des tas d&#8217;immondices. Les chiffonniers du Caire, aussi appelés &laquo;&nbsp;Zabaleens&nbsp;&raquo;, trient tout ce qui peut être récupérable et vendu au recyclage, au milieu de jeunes enfants qui jouent pieds nus, insouciants, sur une des plus grandes concentrations de microbes au monde.</p>
<p>De ce mauvais rêve, je me rappelle particulièrement deux choses: l&#8217;odeur épouvantable et le sourire déconcertant des habitants.</p>
<p style="text-align: right;">* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" /><em>Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627270034216%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627270034216%2F&amp;set_id=72157627270034216&amp;jump_to=" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627270034216%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157627270034216%2F&amp;set_id=72157627270034216&amp;jump_to=" allowFullScreen="true" allowfullscreen="true" /></object></p>
<p>Ce jour-là, en avril 1988, je suis accompagné d&#8217;une amie qui apprend l&#8217;arabe à l&#8217;Université américaine du Caire. Tamina fait les présentations avec ceux que nous rencontrons et demande pour moi, un peu mal à l&#8217;aise, si je peux les prendre en photo. Etrangement, ils acceptent pour la plupart et prennent la pose, sans gêne apparente.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire6.jpg"><img class="alignright" style="margin: 7px;" title="chiffonniers_sourire6" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire6.jpg" alt="" width="400" height="263" /></a>Comme ce jeune homme qui fait du culturisme et qui accepte l&#8217;auto-dérision que je lui propose en gonflant les muscles pour la photo. Je le fais bien rire avec mon physique hors-compétition. Au point où il nous invite chez lui pour prendre le thé, à deux mètres de quelques cochons noirs qui pataugent dans un demi-mètre de boue pestilentielle, au milieu d&#8217;un épais nuage de mouches, des cochons engraissés aux ordures pour faire de la charcuterie. J&#8217;ai le coeur au bord des lèvres et fais des efforts surhumains pour garder un air détendu jusqu&#8217;à ce que se produise ce que je craignais: il nous invite à manger!</p>
<ul>
<li><em>C&#8217;est trop d&#8217;honneur. Merci beaucoup mais&#8230; euh&#8230; nous ne voudrions pas abuser de votre hospitalité et d&#8217;ailleurs&#8230; euh&#8230; je vois l&#8217;heure qui file&#8230;  </em></li>
</ul>
<p>L&#8217;odeur âcre et lourde est insupportable mais, encore aujourd&#8217;hui, je crois que ce sont tous ces visages souriants qui me font la plus forte impression.</p>
<h4>Un sourire pour la photo?</h4>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire1.jpg"><img class="size-full wp-image-1406 alignnone" style="margin: 7px;" title="chiffonniers_sourire1" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire1.jpg" alt="" width="280" height="184" /></a><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire2.jpg"><img class="size-full wp-image-1407 alignnone" style="margin: 7px;" title="chiffonniers_sourire2" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire2.jpg" alt="" width="280" height="184" /></a></p>
<p>Il y a un tel décalage entre le plaisir que ces gens semblent prendre à être photographiés et le décor sordide dans lequel ils vivent. Leur sourire ne correspond pas à l&#8217;arrière-plan des photos.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire4.jpg"><img class="size-full wp-image-1409 alignnone" style="margin: 7px;" title="chiffonniers_sourire4" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire4.jpg" alt="" width="280" height="184" /></a><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire3.jpg"><img class="size-full wp-image-1408 alignnone" style="margin: 7px;" title="chiffonniers_sourire3" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/chiffonniers_sourire3.jpg" alt="" width="280" height="184" /></a></p>
<p>Comme celui de cet homme qui fouille le contenu d&#8217;une charrette avec ses enfants, sa femme et quelques chèvres qui leur disputent leur tas de déchets. <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/egypte.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1569" style="margin: 7px;" title="egypte" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/egypte.jpg" alt="" width="400" height="263" /></a>Serait-il flatté que quelqu&#8217;un s&#8217;intéresse à lui? Un peu simple d&#8217;esprit? Ou très croyant, porté par quelque chose qui l&#8217;illumine de l&#8217;intérieur et l&#8217;aide à tenir le coup? La plupart des enfants ont des chapelets et des petites croix au cou. Ce sont des chrétiens coptes, ce qui explique la présence de cochons, animaux bannis par l&#8217;Islam.</p>
<p>A moins que sa réalité soit différente de ce qu&#8217;elle semble être? J&#8217;ai lu quelque part que certains arrivent à vivre confortablement de leur activité. Hum&#8230; peut-être, mais ça ne donne quand même pas envie de changer d&#8217;emploi&#8230;</p>
<p>Et la dignité dans tout ça? Comment arrivent-ils à garder la tête haute au point d&#8217;accepter de sourire pour la photo d&#8217;un inconnu? Ce qui est &laquo;&nbsp;dégradant&nbsp;&raquo; est peut-être finalement très relatif et personnel. Dans les pays riches, on se glorifie de trier les ordures et de recycler tout ce qui peut l&#8217;être. Je le fais moi-même: déchets alimentaires d&#8217;un côté pour le compost, plastique, papier et verre de l&#8217;autre pour le recyclage. Après tout, les chiffonniers du Caire ne font pas autre chose, pourrait-on se dire. Ils jouent un rôle utile pour la société et parviennent à nourrir leurs enfants et à vivre de leur travail.</p>
<h4>L&#8217;héritage de Soeur Emmanuelle</h4>
<p>Dernière hypothèse: ces gens seraient-ils tout simplement heureux d&#8217;être en vie? La vie mériterait-elle qu&#8217;on lui sourie même sur un tas d&#8217;ordures? C&#8217;est le pari qu&#8217;a fait Soeur Emmanuelle quand elle est venue s&#8217;installer chez ces pariahs de la société égyptienne en 1971, à 63 ans (en savoir plus sur <a title="Soeur Emmanuelle sur Wikipedia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Soeur_Emmanuelle#Engagement_aupr.C3.A8s_des_chiffonniers_du_Caire" target="_blank">Wikipedia</a>).</p>
<div style="float: right; margin: 0 10px 5px 0;"><a href="http://youtu.be/uyvBK3qNDXk">
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=uyvBK3qNDXk">http://www.youtube.com/watch?v=uyvBK3qNDXk</a></p>
<p></a></div>
<p>Avec l&#8217;aide d&#8217;églises locales, elle a lancé plusieurs projets de santé et d&#8217;éducation pour améliorer leur quotidien, comme une usine de compost pour éliminer les ordures alimentaires qui, partout, transformaient les rues en champs de boue. L&#8217;oeuvre de Soeur Emmanuelle, décédée en octobre 2008, se poursuit aujourd&#8217;hui avec une communauté d&#8217;une vingtaine de soeurs qui gèrent pour eux des dispensaires, des écoles, des jardins d&#8217;enfants, des centres de formation et un club social (cliquez ici pour aider et <a href="http://www.operation-orange.org/oporange/pgbase/scolarite.htm" target="_blank">parrainer un enfant</a> de Mokattam ou voir <a href="http://youtu.be/aYoT_ZHld98" target="_blank">une vidéo</a> sur ce sujet).</p>
<p>En France, pays farouchement anticlérical, la petite bonne soeur pleine d&#8217;énergie, de bon sens et d&#8217;humanité est une icône. Probablement parce que son exemple rappelle à tous que l&#8217;essentiel n&#8217;est pas toujours là où l&#8217;on croit: « <em>La joie chante là où l’on vit sans eau, sans électricité, sans loisir, </em>disait-elle,<em> mais dans la fraternité, là où la relation d’amour et d’amitié est la base essentielle même de la vie quotidienne </em>».</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p><strong><em>&#8230;et pour en savoir plus&#8230;</em></strong></p>
<p><em>Un reportage réalisé en 2010 par France2 où il est fait mention de la volonté du gouvernement Mubarak de déloger les chiffonniers (voir aussi à ce sujet </em><a title="Egypte: Vivre parmi les morts" href="http://www.bourgoing.com/2011/06/vivre-parmi-les-morts/"><em>Egypte: Vivre parmi les morts</em></a><em>):<br />
</em><br />
<a href="http://youtu.be/dcG3pTuvAWk">
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=dcG3pTuvAWk">http://www.youtube.com/watch?v=dcG3pTuvAWk</a></p>
<p></a></p>
<p><em>Un reportage de France 24:</em></p>
<p><a href="http://youtu.be/Uj5cGY5Eapg">
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=Uj5cGY5Eapg">http://www.youtube.com/watch?v=Uj5cGY5Eapg</a></p>
<p></a></p>
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		<title>Inde: Partir en fumée</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Jul 2011 15:06:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Inde]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[L'envers du décor d'une parodie de publicité Camel.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/pubcamel1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1034" style="margin: 7px;" title="pubcamel1" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/pubcamel1.jpg" alt="" width="600" height="401" /></a></p>
<p>Cette photo est un gag, ma publicité Camel à l&#8217;époque où, pour certains, il était encore cool de fumer. Une mise en scène pour reproduire ces campagnes des marchands de tabac faisant croire que fumer est bon pour l&#8217;aventurier qui sommeille en chaque homme, que c&#8217;est un symbole de virilité, synonyme de grands espaces, d&#8217;air pur (sic) et donc de bonne santé.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/camelad11.jpg"><img class="size-full wp-image-1318 alignright" style="margin: 7px;" title="camelad1" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/camelad11.jpg" alt="" width="450" height="305" /></a>Comme le célèbre cowboy Marlboro rassemblant son troupeau au coucher du soleil ou l&#8217;Indiana Jones de Camel traversant une rivière tropicale, cigarette au bec, dérivant avec sa Jeep sur un radeau construit, sans aucun doute, par notre héros et sa grosse machette.</p>
<p>C&#8217;était en mai 1988, avant que les bandeaux &laquo;&nbsp;Fumer tue&nbsp;&raquo; et les images de dents ou de poumons noircis par la nicotine viennent défigurer les jolis paquets et briser le rêve.</p>
<p>Elle a été prise au cours d&#8217;une randonnée à dos de chameau dans le désert du Rajasthan, près de la ville magique de Jaisalmer, dans un temple hindou abandonné d&#8217;un petit village apparemment vide où je m&#8217;étais réfugié à 10:00 am, à l&#8217;abri des 50 degrés qu&#8217;il faisait à la mi-journée. Un jour où j&#8217;ai cru mourir de soif, déshydraté pour la première fois de ma vie, incapable d&#8217;épancher ma soif avec mes deux malheureuses bouteilles d&#8217;eau minérale, sentant monter la panique, obligé de boire l&#8217;eau saumâtre du puits des chameliers. L&#8217;aventure, je vous disais&#8230;</p>
<p>J&#8217;ai souvent repensé à cette photo. Parce qu&#8217;elle a bien fait rigoler les amis mais aussi et surtout, à cause d&#8217;un détail du décor dans lequel elle a été prise. En zoomant sur l&#8217;arrière-plan, on aperçoit des empreintes de mains rouges derrière mon figurant exotique et moi, des motifs qui rappellent les <a href="http://www.hominides.com/html/actualites/main-kalimain-logiciel-cnrs-sexe-manning.php" target="_blank">mains au pochoir des grottes préhistoriques</a>. <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/pubcamel3_1000px.jpg"><img class="size-full wp-image-1036 alignnone" style="margin: 7px;" title="pubcamel3_1000px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/pubcamel3_1000px.jpg" alt="" width="600" height="290" /></a></p>
<p>Le chamelier, qui parlait très peu anglais, m&#8217;avait vaguement fait comprendre qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un rituel de veuves. J&#8217;étais reparti vers de nouvelles aventures, content de mon effet. Je n&#8217;en savais pas plus. Jusqu&#8217;à ce que je lance récemment une recherche avec &laquo;&nbsp;widow + india&nbsp;&raquo; sur Internet et que je découvre le &laquo;&nbsp;sati&nbsp;&raquo;.</p>
<h4>Le feu sacré</h4>
<p>Le sati (&laquo;&nbsp;femme fidèle&nbsp;&raquo; en sanskrit) était une vieille coutume hindoue qui encourageait les veuves à se placer dans le bûcher funéraire de leur époux pour le suivre dans la mort, une pratique formellement interdite par le pouvoir colonial  britannique dès 1830 mais qui a connu un regain de popularité après l&#8217;indépendance de l&#8217;Inde en 1947, avec 40 cas rapportés dans quatre états du nord de l&#8217;Inde, dont 30 pour le seul Rajasthan.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/sati_roopkanwar.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1472" style="margin: 7px;" title="sati_roopkanwar" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/sati_roopkanwar.jpg" alt="" width="337" height="223" /></a>Le cas le plus célèbre s&#8217;est produit quelques mois avant mon passage au Rajasthan, en septembre 1987. Non loin de l&#8217;endroit où je me trouvais, Roop Kanwar, une jeune veuve de 18 ans, mariée depuis huit mois seulement, s&#8217;était immolée en présence d&#8217;une foule nombreuse. Selon certains, elle avait été droguée et y aurait été forcée. La police, de peur de provoquer une émeute, n&#8217;était pas intervenue.</p>
<p>Quelques cas se sont reproduits plus récemment. Chaque fois, la candidate au sati semble suivre un même rituel. Comme au jour de son mariage, elle se purifie en se lavant, enfile un sari rouge et ses bracelets d&#8217;ivoire. Elle se maquille les mains au henné et imprime la marque de sa main sur un mur chez elle ou au temple. Elle monte sur le bûcher et s&#8217;y assoit, tenant la tête de son mari sur ses genoux et une copie de la Bhagavad-Gītā, la partie centrale du Mahābhārata, le livre sacré des hindous. Et puis elle donne le signal d&#8217;allumer le feu.</p>
<h4>Vivre dans la honte ou mourir dans l&#8217;honneur</h4>
<p>Comment une femme peut-elle en venir à s&#8217;immoler vivante, en présence parfois de centaines, voire de milliers de badauds qui ne font rien pour l&#8217;en empêcher? S&#8217;agit-il vraiment d&#8217;actes volontaires ou y sont-elles forcées à cause du poids de la tradition et de la pression de l&#8217;entourage, pour des raisons d&#8217;héritage ou de superstitions?</p>
<p>Pour la vaste majorité des Indiens, le sati est une histoire d&#8217;horreur. La presse nationale, des groupes de lutte pour les droits des femmes et l&#8217;opinion publique avaient réagi très fortement au sati de Roop Kanwar, condamnant &laquo;&nbsp;un acte barbare et primitif&nbsp;&raquo;, ce qui avait poussé le gouvernement à adopter une loi contre le sati assortie de lourdes peines de prison pour ceux qui l&#8217;encourageraient. Mais pour certains Rajputs, les habitants du Rajasthan, le sati reste une histoire d&#8217;amour, un acte surnaturel, la conséquence logique d&#8217;un amour si profond que les âmes ne souhaitent pas être séparées.</p>
<p><strong>La croyance en la réincarnation</strong> est une clé essentielle pour comprendre le sati. Comme pour les kamikazes musulmans à qui l&#8217;on promet que 70 vierges les attendent au paradis, ces femmes croient que leur sacrifice portera bonheur à sept générations de descendants de leurs famille et belle-famille, ainsi qu&#8217;à leur village, qu&#8217;elles ne souffriront pas et qu&#8217;elles seront vénérées comme des saintes. En prouvant la pureté de leur amour pour leur mari, elles veulent l&#8217;aider à monter au ciel et  faciliter sa réincarnation. <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/VeuvesInde.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1393" style="margin: 7px;" title="L'heure de l'unique repas journalier dans un ashram pour les veuves de la région de Delhi (source: http://moun.over-blog.net/article-les-veuves-en-inde-71266331.html)" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/VeuvesInde-300x201.jpg" alt="L'heure de l'unique repas journalier dans un ashram pour les veuves de la région de Delhi (source: http://moun.over-blog.net/article-les-veuves-en-inde-71266331.html)" width="300" height="201" /></a>En récompense de leur courage, elles espèrent renaître dans le corps d&#8217;un homme &laquo;&nbsp;supérieur&nbsp;&raquo; et non dans celui d&#8217;une femme de caste inférieure.</p>
<p>Mais la cause principale de la renaissance de cette tradition est probablement liée au <strong>sort des ve</strong><strong>uves en Inde</strong>. Dans une culture où la femme est entièrement dévouée au bien-être de son mari, les veuves sont perçues comme portant malheur. Parfois rejetées, humiliées, insultées, agressées par leurs belles-familles, ces femmes sont condamnées à vivre une vie d&#8217;ascète et peuvent n&#8217;avoir d&#8217;autre solution que de joindre un ashram de veuves (voir <a title="Les veuves en Inde" href="http://moun.over-blog.net/article-les-veuves-en-inde-71266331.html" target="_blank">un article récent avec photos</a> sur ce sujet et, pour en savoir plus, <a title="L'Exil des Veuves Blanches en Inde" href="http://www.passant-ordinaire.com/revue/35-251.asp" target="_blank">L’Exil des Veuves Blanches en Inde</a>). Face à l&#8217;éventualité de vivre dans la honte, certaines préféreraient la mort dans l&#8217;honneur.</p>
<h4>Déesses rouges, veuves blanches et cigarettes brunes</h4>
<p>Le décor de ma parodie de publicité marque l&#8217;endroit où des veuves ont laissé l&#8217;empreinte de leurs mains, comme une marque de dévotion à leurs maris qu&#8217;elles s&#8217;apprêtaient à rejoindre dans la mort. Qui étaient-elles? Quand ont-elles vécu? Sont-elles vraiment toutes mortes? En se jetant sur le bûcher funéraire de leur mari? Certaines se sont-elles pendues, comme semble le suggérer le dessin qui apparaît juste au-dessus de ma tête, sur la droite?</p>
<p>Combien de fois suis-je ainsi passé complètement à côté de la réalité des pays que je visitais, inconscient de ce que les gens que je rencontrais vivaient et des choses que je croyais voir, plus occupé à perpétuer mes illusions qu&#8217;à être réceptif à ce qui m&#8217;entourait? Si j&#8217;avais su qu&#8217;à cet endroit, à cause d&#8217;une tradition archaïque, la vie de femmes innocentes était partie en fumée, je serais certainement allé répandre la mienne un peu plus loin.</p>
<p>Note d&#8217;espoir: le sati reste extrêmement rare, les Indiens prennent la lutte contre ces coutumes rétrogrades très au sérieux et de nombreuses initiatives indiennes et étrangères s&#8217;attachent à améliorer le sort des veuves. Comme celle-ci, illustrée par Beesamma, une veuve mère de deux enfants qu&#8217;elle peut élever sans soutien familial grâce à un programme de micro-crédit de l&#8217;ONG canadienne <a href="http://www.opportunityinternational.ca/fr/" target="_blank">Opportunité Internationale</a>.</p>
<div style="text-align: center;"><span style="color: #ffffff;"><br />
</span></div>
<p><iframe src="http://www.youtube.com/embed/yF29kA1kqrI" frameborder="0" width="560" height="349"></iframe></p>
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		<title>Inde: Un objet perdu</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jul 2011 15:33:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Inde]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Ma rencontre étonnante avec un oiseau de bon augure.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/2260inde8805_1000px.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-848" title="2260inde8805_1000px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/2260inde8805_1000px.jpg" alt="" width="650" height="435" /></a></p>
<p>La scène se passe sur un trottoir de New Delhi, le jour de mes 26 ans. Cet homme offre des séances d&#8217; &laquo;&nbsp;astrologie des oiseaux&nbsp;&raquo; aux passants. Il étale un jeu de cartes par terre, agite une clochette et ouvre une porte de la cage des perroquets. Un oiseau sort, se dandine jusqu&#8217;au jeu de cartes et en choisit une d&#8217;un coup de bec énergique.</p>
<p>Vient mon tour. L&#8217;envers de cette carte est censé révéler quelque chose sur moi ou sur mon avenir, un peu comme les &laquo;&nbsp;fortune cookies&nbsp;&raquo; des restaurants chinois, ces petits biscuits secs qui renferment des phrases généralement plus creuses que profondes.</p>
<p>Je joue le jeu et fais mine de prendre tout ça au sérieux. En fait, je suis un peu ambigu: d&#8217;un naturel sceptique, je ne crois pas aux prédictions des astrologues, encore moins quand ils portent des plumes. Mais je suis célibataire, tout juste sorti de l&#8217;université et ça ne me ferait pas de mal d&#8217;entendre quelque chose qui m&#8217;inspire un peu.</p>
<p>Petits coups de clochette, le perroquet picore une carte que son propriétaire retourne et me tend. La grande révélation du jour? &laquo;&nbsp;<em>You will find a lost article</em>&nbsp;&raquo; , proclame la carte. Vous retrouverez un objet perdu&#8230; Le perroquet avale quelques graines de récompense, retourne dans sa cage et basta, au suivant!</p>
<p>C&#8217;est n&#8217;importe quoi. Je n&#8217;espérais pas grand-chose mais là, le fakir et son volatile ont fait très fort. Je voyage depuis maintenant presque quatre mois, je suis extrêmement méfiant des pickpockets et je n&#8217;ai jamais rien perdu.</p>
<p>Je ne peux quand même pas demander que le charlatan me rembourse les 10 roupies. Avec un taux de change à 100 roupies par dollar, ça ferait mauvaise impression&#8230; Alors je me console en me disant que ça fera une jolie photo, une anecdote amusante à raconter à mon retour chez moi.</p>
<p>Je quitte l&#8217;endroit et me mets à méditer sur les autres photos que j&#8217;ai prises depuis mon arrivée en Inde. Je suis fasciné par ce tourbillon de spiritualité qui imprègne chaque instant du quotidien des Indiens et qui semble vécu avec une candeur et une apparente naïveté qui portent à sourire.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/2153inde8805_1000px.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-847" title="2153inde8805_1000px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/2153inde8805_1000px.jpg" alt="" width="650" height="434" /></a>Je repense à cet autre diseur de bonne aventure qui m&#8217;a lu les lignes du&#8230; pied. Avec de l&#8217;encens et en faisant mine de consulter un petit livre savant. Il m&#8217;a affirmé que je voyagerais beaucoup, que je me marierais, que j&#8217;aurais plusieurs enfants (quatre, je crois). Des révélations, bien sûr, impossibles à vérifier&#8230;</p>
<p>Je revois ces temples sikhs, ces mini-temples hindous qu&#8217;on retrouve au coin des rues, toutes ces statuettes de divinités accrochées aux rétroviseurs ou fixées aux tableaux de bord des voitures, ces mosquées, ces temples jaïns consacrés aux singes ou aux rats, ces sadhus à moitié nus et à la chevelure impressionnante, <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/2112inde8804_OK_1000px.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1285" style="margin: 7px;" title="2112inde8804_OK_1000px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/2112inde8804_OK_1000px.jpg" alt="" width="350" height="230" /></a>ces charmeurs de serpents et ces vaches sacrées qui dorment tranquillement au milieu des bouchons de circulation et que personne n&#8217;oserait essayer de déplacer.</p>
<p>Je me dis que c&#8217;est peut-être la seule manière d&#8217;imaginer un certain ordre et de donner un sens à cet immense chaos, de ne pas perdre la tête devant l&#8217;absurdité du système des castes et la violence des constrastes entre la vie des riches et celle des pauvres. J&#8217;en suis à me dire que l&#8217; &laquo;&nbsp;objet perdu&nbsp;&raquo; de mon perroquet est peut-être, après tout, cette spiritualité que la plupart des Occidentaux ont évacuée de leur vie et que je recherche peut-être en Inde, d&#8217;une certaine manière.</p>
<p>Je suis de plus en plus amusé par l&#8217;anecdote du perroquet, quand soudain je me rends compte que&#8230;</p>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<p>&#8230;mon appareil photo a disparu de mon sac à dos!</p>
<p>Douche froide. Mon &laquo;&nbsp;baroudeur&nbsp;&raquo;, une caméra 35 mm étanche, vaut $350, une fortune en Inde et beaucoup d&#8217;argent pour mon budget d&#8217;étudiant ($15 par jour).</p>
<p>J&#8217;essaie de garder mon calme. Je rembobine les événements de la journée et conclus rapidement que le seul endroit où j&#8217;ai pu le laisser est un bureau de poste bondé où je me suis rendu pour faire des photocopies presqu&#8217;une heure plus tôt. Ce bureau de poste est à vingt minutes à pied. Il est évident que je ne le reverrai jamais. J&#8217;hésite même à y retourner mais je me ravise, par acquis de conscience. Je marche d&#8217;abord lentement (pourquoi se presser?) et puis j&#8217;accélère la cadence. De plus en plus. Jusqu&#8217;à courir.</p>
<p>J&#8217;arrive finalement au bureau de poste. J&#8217;essaie de reprendre mon souffle et fends la foule des clients pour atteindre la photocopieuse que j&#8217;ai utilisée&#8230;</p>
<p>&#8230;comme je l&#8217;avais prédit, plus aucune trace de mon appareil photo.</p>
<p>Nouvelle douche froide. Je remballe mes espoirs, je tourne les talons, je cherche la sortie et balaie des yeux le rebord d&#8217;une fenêtre&#8230;</p>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<p>&#8230;mon appareil photo est là, toujours à sa place, là où je l&#8217;avais en fait laissé, bien à la vue de tous.</p>
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		<title>Angola: Le choix de Sophie</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Jul 2011 05:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Angola]]></category>
		<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA["Les enfants savent très vite quand ça ne va plus du tout, quand ils vont mourir."]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/ganda_600px.jpg"><img class="size-full wp-image-1157 alignnone" title="ganda_600px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/ganda_600px.jpg" alt="" width="600" height="150" /></a></span></p>
<p>Ils sont 200 ou 300 enfants dans le bâtiment désaffecté mais on peut entendre une mouche voler. Un silence étrange, presque assourdissant, à la limite du supportable. Des enfants bien sages parce qu&#8217;ils meurent de faim. Ils n&#8217;ont plus la force ni de crier, ni de pleurer, à peine celle d&#8217;avaler lentement le bol de bouillie de maïs et de haricots qu&#8217;ils attendent depuis si longtemps. </p>
<p>Je repense parfois à ces enfants, presque résignés à mourir alors qu&#8217;ils viennent à peine de faire  leurs premiers pas dans la vie. Je suis à Ganda, en Angola, à la veille de Noël en 1994, dans un ancien garage converti en Centre nutritionnel par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Cette petite ville presque entièrement détruite est prise au piège d&#8217;un champ de mines qui l&#8217;encercle complètement et qui empêche les gens de cultiver leurs champs, d&#8217;où cette famine entièrement provoquée par l&#8217;homme, dans une région bien verte où tout pousse. </p>
<p>Le Centre nutritionnel est une cuisine d&#8217;urgence où on nourrit à petites doses et jusqu&#8217;à huit fois par jour les enfants les plus menacés de Ganda. Ici, on essaie de leur faire quitter un seuil critique, le point de non-retour qui <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/ganda2.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1161" style="margin: 7px;" title="ganda2" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/ganda2.jpg" alt="" width="400" height="259" /></a>sépare les enfants assez forts pour s&#8217;en sortir de ceux pour qui on ne peut plus rien.</p>
<p><span>Pour prendre cette décision, la jeune femme sur la photo, une infirmière portugaise employée par le CICR, </span>mesure la circonférence du bras du garçon pour estimer sa masse graisseuse et, en fonction de la taille de l&#8217;enfant, évaluer son niveau de malnutrition. Dans le cas présent, il est trop tard. </p>
<p>Dans <strong>l&#8217;interview qui suit</strong>, cet autre délégué du CICR, Etienne Fox, explique les circonstances dans lesquelles il doit faire ce tri entre les enfants que les mères lui présentent, ce qui rappelle le dilemne du personnage central du film et roman &laquo;&nbsp;Le Choix de Sophie&nbsp;&raquo;, une survivante d&#8217;un camp de concentration nazi forcée de choisir lequel de ses deux enfants envoyer à la chambre à gaz. Il semble parler de ce droit de vie et de mort avec détachement. Il se dit d&#8217;ailleurs un peu cynique de nature. C&#8217;est sans doute sa façon à lui de se protéger contre l&#8217;absurdité de cette situation.</p>
<p><strong>***Ecoutez l&#8217;interview d&#8217;Etienne Fox, délégué du CICR </strong>(ou lisez sa retranscription plus bas)<strong>:</strong></p>
<p style="text-align: right;">* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" />Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit </p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157625958126235%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157625958126235%2F&amp;set_id=72157625958126235&amp;jump_to=" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157625958126235%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157625958126235%2F&amp;set_id=72157625958126235&amp;jump_to=" allowFullScreen="true" allowfullscreen="true" /></object></p>
<p><strong>Retranscription de l&#8217;entretien avec Etienne Fox:</strong></p>
<ul>
<li>Alors là c&#8217;est en situation de famine. Si on fait une sélection d&#8217;enfants avec un système qui s&#8217;appelle &laquo;&nbsp;quack stick&nbsp;&raquo; qui est le périmètre braccial par rapport à la hauteur (ndlr la taille de l&#8217;enfant), c &#8216;est vrai que là on fait un petit peu le &#8216;Choix de Sophie&#8217;. C&#8217;est un droit de vie et de mort par rapport à la personne que tu sélectionnes pour rentrer dans une cuisine. Tu sais que tu peux pas sélectionner tout le monde. Donc automatiquement tu prends les gens qui te semblent le plus aptes à vivre, pas forcément ceux qui sont le plus mal. C&#8217;est une des expériences que j&#8217;ai trouvées la plus difficile. Là tu fais une sélection personnelle et c&#8217;est vrai que c&#8217;est toi qui décides qui va vivre et qui va mourir. On a ouvert à Ganda des cuisines pour recueillir 7000 enfants. Sur les sélections, il y avait à peu près 2000 enfants qui étaient en-dessous de 75%, même de 60% de poids normal. Et on pouvait en prendre que 500 par cuisine. C&#8217;est très pénible, la première sélection. Et après, c&#8217;est comme tout, on s&#8217;habitue. On devient beaucoup plus dur. On devient beaucoup plus juste dans le but à atteindre, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;on élimine systématiquement les enfants qui n&#8217;ont aucune chance de survivre pour pas doubler la mortalité. Si on met 30 enfants qui vont mourir dans une cuisine, on n&#8217;en prend pas 30 autres qui auraient eu peut-être une chance, et qui, eux, vont s&#8217;affaiblir pendant que les 30 premiers meurent. Donc en fait c&#8217;est complètement contre-productif : on a 60 personnes qui meurent au lieu de pouvoir en sauver 30.<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Est-ce que tu as fait une erreur, toi, de ce côté-là ?<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Au début, oui, sûrement. Parce qu&#8217;on s&#8217;apitoie, on a tous nos réflexes occidentaux. On voit un petit enfant qui est une boule d&#8217;os, on va le mettre dans une cuisine. On réalise que&#8230; on le réalise très vite parce que le lendemain ils sont d&#8217;habitude morts. Donc on se dit : &laquo;&nbsp;il aurait mieux valu donner une chance à ceux qui vont survivre&nbsp;&raquo;. Ca c&#8217;est très très africain aussi. Les parents comprennent très très mal qu&#8217;on mette des enfants qui pour eux de toute façon vont mourir&#8230; Alors ils nous poussent plutôt à mettre ceux qui vont relativement bien pour qu&#8217;ils aient une chance de survivre.<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Tu as sûrement fait des erreurs au début. Comment tu te sens par rapport à ca ?<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Très bien. Parce que si j&#8217;avais pas fait un minimum d&#8217;erreurs, les autres&#8230; Ce qu&#8217;il faut faire, c&#8217;est les réaliser, assez vite dans ce style de choses. Mais c&#8217;est très difficile. J&#8217;ai vu des médecins qui étaient pourtant habitués depuis longtemps à ce style de situations, qui prenaient systématiquement des enfants qui mouraient dans la semaine qui venait. Pourquoi ? Parce que c&#8217;est très difficile de dire à une mère qui te tend un enfant : &laquo;&nbsp;C&#8217;est pas possible&nbsp;&raquo;. Pourquoi c&#8217;est pas possible ? Parce que toi, t&#8217;as décidé que médicalement c&#8217;est fini, il ne récupérera jamais. C&#8217;est des gens qui, même dans des soins intensifs européens, ces enfants n&#8217;auraient aucune chance. Ils sont nés dans des situations de famine ou de malnutrition chronique, et ça fait parfois des mois qu&#8217;ils mangent de l&#8217;herbe, qu&#8217;ils mangent des papayes vertes, qui ont aucun accès à ce qu&#8217;il faudrait, en plus en période de croissance. Donc déjà au niveau physique ils sont très mal et au niveau cerveau, ils sont foutus.<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Comment ça se passe au moment de la sélection? Est-ce que les enfants se rendent compte de ce qui se passe ?<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Les enfants qui vont très mal, déjà ils sont extrêmement sages. Les enfants jouent plus quand ils commencent à aller mal. Les enfants savent très très vite quand ça va plus du tout, quand ils vont mourir. Donc ils acceptent le fait beaucoup plus que nous qui trouvons ça tout-à-fait injuste. Pour eux&#8230; ils en ont tellement vécu que&#8230; ils trouvent très bien si on leur apporte une aide, mais c&#8217;est un petit peu extra-terrestre comme aide. Donc ils l&#8217;acceptent assez bien.</li>
<li>Comment tu sais qu&#8217;ils l&#8217;acceptent bien, qu&#8217;ils savent aussi. Dans leur regard?<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Dans leur regard, dans leur attitude. On leur met des bracelets à partir du moment où ils sont sélectionnés, alors ils tendent tous le bras et quand on met pas de bracelet autour du bras, l&#8217;enfant te regarde un moment et puis il part. Il n&#8217;y a pas de protestation, les enfants s&#8217;accrochent pas pour essayer de rentrer. Ils savent que c&#8217;est une loterie. Ils ont vécu dans cette loterie toute leur vie d&#8217;enfant. On vieillit très vite en Afrique. Ils l&#8217;acceptent parce qu&#8217;ils ont pas le choix.<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Tu me disais une autre chose aussi c&#8217;est que les cris d&#8217;enfants, que tu sois au Cambodge, en Suisse ou ici en Angola, quand tu entends des enfants dans une cour par exemple, c&#8217;est le même son. Pourquoi tu me disais que ça te frappait ?<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></li>
<li>Ca c&#8217;est un problème de déshumanisation des victimes. Une victime de type Auschwitz, c&#8217;est plus un enfant, c&#8217;est plus un adulte, c&#8217;est un paquet d&#8217;os qui réagit plus. Il a perdu toute personnalité. C&#8217;est la surmisère. C&#8217;est quelqu&#8217;un qui est très souvent habillé en loques, s&#8217;il est encore habillé, qui en peut plus, qui va s&#8217;effondrer psychologiquement. On voit souvent des enfants qui repiquent un petit peu et ensuite qui deviennent complètement autistes quand ils réalisent ce qui leur arrive, et qui se laissent mourir. C&#8217;est un des problèmes qu&#8217;on a eus où il y avait beaucoup d&#8217;enfants qui simplement arrêtaient de manger. Au bout d&#8217;un moment ils sont dans une telle misère psychologique (beaucoup d&#8217;orphelins qui sont abandonnés dans les champs parce que leurs parents ont été tués ou parce qu&#8217;ils ont fui, ils ont pas pu suivre ou ils ont été laissés souvent avec une grand-mère ou un vieux qui est resté au village et ces gens sont morts de faim ou de différentes autres causes), ils s&#8217;enferment. On voit très très vite quand les gens baissent les bras psychologiquement. Tout d&#8217;un coup ils arrêtent de manger et ils meurent en deux-trois jours. Ca c&#8217;est un des cas qu&#8217;on rencontre énormément. Les enfants sont plus fragiles par rapport à ça. Ils sont très très durs au niveau de la survie, il y a un instinct incroyable. Mais tant qu&#8217;il n&#8217;y a pas trop de misère psychologique. Si ils se sentent abandonnés, un enfant, il va se laisser mourir très très souvent.</li>
</ul>
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		<title>Inde: L&#8217;image du Tiers-Monde</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jul 2011 21:59:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Inde]]></category>
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		<description><![CDATA[Devais-je être choqué ou rassuré que cet homme ait appris à manipuler les médias?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/05/bhopal_1000px.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-472" style="margin: 7px; border: 0pt none;" title="bhopal_1000px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/05/bhopal_1000px-300x221.jpg" alt="" width="300" height="221" /></a>Quelques secondes avant que je le filme, cet homme me souriait et avait l&#8217;air en pleine forme. Il avait suffit que j&#8217;appuie sur le bouton d&#8217;enregistrement de ma caméra vidéo pour qu&#8217;il prenne soudainement un air triste et se mette à respirer, en apparence, avec beaucoup de difficulté. Chaque inspiration semblait lui brûler les poumons. La douleur se lisait sur les plis de son front&#8230; jusqu&#8217;à ce que j&#8217;arrête de filmer et qu&#8217;il reprenne son air normal, comme par magie.</p>
<p>C&#8217;était à Bhopal en janvier 1985, un peu plus d&#8217;un mois après un événement qui a rendu cette petite ville indienne tristement célèbre. Un nuage de gaz toxiques échappés d&#8217;une usine de produits chimiques avait exterminé en quelques minutes plusieurs milliers d&#8217;habitants du bidonville adjacent surpris dans leur sommeil, une chambre à gaz à ciel ouvert, la solution finale de leur vie de misère, avec dans le mauvais rôle la Union Carbide, une richissime multinationale américaine propriétaire de l&#8217;usine (<a title="La catastrophe de Bhopal (Wikipedia)" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Bhopal" target="_blank">en savoir plus</a>).</p>
<p>En apparence, il y avait de la matière pour <a title="Le Grand Raid / Le Cap - Terre de feu" href="http://www.legrandraid.com" target="_blank">Le Grand Raid</a>, le concours journalistique auquel je participais. Surprise en arrivant sur place: aucun signe visible d&#8217;une tragédie quelconque. Les morts avaient été incinérés ainsi que les carcasses d&#8217;animaux. En surface, la vie suivait son cours. Comment faire rapidement (je n&#8217;avais que deux jours) un reportage télé sans images?</p>
<h4>L&#8217;info-spectacle et le mélange des genres</h4>
<p>Alors que je ne trouvais rien d&#8217;autre à filmer que des dizaines d&#8217;enfants qui me poursuivaient partout avec de larges sourires et des cris de joie, cet homme, assis devant sa cabane de branches et de sacs de plastique, avait insisté pour que je m&#8217;approche en faisant de grands signes de la main. Il me paraissait sans véritable intérêt pour mon film jusqu&#8217;à ce que j&#8217;installe ma caméra vidéo sur trépied et que j&#8217;appuie sur le bouton de démarrage.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/bhopal02.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1058" style="margin: 7px; border: 0pt none;" title="bhopal02" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/bhopal02.jpg" alt="" width="400" height="269" /></a>Même dans ce coin reculé d&#8217;Asie, dans les jours et les semaines qui avaient suivi la catastrophe, suite au défilement de centaines de journalistes venus de partout, ce vieil homme probablement analphabète avait compris le pouvoir des médias internationaux et l&#8217;influence qu&#8217;ils pouvaient avoir sur sa situation. Et il en jouait.</p>
<p>Je ne doute pas qu&#8217;il ait eu de réels problèmes de santé. Comment aurait-il pu en être autrement alors qu&#8217;il vivait à quelques mètres de l&#8217;usine? Mais il en rajoutait et, malgré la barrière de la langue, m&#8217;offrait un pacte tacite: il me livrait ce que j&#8217;attendais en retour de quoi il espérait que mes images émeuvent quelque part des gens qui avaient de l&#8217;influence sur l&#8217;aide qui lui serait apportée.</p>
<p>Je me suis souvent rappelé cette rencontre dont tout ce qu&#8217;il me restait était cette image de misère furtive d&#8217;un petit film larmoyant, à peine retenue au montage, sans aucune mise en perspective ni commentaire. Je ne savais pas trop quoi en retenir. Devais-je être choqué ou amusé que cet homme ait appris à manipuler les médias? Où allait le monde si on ne pouvait même plus faire confiance à ces bons grand-pères du Tiers-Monde?&#8230;</p>
<p>En fait, j&#8217;étais consentant à être manipulé par lui et serais bien mal placé pour le blâmer. J&#8217;ai utilisé sa séquence dans mon film (un des plus mauvais reportages de ma petite carrière) ainsi que d&#8217;autres images de misère qui, finalement, n&#8217;ont pas été difficiles à trouver (distribution de médicaments, orphelins, malades des yeux). Même avec mes idéaux de journaliste en herbe, je croyais que, pour la bonne cause, j&#8217;avais besoin de cette séquence. Et après tout, me disais-je pour me rassurer, nous étions à égalité: il contrôlait son image et je contrôlais mon sujet.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/bhopal03_ok.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1118" title="bhopal03_ok" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/bhopal03_ok-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a>La vérité est que je n&#8217;ai pas fait mon travail de journaliste. Je ne sais même pas qui il était et ce qu&#8217;il vivait. Mon reportage, qui n&#8217;apportait strictement rien de nouveau, n&#8217;aura servi qu&#8217;à perpétuer cette idée que les Occidentaux se font des habitants des pays pauvres, ces éternels assistés toujours victimes de quelque chose, comme si cela faisait partie de leur normalité. C&#8217;est ça l&#8217;info-spectacle: des images réductrices qui jouent presque exclusivement sur les ressorts de l&#8217;émotion, avec l&#8217;effet pervers que pour émouvoir, il faut des catastrophes toujours plus catastrophiques, une misère toujours plus abjecte, des images toujours plus exotiques.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, ces images arrivent au bout de leur logique. Les bonnes vieilles recettes ne marchent plus. A l&#8217;heure de l&#8217;Internet omniprésent, des bouquets satellitaires de chaînes télé par milliers, des tabloïds gratuits, ceux qui collectivement pourraient avoir de l&#8217;influence sur la construction d&#8217;un monde plus humain, ont déjà tout vu. Gavés d&#8217;images de détresse, baignés dans la soupe des bons sentiments, mitraillés par Twitter, ils saturent, de plus en plus insensibles à la surenchère médiatique.</p>
<p>Le problème, je crois, vient en bonne partie du fait que le Tiers-Monde ne participe pas à la construction de son image, qu&#8217;il n&#8217;y a pas de contrepartie au pouvoir démesuré des médias occidentaux de dépeindre les réalités des pays pauvres comme ils l&#8217;entendent. C&#8217;est trop de pouvoir par rapport à leur capacité à en user de manière responsable.</p>
<h4>Grand-pères du Tiers-Monde et adolescents de Facebook: même combat</h4>
<p>Dans le cadre de mon travail, j&#8217;ai dû convaincre des milliers de personnes de se laisser photographier ou interviewer par moi. C&#8217;est un aspect assez particulier du métier de journaliste ou de communiquant: devoir rapidement gagner la confiance d&#8217;inconnus pour qu&#8217;ils vous livrent leur &laquo;&nbsp;histoire&nbsp;&raquo; et, par votre biais, ouvrent leur intimité au regard de milliers d&#8217;inconnus, sans réelle garantie sur la manière dont vous présenterez cette histoire.</p>
<p>Quand, de plus, on travaille à l&#8217;&nbsp;&raquo;international&nbsp;&raquo;, avec des gens qui ne parlent pas votre langue et qui vivent très loin de votre culture et de vos références, des gens souvent peu éduqués et modestes, parfois fragiles ou vulnérables, il faut simplifier les explications à l&#8217;extrême: leurs paroles et leur image seront utilisées à leur profit, publiées avec l&#8217;espoir qu&#8217;elles sensibilisent les décideurs à leur situation, quelque part à l&#8217;autre bout du monde. &laquo;&nbsp;<em>Non, vous n&#8217;en verrez pas de résultat direct et immédiat mais c&#8217;est pour votre bien, croyez-moi.&nbsp;&raquo; </em>Une fois ces paroles réconfortantes traduites, la plupart du temps par un accompagnateur qui est une figure d&#8217;autorité pour eux, comme un employé d&#8217;ONG ou de ministère qui leur procure des soins ou une autre forme d&#8217;aide (raison pour laquelle cette personne accompagne le journaliste),  la réponse est pratiquement toujours positive. Ils sont flattés que quelqu&#8217;un s&#8217;intéresse à eux. Et surtout, on ne mord pas la main qui nous nourrit&#8230;</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/facebook-privacy.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1113" style="border: 0pt none;" title="facebook-privacy" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/facebook-privacy-300x239.jpg" alt="" width="300" height="239" /></a>Ces gens sont-ils vraiment consentants à ce que leurs problèmes personnels soient étalés comme ils le sont sur la place publique? En ce qui me concerne, je prends le temps d&#8217;expliquer qui je suis et ce que je compte faire des images mais, par exemple, comment expliquer Internet à quelqu&#8217;un qui n&#8217;en a jamais entendu parler ou ne l&#8217;a jamais utilisé? Devrais-je m&#8217;abstenir de prendre la photo de quelqu&#8217;un qui ne comprend peut-être pas toutes les implications que son image devienne publique, même si cette personne majeure et saine d&#8217;esprit accepte en apparence?</p>
<p>Je suis souvent surpris par l&#8217;incroyable facilité avec laquelle ces gens m&#8217;accordent leur confiance. Ils me font penser à tous ces &laquo;&nbsp;natifs d&#8217;Internet&nbsp;&raquo;, pourtant éduqués, qui livrent leur intimité à Facebook et autres réseaux avec la même candeur, la même innocence et la même insouciance. Dans les deux cas, en se laissant photographier ou en cliquant sur un lien de mentions légales interminables et illisibles, ils perdent tout contrôle sur l&#8217;utilisation qui sera faite de leur image. Face à des interlocuteurs insaisissables, la presse étrangère d&#8217;un côté, l&#8217;Internet de l&#8217;autre, c&#8217;est un combat inégal. Leur consentement réel a peu d&#8217;importance et ils ne sont pas armés pour dire non.</p>
<h4>Droit à l&#8217;image &#8211; Droit de regard</h4>
<p>Nous sommes une société de l&#8217;image: sans elle, pas de communication, et sans communication, pas de changement. La solution n&#8217;est pas de ne pas photographier. Mais il y a peut-être moyen de le faire autrement.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/PhotoParticipative1.jpg"><img class="size-full wp-image-1130 alignleft" style="margin: 7px;" title="Photo extraite de cette page: http://phototrend.fr/2009/09/la-photographie-participative-regards-deux-histoire-doeil/" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/PhotoParticipative1.jpg" alt="Photo extraite de cette page: Photo extraite de cette page: http://phototrend.fr/2009/09/la-photographie-participative-regards-deux-histoire-doeil/" width="400" height="276" /></a>Comme cette ONG, <a title="PhotoVoice" href="http://www.photovoice.org/" target="_blank">PhotoVoice</a>, entièrement consacrée à la &nbsp;&raquo;photo participative&nbsp;&raquo;: on distribue des appareils photos à des réfugiés, par exemple, on leur donne une formation de quelques heures sur l&#8217;utilisation de l&#8217;appareil, la composition de leurs photos et les questions éthiques entourant la représentation de leur quotidien en images, et on les laisse documenter leur vie comme ils la voient (un article en français sur ce sujet, <a title="La photographie participative « Regards d’eux, histoire d’oeil »" href="http://phototrend.fr/2009/09/la-photographie-participative-regards-deux-histoire-doeil/" rel="bookmark" target="_blank">La photographie participative « Regards d’eux, histoire d’oeil »</a>).</p>
<p>Est-il besoin d&#8217;ajouter que les résultats sont différents de ce qui est étalé dans les tabloïds gratuits du métro? Des photos qui ne cherchent pas le sensationnel ou l&#8217;esthétisme, qui montrent des gens qui ne se résument pas à la somme de leurs problèmes, des humains plus proches de nous qu&#8217;on pourrait l&#8217;imaginer.</p>
<p>Personnellement, je suis beaucoup plus sensible à ce genre d&#8217;histoires et je m&#8217;identifie bien plus facilement à quelqu&#8217;un qui me ressemble qu&#8217;à un oiseau exotique des antipodes. Et je crois que je ne suis pas seul, que beaucoup de gens comme moi, pour ressentir cette proximité qui leur donne envie d&#8217;exprimer leur solidarité, ont besoin que l&#8217;émotion brute et éphémère fasse place à une meilleure compréhension des réalités du Tiers-Monde.</p>
<p>Ceci passera peut-être par des initiatives d&#8217;éducation aux médias comme PhotoVoice, par une évolution du traitement médiatique des pays du &laquo;&nbsp;Sud&nbsp;&raquo; dans les pays du &laquo;&nbsp;Nord&nbsp;&raquo; (voir <a title="Africascopie, l'Afrique dans la révolution numérique" href="http://www.lemonde.fr/a-la-une/visuel/2010/04/01/africascopie_1327582_3208.html" target="_blank">Africascopie, l&#8217;Afrique dans la révolution numérique</a>, un exemple remarquable de web-reportage participatif) ou par la mise en relation directe d&#8217;hommes et de femmes de ces pays par Internet et ses réseaux sociaux. Peu importe, du moment qu&#8217;on trouve le moyen de mettre fin à cette logique médiatique sans issue.</p>
<p>Sans aller jusqu&#8217;à souhaiter qu&#8217;ils jouent la comédie comme mon grand-père de Bhopal, je rêve que des millions d&#8217;hommes et de femmes comme lui apprennent à faire preuve du même discernement, à contrôler comment leur vie est représentée dans les médias, à établir un meilleur rapport d&#8217;égalité avec ceux qui ont la responsabilité de construire et projeter leur image dans les pays riches, pour créer un plus juste équilibre dans le jeu des médias et dans la fabrication de l&#8217;image du Tiers-Monde, pour qu&#8217;on parle de ces hommes et de ces femmes autrement qu&#8217;en termes d&#8217;éternels assistés ou d&#8217;objets de curiosité qui nous divertissent et qui nous rassurent sur notre supériorité.</p>
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		<title>Egypte: Vivre parmi les morts</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Jun 2011 12:43:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Egypte]]></category>
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		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Déjà surpeuplé, Le Caire déborde de partout, jusque dans les cimetières.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/cimetiere1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-895" style="margin: 7px;" title="Cité des Morts, Le Caire" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/cimetiere1.jpg" alt="Cité des Morts, Le Caire" width="400" height="267" /></a>Je me rappelle mon émotion en pénétrant dans la &laquo;&nbsp;Cité des Morts&nbsp;&raquo;: un pincement au cœur, comme un remords d&#8217;avoir l&#8217;audace de débarquer là où je n&#8217;ai aucune raison de mettre les pieds.</p>
<p>J&#8217;avais lu que des milliers de familles (les estimations varient entre 200,000 et 2 millions de personnes) vivaient dans les cimetières du Caire (Bal El-Nasr ici sur la photo, mais aussi Bassatine, Al Darassa, Sayda Nafissa et Sayda Aïcha). Aujourd&#8217;hui, des livres et de nombreux articles de presse y sont consacrés. Ces cimetières font même partie de certains itinéraires touristiques pour voyageurs en quête de frissons et d&#8217;exotisme, des histoires qui seront du plus bel effet lorsqu&#8217;ils seront de retour au pays.</p>
<p>Chaque année, l&#8217;exode rural pousse 250,000 personnes vers la plus grande ville d&#8217;Afrique (près de 20 millions d&#8217;habitants). Déjà surpeuplé, Le Caire déborde de partout, jusque dans les cimetières. La pression démographique est telle que beaucoup s&#8217;installent même sur les toits d&#8217;immeubles, des <a href="http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/deux-millions-de-personnes-vivent-40492#forum1727372" target="_blank">bidonvilles suspendus</a> pour étudiants pauvres et paysans attirés par le mirage de la ville, en quête d&#8217;une place au soleil.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/cimetiere2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-909" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="Cité des Morts, Le Caire" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/cimetiere2.jpg" alt="Cité des Morts, Le Caire" width="400" height="267" /></a>Avec mon imaginaire pétri de culture hollywoodienne, je m&#8217;attends à un truc morbide, du genre &laquo;&nbsp;La Nuit des Morts Vivants&nbsp;&raquo; en plein jour. Je suis aux aguets, prêt à être expulsé par des habitants en colère qu&#8217;un étranger ose débarquer au milieu de leur misère, comme un voyeur.</p>
<p>Surprise: je suis accueilli par des rires d&#8217;enfants qui jouent au ballon entre les sépultures, des femmes qui étendent leur lessive entre les pierres tombales et un tenancier de salon de thé installé dans un caveau qui m&#8217;invite à prendre le thé et fumer le narguilé, assis sur une tombe (photo ci-dessous), discutant de tout et de rien (surtout de rien, avec mes trois phrases d&#8217;arabe&#8230;).</p>
<h4>Tombeau à louer, pas cher, avec tout le confort</h4>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/2034egypte8804_1000px.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-841" style="margin: 7px;" title="A l'heure du thé et du narguilé, assis sur une tombe..." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/2034egypte8804_1000px.jpg" alt="A l'heure du thé et du narguilé, assis sur une tombe..." width="400" height="267" /></a>Ce qui frappe en arrivant dans la Cité des Morts, c&#8217;est l&#8217;atmosphère plus paisible et moins lugubre que dans bien des quartiers du Caire, loin de la vision misérabiliste à laquelle on pourrait s&#8217;attendre. Alors que le Caire s&#8217;étend de plus en plus dans le désert et monte vers le ciel, le cimetière n&#8217;est pas trop éloigné du centre-ville et ne dépasse pas le rez-de-chaussée. On respire chez les morts. &laquo;&nbsp;<em>Les infrastructures sanitaires seraient même meilleures que dans les bidonvilles, </em>apprend-on <a title="A la Cité des Morts, on est entre vivants" href="http://www.tv5.org/TV5Site/lecaire/fr/dossiers/villes_citemorts.html" target="_blank">sur ce site</a>, <em>l’eau et l’électricité parvenant à la majorité des caveaux. 80% des familles occuperaient une maison indépendante avec toilette privée</em>. (&#8230;) <em>La salle à manger et la chambre, bien souvent, ne font qu’un, au dessus de la chambre funéraire où reposent les morts. Surprenant toutefois, la télévision est omniprésente, et les paraboles ne sont pas rares, grâce à quelques branchements électriques bidouillés et reliés aux quartiers voisins.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Ce qui surprend aussi, c&#8217;est l&#8217;organisation de la vie, qui semble très minutieuse. &laquo;&nbsp;<em>Chaque cimetière est organisé en quartiers, chaque quartier comprenant plusieurs tombeaux et son croque-mort (tourabi) attitré, en charge de l’entretien des lieux. Il y a ensuite bien souvent un patron (mu’allem) qui contrôle plusieurs quartiers et s’occupe, pour sa part, des vivants. Un peu concierge, un peu agent immobilier, il encaisse les loyers (entre 1,5 et 3 € par mois) (&#8230;). </em><em>Pour certains </em>(&#8230;)<em>, habiter dans un tombeau implique un petit arrangement avec la famille du défunt avec qui ils sont forcés de cohabiter. Les familles </em>(&#8230;) <em>donnent bien souvent un peu d’argent à ces “locataires” particuliers, s’assurant ainsi que le caveau et le corps du défunt soient protégés d’éventuels pillards.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Devoir habiter un cimetière est une des conséquences les plus spectaculaires de la crise qui secoue le pays. Mais elle n&#8217;est peut-être pas vécue avec l&#8217;horreur que cela inspirerait à des Occidentaux. &laquo;&nbsp;<em>En Islam, la mort n’a jamais fait peur</em>, raconte l’un des habitants. <em>Et de tout temps, il y a eu des gens qui vivaient ici, avec leurs morts</em>.&nbsp;&raquo; A première vue, un logement dans la Cité des Morts n&#8217;a rien d&#8217;enviable mais, curieusement, beaucoup s&#8217;y plaisent, comme <a href="https://sites.google.com/site/histoiregeocollegecamus/habiter-la-ville" target="_blank">Moustafa</a>, 75 ans: <em>&laquo;&nbsp;Je préférerais mourir plutôt que de quitter ce caveau. Je suis trop âgé pour tout recommencer. (&#8230;) Nous sommes onze dans ce caveau. Mes enfants (&#8230;) ne pourront jamais acheter un appartement. Les autorités refusent de nous reloger, car on habite ici illégalement&nbsp;&raquo;. </em></p>
<h4>Les morts déménagent, les vivants dégagent&#8230;</h4>
<p>Qu&#8217;ils le veuillent ou non, les habitants de la Cité des Morts vont devoir partir. Pour mettre fin aux logements et quartiers informels, un vaste programme de transfert de tombes a débuté en 2001 pour créer des espaces verts, construire des routes et des logements (sur ce sujet, un article de L&#8217;Express, <a href="http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=493175&amp;k=19" target="_blank">Exilés de la Cité des Morts</a>, et un de Libération, <a href="http://www.liberation.fr/monde/0101379666-bannis-de-necropolis" target="_blank">Bannis de Necropolis</a>).</p>
<p>En tout, 110,000 tombes, à commencer par celles de Bab El-Nasr, doivent être déménagées vers les villes nouvelles, à quelques dizaines de kilomètres de la périphérie du Caire, un programme coûteux qui provoque débats passionnés et douloureux, entre autre parmi les croyants.</p>
<p><a href="http://www.tv5.org/TV5Site/lecaire/fr/dossiers/villes_citemorts.html" target="_blank"><img class="size-full wp-image-839 alignleft" style="margin: 7px;" title="2033egypte8804_1000px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/2033egypte8804_1000px.jpg" alt="" width="400" height="269" /></a>Et les vivants? Les faire partir? Mais pour les loger où?&#8230; Ceux qui habitent les cimetières n’ont pas les moyens de payer les loyers pratiqués en ville, explique Omar, 26 ans, marié, père de quatre enfants: <em>&laquo;&nbsp;Les appartements proposés par le ministère du Logement dans la ville de Quinze-Mai sont sans eau et sans électricité. En plus, ce logement me coûtera 1500 LE </em>(environ 175 euros) <em>et je n’ai pas d’argent pour payer une telle somme. Même si je trouvais un travail régulier, je ne gagnerais jamais plus de 150 LE par mois. Ici, je donne 18 LE </em>(environ 2 euros) <em>par mois au chef des gardiens du cimetière pour habiter le caveau. Vivre avec les morts est la seule solution</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>La question du relogement des vivants ne préoccupe pas les autorités, d&#8217;après Moustafa: &laquo;&nbsp;<em>Dans la rue d’à côté, des bulldozers détruisent déjà des tombeaux. On a peur du bruit. (&#8230;) Je le dis à haute voix : les morts ont droit à plus de respect que les vivants ! Au moins, ils vont avoir des nouveaux abris&nbsp;&raquo;</em> (témoignages extraits d’un reportage de Nahla Aboul-Ela dans la Revue de l&#8217;Egypte).</p>
<p>Je ne sais pas aujourd&#8217;hui où en sont les choses. Bab el-Nasr est-il toujours en place? Le chaos qui accompagne la révolution égyptienne donne-t-il un sursis à ses habitants? Où qu&#8217;ils soient aujourd&#8217;hui, j&#8217;espère seulement que ces gens qui m&#8217;ont accueilli et impressionné par leur dignité, gardent la tête haute et prouvent, comme certains le font depuis plus de 50 ans, que dans cette ville surpeuplée, la vie est plus forte que la mort.</p>
<p>***Pour en savoir plus, un reportage vidéo d&#8217;Al-Jazeera (27 octobre 2007), <a href="http://youtu.be/8AdZFGVStgw" target="_blank">Living among Egypt&#8217;s dead</a>, et un autre de la National Geographic sur le cimetière habité de Manille aux Philippines, <a title="Living amog the dead" href="http://youtu.be/YmXdPRzXODg" target="_blank">Living among the dead</a>.</p>
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		<title>Namibie: Riches de coeur</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 13:14:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Namibie]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Une histoire d’entraide entre pauvres qui sauve la vie de millions de personnes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie3.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-761" style="margin: 7px;" title="tb_namibie3" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie3-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>Quand on ne connait pas son contexte, cette photo a un côté presque comique. Je l&#8217;ai prise en mai 2007 dans l&#8217;est de la Namibie à Gobabis, une petite ville située près de la frontière du Botswana, où les nomades San, qu&#8217;on appelle aussi les Bochimans (popularisés par le film &laquo;&nbsp;Les dieux sont tombés sur la tête&nbsp;&raquo;) se sédentarisent, forcés d&#8217;abandonner leur mode de vie devant le rouleau compresseur de la &laquo;&nbsp;modernité&nbsp;&raquo;, avec les mêmes problèmes que les peuples indigènes du Canada et d&#8217;ailleurs: perte des repères, alcoolisme, désœuvrement, dépression et maladies diverses.</p>
<p>La femme sur la gauche de la photo fait partie de l&#8217;ethnie San et souffre de la <strong>tuberculose</strong>, une maladie qui fait jusqu&#8217;à deux millions de morts chaque année. Tous les jours pendant six mois, son mari s&#8217;assure qu&#8217;elle avale bien les médicaments qui la maintiennent en vie (ce qu&#8217;ils font ici, pour la photo, avec un enthousiasme peut-être légèrement exagéré&#8230;), ce qu&#8217;il note ensuite soigneusement sur un formulaire.</p>
<p>Il suffirait qu&#8217;elle ne respecte pas le traitement à la lettre pour que des bactéries résistantes aux antibiotiques se développent et que les médicaments ne fassent plus effet, ce qui réduirait considérablement ses chances de survie et pourrait contribuer à propager une forme bien plus mortelle de la même maladie, une souche ultra-résistante aux médicaments, le cauchemar des responsables de la santé publique, le risque d&#8217;une épidémie mondiale d&#8217;un nouveau type pour laquelle il n&#8217;existe aucun remède fiable.</p>
<p style="text-align: right;"><em>* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" />Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626787986205%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626787986205%2F&amp;set_id=72157626787986205&amp;jump_to=" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626787986205%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626787986205%2F&amp;set_id=72157626787986205&amp;jump_to=" allowFullScreen="true" allowfullscreen="true" /></object></p>
<p>Lutter contre cette maladie, <span style="color: #000000;">qui se transmet par l&#8217;air ambiant quand le malade tousse, éternue ou parle, </span><span style="color: #000000;">est extrêmement compliqué (</span><a href="http://www.theglobalfund.org/fr/tuberculosis/?lang=fr" target="_blank">en savoir plus</a>). Dans les pays pauvres comme la Namibie, il y a toutes sortes de raisons pour que les choses tournent à la catastrophe comme&#8230;</p>
<ul>
<li>l&#8217;<strong>ignorance</strong>: de deux à quatre semaines après le début du traitement, les malades ne sont plus contagieux, ils se sentent mieux et sont tentés d&#8217;arrêter le traitement</li>
<li>une <strong>mauvaise alimentation</strong>: même lorsque les médicaments sont fournis gratuitement, beaucoup de malades qui sont trop pauvres pour manger régulièrement arrêtent le traitement à cause de ses effets secondaires lorsqu&#8217;il est pris sur un estomac vide</li>
</ul>
<p>C&#8217;est ici qu&#8217;entre en jeu un phénomène qui me fascine et qui me remplit d&#8217;admiration pour les habitants des pays pauvres, l&#8217;entraide et la solidarité.</p>
<h4>S&#8217;aider soi-même</h4>
<p>En France ou au Canada, un malade de la tuberculose serait pris en charge par un hôpital et suivi par un médecin. Dans un pays immense et faiblement peuplé comme la Namibie, il est impossible d&#8217;avoir un réseau de cliniques et de dispensaires à une distance raisonnable des lieux d&#8217;habitation. Les gens ne peuvent pas se déplacer sur de longues distances et, dans la plupart des cas, n&#8217;ont pas les moyens de payer un médecin. Construire des hôpitaux et former des professionnels de la santé ne résoudraient pas le problème.</p>
<p>Alors <strong>comment faire pour que les malades éparpillés dans des lieux isolés suivent leur traitement correctement? En déléguant la supervision de ces malades à leur entourage immédiat</strong>, des volontaires sans aucune formation médicale qui acceptent la responsabilité de surveiller directement leur traitement, chaque jour pendant 6 à 9 mois.</p>
<p>Grâce à cette stratégie mondiale de santé publique (appelée &laquo;&nbsp;DOTS&nbsp;&raquo; pour Directly Observed Treatment &#8211; Short course), élaborée et mise en oeuvre par l&#8217;O.M.S., <strong>ces bénévoles anonymes ont sauvé la vie de près de 45 millions de personnes depuis 1995 </strong>et permis de limiter la propagation de la tuberculose ultra-résistante aux médicaments.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie2.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-760" title="tb_namibie2" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie2-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>Et <strong>comment faire en sorte que les malades aient suffisamment à manger pour limiter les effets secondaires des médicaments? Ici encore, la réponse est dans l&#8217;entraide de la communauté. </strong></p>
<p>En Namibie et ailleurs, il existe beaucoup de petites associations villageoises ou d&#8217;ONGs locales dont le but est de produire des oeufs ou des légumes pour compléter l&#8217;alimentation des personnes malades et générer des petits revenus pour acheter des médicaments et suppléments nutritifs. <a title="Tuberculose en Namibie" href="http://www.flickr.com//photos/rbourgoing/sets/72157626787986205/show/" target="_blank">Les gens qui apparaissent dans le diaporama</a>, sur cette page, sont des bénévoles qui donnent un peu de leur temps chaque jour pour entretenir un poulailler et distribuer des oeufs gratuitement aux malades. Des programmes semblables existent aussi pour les malades du SIDA.</p>
<h4>Leçon d&#8217;humilité</h4>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie5.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-792" title="tb_namibie5" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie5-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>Quand on n&#8217;a jamais voyagé dans les pays dits &laquo;&nbsp;pauvres&nbsp;&raquo; et qu&#8217;on débarque bardé de certitudes acquises au travers de la loupe déformante des actualités télé, on est toujours surpris de découvrir des sociétés qui fonctionnent, malgré tout, des gens qui sourient et qui vivent. Vous ne verrez jamais ou très peu de reportages qui s&#8217;intéressent à des sujets comme celui-ci parce que la beauté de tous ces petits gestes est moins exotique que les images de misère devenues synonymes de l&#8217;Afrique. Pour en avoir fait partie pendant près de vingt ans, je comprends bien le problème des médias: la pression de renforcer ces images réductrices de l&#8217;Afrique est forte quand on a peu de temps et de moyens et beaucoup de concurrence.</p>
<p>Est-ce qu&#8217;une telle entraide, à cette échelle, serait possible dans les pays &laquo;&nbsp;riches&nbsp;&raquo;? J&#8217;en doute. Non pas parce que les qualités humaines des Français ou des Canadiens seraient différentes de celles des Namibiens. Je crois que toutes les cultures partagent la même humanité. Mais cette humanité s&#8217;exprime de manière différente à cause, entre autres, de la nécessité.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie6.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-793" style="margin: 7px;" title="tb_namibie6" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/tb_namibie6-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>Vivre dans une société de consommation encourage l&#8217;individualisme, le chacun-pour-soi. Les pays riches ont les moyens de mettre en place des filets de protection sociale comme l&#8217;assurance-chômage, la sécurité sociale, un régime de pensions, des soins de santé gratuits ou fortement subventionnés, etc. Les gens se sont éloignés les uns des autres parce que l&#8217;Etat comble une bonne partie de ces besoins vitaux.</p>
<p>Dans un pays où l&#8217;Etat ne peut pas remplir ces rôles, chacun a intérêt à soutenir les membres de sa famille ou de sa communauté en difficulté s&#8217;il veut espérer pouvoir compter sur leur soutien quand il sera lui-même en difficulté. On s&#8217;entraide par nécessité et par intérêt personnel, mais aussi pour être en accord avec ses principes et ses croyances, comme ce qui motive les bénévoles des pays &laquo;&nbsp;développés&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Je suis bien content de vivre dans le confort matériel de mon pays. Je n&#8217;envie pas les Namibiens mais je les admire. Je suis fasciné et émerveillé par ces gens, volontaires, bénévoles, qui peuvent compter les uns sur les autres, et par l&#8217;efficacité extraordinaire de ces programmes qui reposent presque entièrement sur l&#8217;entraide et la solidarité.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Mali: Le bonheur d&#8217;être une femme de la brousse</title>
		<link>http://www.bourgoing.com/2011/06/etre-femme-dans-la-brousse-africaine/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=etre-femme-dans-la-brousse-africaine</link>
		<comments>http://www.bourgoing.com/2011/06/etre-femme-dans-la-brousse-africaine/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 01 Jun 2011 15:51:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Mali]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Sa vie est entièrement consacrée à la production et à la reproduction mais Na Traoré se dit heureuse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;avais un peu honte d&#8217;avoir osé demander à cette femme de la brousse africaine si elle était heureuse. Ce que Na Traoré subissait était un concentré de violations des droits de la femme. Cette analphabète n&#8217;avait jamais eu de temps libre depuis 35 ans, enchaînant les corvées éreintantes du matin au soir, mère de sept enfants, victime de mutilation sexuelle lorsqu&#8217;elle était jeune et mariée de force à un homme qui la battait parfois, qui préparait ses cinq filles au même destin, et dont elle espérait qu&#8217;il prenne une autre femme.</p>
<p>J&#8217;étais étonné d&#8217;avoir eu la chance de trouver quelqu&#8217;un qui illustrait à elle seule toutes ces injustices et mauvais traitements infligés aux femmes. Un cas d&#8217;école, me disais-je, un scoop.</p>
<p style="text-align: right;"><em>* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" />Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="flashvars" value="offsite=true&#038;lang=fr-fr&#038;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626822556788%2Fshow%2F&#038;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626822556788%2F&#038;set_id=72157626822556788&#038;jump_to=" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=104087" allowfullscreen="true" flashvars="offsite=true&#038;lang=fr-fr&#038;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626822556788%2Fshow%2F&#038;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626822556788%2F&#038;set_id=72157626822556788&#038;jump_to=" /></object><br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<h4>Le contexte</h4>
<p>C&#8217;était en février 1994 au Mali. Je préparais <a title="L'Afrique invente son féminisme" href="http://www.bourgoing.com/1994/10/lafrique-invente-son-feminisme/" target="_blank">L&#8217;Afrique invente son féminisme</a>, un grand reportage pour le quotidien montréalais La Presse sur l&#8217;émergence des associations qui luttent pour les droits des femmes en Afrique subsaharienne. Ce reportage a eu beaucoup de retentissement. Essayez &nbsp;&raquo; L&#8217;Afrique invente son féminisme&nbsp;&raquo; dans Google et vous aurez <a title=""L'Afrique invente son féminisme"" href="http://www.google.com/search?q=%22l'afrique+invente+son+f%C3%A9minisme%22&#038;sourceid=ie7&#038;rls=com.microsoft:en-gb:IE-SearchBox&#038;ie=&#038;oe=&#038;redir_esc=&#038;ei=pP3kTbeWLI-hOrmc0MkG&#038;hl=en#q=%22l%27afrique+invente+son+f%C3%A9minisme%22&#038;hl=en&#038;rls=com.microsoft:en-gb:IE-SearchBox&#038;prmd=ivns&#038;ei=7v3kTZuNCoGZOu3WmLwG&#038;start=20&#038;sa=N&#038;fp=a1bf028331ed4d59&#038;biw=1354&#038;bih=766" target="_blank">472 résultats</a>. Il est  repris sur plusieurs sites dédiés aux droits des femmes et retenu <a href="http://www.google.com/Top/World/Fran%C3%A7ais/Soci%C3%A9t%C3%A9/Personnes/Femmes/Condition_f%C3%A9minine/" target="_blank">dans l&#8217;annuaire Google</a> pour les ressources de référence sur la condition féminine.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/villagemali.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-531" style="margin: 7px;" title="villagemali" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/villagemali-300x201.jpg" alt="" width="300" height="201" /></a>Atteindre Pampala, le petit village de Na Traoré, avait été en soi toute une aventure. Cinq heures de piste poussiéreuse depuis Bamako, suivies de dix kilomètres en pleine brousse, sans aucune piste cette fois, zigzaguant entre les baobabs et les rochers, suivant des repères que seul le chauffeur semblait distinguer. A notre arrivée, tout le village s&#8217;était vidé, heureux de voir débarquer un Blanc. L&#8217;accueil avait été extraordinaire. J&#8217;y reviendrai&#8230;</p>
<p>J&#8217;étais accompagné par deux employées locales d&#8217;une ONG canadienne, Sahel 21, qui finançait des micro-crédits pour les femmes au Mali, de tout petits prêts pour démarrer des activités artisanales et gagner un peu de sous pour sortir du cycle de pauvreté. Le micro-crédit a valu le prix Nobel de la Paix en 2006 au Bangladais Muhammad Yunus. Surnommé le &laquo;&nbsp;banquier des pauvres&nbsp;&raquo;, il l&#8217;a institutionnalisé en créant la Grameen Bank et l&#8217;a popularisé dans le monde entier.</p>
<ul>
<li>Alors, Na Traoré, heureuse?&#8230;</li>
</ul>
<p>Mon accompagnatrice qui me servait d&#8217;interprète semblait avoir de la difficulté à traduire &laquo;&nbsp;être heureuse&nbsp;&raquo; en bambara. Quand elle y est finalement parvenue, il y a eu un moment d&#8217;hésitation où l&#8217;expression du visage de ma Desperate Housewife africaine est passée de l&#8217;incompréhension à l&#8217;incrédulité et la déception avant de s&#8217;illuminer dans un grand éclat de rire.</p>
<ul>
<li>Mais bien sûr! Quelle question!</li>
</ul>
<h4>Ce que j&#8217;en retiens</h4>
<p>Aujourd&#8217;hui encore, au-delà du sujet de <a title="L'Afrique invente son féminisme" href="http://www.bourgoing.com/blog/1994/10/lafrique-invente-son-feminisme/" target="_blank">L&#8217;Afrique invente son féminisme</a>, la réponse de Na Traoré me pose beaucoup de questions.</p>
<ul>
<li><strong>Entre le cauchemar et la réalité</strong></li>
</ul>
<p>Cette paysanne analphabète m&#8217;a fait prendre conscience que je devais me méfier du regard que je portais sur sa réalité. &laquo;&nbsp;<em>Les femmes rurales ne sont pas du tout frustrées</em>&laquo;&nbsp;, me disait la  présidente de la Ligue des droits de l’homme du Mali. &laquo;&nbsp;<em>Elles n’ont jamais connu autre chose! Elles éprouvent un plaisir à effectuer les travaux ménagers. Elles vivent intensément leur vie de mères de famille.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il y a un profond décalage entre ce qu&#8217;un Occidental croit connaître d&#8217;une vaste région comme l&#8217;Afrique subsaharienne et ce qu&#8217;il perçoit quand il y met les pieds la première fois. Dans son imaginaire, les Africains collectionnent toutes les raisons d&#8217;être malheureux, voire suicidaires. Pourtant, leurs sociétés fonctionnent: les rues grouillent de vie, les gens se parlent, travaillent, vont au marché, font la fête, aiment leurs enfants, etc. Les statistiques et les études des agences d&#8217;aide ne quantifient pas le travail  informel, ne prennent pas en compte le rôle de la famille et de la communauté comme filets de sécurité sociale (elles sont leur propre assurance chômage, assurance maladie, fonds de retraite), négligent l&#8217;importance de la tradition et de la spiritualité pour réguler le quotidien.</p>
<ul>
<li><strong>Qu&#8217;est-ce que le &laquo;&nbsp;développement&nbsp;&raquo;? </strong></li>
</ul>
<p>Depuis qu&#8217;on a eu l&#8217;idée de diviser le monde en pays &laquo;&nbsp;développés&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;sous-développés&nbsp;&raquo;, et de créer toute une industrie de l&#8217;aide internationale pour que les habitants des pays &laquo;&nbsp;sous-développés&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;rattrapent leur retard&nbsp;&raquo;, toute cette logique et ce langage ont déformé notre regard sur la réalité des pays d&#8217;Afrique, d&#8217;Asie et d&#8217;Amérique latine. On ne trouve plus les mots pour masquer notre gêne vis-à-vis cette division du monde que nous avons artificiellement créée: doit-on dire &laquo;&nbsp;pays pauvres&nbsp;&raquo;? &laquo;&nbsp;du Tiers-Monde&nbsp;&raquo;? &laquo;&nbsp;sous-développés&nbsp;&raquo;? &laquo;&nbsp;en développement&nbsp;&raquo;? &laquo;&nbsp;émergents&nbsp;&raquo;? &laquo;&nbsp;du Sud&nbsp;&raquo;? Le soi-disant &laquo;&nbsp;développement&nbsp;&raquo; est mon pain quotidien depuis plus de 25 ans, et pourtant, je m&#8217;y perds encore. Aucune de ces étiquettes ne me semble acceptable parce que ce qu&#8217;elles décrivent repose sur une fiction.</p>
<ul>
<li><strong>Quand est-on justifié à venir en aide aux gens qui ne demandent rien?</strong></li>
</ul>
<p>Les problèmes de Na Traoré (excision, polygamie, analphabétisme, manque d&#8217;accès à la contraception, etc.) sont insoutenables pour le Franco-Canadien que je suis mais ils sont le fruit d&#8217;une évolution historique qui ne peut pas être balayée du jour au lendemain. Dans quel ordre et à quel rythme les agences onusiennes et autres ONGs sont-elles justifiées d&#8217;intervenir sur ces sujets? Quand doit-on aider les gens qui ne demandent rien et quand serait-il souhaitable de les laisser évoluer à leur propre rythme?</p>
<p>Cette autre présidente d&#8217;association féminine de Bamako m&#8217;expliquait que son plus grand problème était que les femmes rurales ne réalisaient pas qu&#8217;elles avaient besoin d&#8217;elle: &laquo;&nbsp;<em>D’abord, il va falloir trouver des moyens pour alléger leurs travaux. C’est ce qui les écrase. Elles passent des heures exténuantes à piler le mil. Une fois libérées de ces corvées, elles auront du temps pour apprendre à lire et à écrire. Et quand elles pourront lire et écrire, elles sauront qu’elles peuvent avoir une vie meilleure.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Ceci me rappelle ce programme d&#8217;installation de pompes électriques pour puiser l&#8217;eau dans plusieurs villages d&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest. Sur papier, l&#8217;approche de l&#8217;ONG en question était d&#8217;une logique implacable: libérer les femmes d&#8217;une corvée éreintante pour leur permettre de se reposer un peu et d&#8217;utiliser ce temps dans des activités artisanales rémunératrices. Dans la réalité, les femmes s&#8217;opposaient aux pompes électriques parce que l&#8217;attente autour du puits était le seul moment de la journée qu&#8217;elles avaient de se rencontrer et d&#8217;échanger des nouvelles (un autre besoin essentiel)&#8230;</p>
<p>Quand la communauté internationale doit-elle intervenir et quand devrait-elle s&#8217;écarter et permettre d&#8217;autres modèles de développement? Où pourrait être le juste milieu qui respecterait le rythme d&#8217;avancement de chaque peuple? L&#8217;aide internationale devrait-elle se limiter à l&#8217;humanitaire et aux besoins vitaux (manger à sa faim, avoir accès à des soins de base et à l&#8217;école, etc.)? Si oui, qui serait justifié à définir ce qui est un besoin vital et selon quels critères?</p>
<p>A l&#8217;heure d&#8217;Internet et de la mondialisation, ces questions se posent-elles encore ou sommes-nous devenus si interdépendants qu&#8217;il n&#8217;y a plus de place que pour un seul modèle d&#8217;évolution, celui des pays industrialisés?</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Angola: &#171;&#160;Fous à lier&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.bourgoing.com/2011/05/fous-a-lier/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=fous-a-lier</link>
		<comments>http://www.bourgoing.com/2011/05/fous-a-lier/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 27 May 2011 09:00:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Angola]]></category>
		<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[L'homme qui enchaîne ces malades mentaux à des pièces de moteurs de camion est-il un héros ou un monstre? ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/05/1141angola9412.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-433" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="1141angola9412" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/05/1141angola9412-300x194.jpg" alt="" width="300" height="194" /></a>J&#8217;ai pris les photos ci-dessous à Luanda en décembre 1994. J&#8217;étais en Angola avec une petite équipe pour réaliser des documentaires (radio, télé et presse écrite) en coopération avec le Comité International de la Croix-Rouge. Après vingt années de guerre civile, beaucoup souffraient de problèmes de santé mentale mais pratiquement aucun hôpital ou ressource n&#8217;existait pour les aider. Parmi eux, un grand nombre d&#8217;ex-militaires qui ne se remettaient pas des atrocités dont ils avaient été témoins ou auxquelles ils avaient participé.</p>
<p>J&#8217;avais lu qu&#8217;un guérisseur traditionnel et fondateur d&#8217;une secte chrétienne s&#8217;occupait de malades mentaux dans des conditions moyenâgeuses. Il était très connu dans la capitale et je n&#8217;avais eu aucune difficulté à le retrouver dans un quartier pauvre de la périphérie. Je me croyais préparé à ce que j&#8217;allais découvrir, et pourtant&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><em>* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" />Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=71649" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626083531726%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626083531726%2F&amp;set_id=72157626083531726&amp;jump_to=" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=71649" allowfullscreen="true" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626083531726%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626083531726%2F&amp;set_id=72157626083531726&amp;jump_to=" /></object></p>
<p>Ils étaient une dizaine d&#8217;hommes assis ou couchés sur des nattes ou à même le sol, tous enchaînés à des pièces de camions, transmissions ou jantes rouillées, étrangement calmes, marmonnant des propos incompréhensibles, comme ailleurs. Ils semblaient abandonnés à eux-mêmes, dans des pièces sans toît, se protégeant du soleil en cherchant à se mettre à l&#8217;ombre, du mieux qu&#8217;ils pouvaient. C&#8217;était cauchemardesque. Pendant ce temps, derrière un mur, à quelques mètres, il y avait une cérémonie religieuse où le chef de la secte priait et aspergeait des fidèles avec un seau d&#8217;eau bénite.</p>
<p>Le guérisseur traditionnel, qui n&#8217;avait pas été prévenu de mon arrivée, avait refusé de répondre à mes questions. Je n&#8217;avais pas l&#8217;autorisation de prendre de photos mais, alors qu&#8217;on m&#8217;indiquait la sortie, j&#8217;avais profité d&#8217;un moment d&#8217;inattention de mon accompagnatrice pour faire ces quelques photos en caméra cachée. Etais-je justifié à prendre ces photos de malades? Pourrais-je les publier? Dans l&#8217;empressement, j&#8217;avais pris quelques notes et m&#8217;étais dit que je me reposerais ces questions plus tard.</p>
<p>Mais le temps a passé, j&#8217;ai perdu mes notes et oublié le nom du guérisseur. Je croyais ne jamais pouvoir raconter cette histoire jusqu&#8217;à ce que je tombe, il y a à peine quelques jours, sur cet article du New York Times, publié un peu plus de deux ans après mon passage, <a href="http://www.nytimes.com/1997/06/11/world/to-mend-broken-minds-herbs-faith-and-chains.html?pagewanted=all&amp;src=pm" target="_blank">To Mend Broken Minds: Herbs, Faith and Chains</a>.</p>
<h4>Le contexte</h4>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/05/1048angola9412_high_1000x767.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-416" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="Papa Kitoko bénissant un fidèle amputé de guerre." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/05/1048angola9412_high_1000x767-300x230.jpg" alt="" width="300" height="230" /></a>On y apprend que le guérisseur se fait appeler Papa Kitoko (ça me revient maintenant!) et son église, le Centre pour la Médecine Traditionnelle. La journaliste écrit que Papa Kitoko était considéré comme un héros à Luanda parce que pratiquement personne ne s&#8217;occupait des malades mentaux, laissés à eux-mêmes et vivant souvent dans la rue.  En fouillant un peu plus sur Internet, j&#8217;ai trouvé cet autre article beaucoup plus récent (22 octobre 2007) et étrangement similaire au précédent: <a href="http://reporterregrets.blogspot.com/2007/10/angola-what-do-scrap-truck-parts-have.html" target="_blank">Angola: What Do Scrap Truck Parts Have to Do with Treating the Mentally-Ill? Read On&#8230;</a></p>
<p>Je n&#8217;étais pas au bout de mes surprises. Cet autre <a href="http://jornaldeangola.sapo.ao/18/0/medico_tradicional_papa_kitoko_fala_sobre_as_doencas_mentais">article en portuguais</a> (voir sa <a href="http://translate.google.com/translate?u=http%3A%2F%2Fjornaldeangola.sapo.ao%2F18%2F0%2Fmedico_tradicional_papa_kitoko_fala_sobre_as_doencas_mentais&amp;sl=pt&amp;tl=fr&amp;hl=&amp;ie=UTF-8">traduction automatique</a>), publié en février 2010, mentionne que Kitoko a maintenant le statut d&#8217;ONG, la &laquo;&nbsp;Fondation Papa Kitoko&nbsp;&raquo;, et que son centre, rebaptisé le &laquo;&nbsp;Centre Médical Papa Kitoko&nbsp;&raquo;, bénéficie de nombreux soutiens officiels, dont celui de l&#8217;hôpital psychiatrique de Luanda.</p>
<p>Papa Kitoko est-il un héros ou un monstre? Doit-on l&#8217;applaudir ou le condamner pour ce qu&#8217;il fait pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux?</p>
<h4>Ce que j&#8217;en retiens&#8230;</h4>
<p>La réalité derrière ces photos m&#8217;a choqué et me remue toujours. A première vue, on ne peut pas croire que des êtres humains puissent traiter leurs semblables de cette manière. Il est facile de le mettre sur le compte de nos différences culturelles. Avec ce qu&#8217;on nous montre de l&#8217;Afrique à la télévision (massacres, épidémies et catastrophes en tous genres), on peut être tenté par des conclusions hâtives sur l&#8217;humanité des Africains.</p>
<p>Mais est-ce bien si différent de l&#8217;approche des Occidentaux (incluant les congrégations religieuses), il n&#8217;y a pas si longtemps, vis-à-vis de ceux qu&#8217;on appelait les &laquo;&nbsp;fous&nbsp;&raquo; ou les &laquo;&nbsp;déments&nbsp;&raquo; et qu&#8217;on entassait dans des entrepôts psychiatriques de type &laquo;&nbsp;Vol au-dessus d&#8217;un nid de coucou&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;Shutter Island&nbsp;&raquo; où, faute de médicaments, on recourait à la camisole de force, aux lobotomies et autres traitements tout aussi moyenâgeux?</p>
<p>Qu&#8217;est-ce qui nous différencie vraiment? Même aujourd&#8217;hui, mis à part les moyens que les pays riches ont pour construire des hôpitaux plus confortables et l&#8217;accès à des nouveaux médicaments plus efficaces pour contrôler les symptômes de certains troubles psychiatriques, je ne crois pas que nous traitions la maladie mentale de manière si différente. Les tabous et les préjugés sont aussi forts partout. Certains patients dangereux pour eux-mêmes ou leur entourage sont toujours ligotés sur leur lit et enfermés dans des cellules d&#8217;isolement, quoique la camisole de force ait généralement été remplacée par la camisole chimique, un cocktail de médicaments qui, bien sûr, est plus élégant que des chaînes reliées à une carcasse de moteur rouillée, mais qui témoigne de la même impuissance que celle vécue en Angola et ailleurs en Afrique.</p>
<p>CNN a réalisé récemment quelques reportages sur la maladie mentale au Kenya (certaines images sont bouleversantes): <a href="http://edition.cnn.com/2011/WORLD/africa/02/25/kenya.forgotten.health/index.html" target="_blank">Kenya&#8217;s mentally ill locked up and forgotten</a>. Le New York Times publie aussi ce photo reportage, <a href="http://lens.blogs.nytimes.com/2011/06/14/chasing-stigma-in-indonesia/" target="_blank">Chasing Stigma in Indonesia</a>, où des malades sont enchaînés, tout comme en Angola. Al-Jazeera a aussi réalisé <a title="Mental illness 'rampant' in Somalia" href="http://www.youtube.com/watch?v=1kxRYyJNdIs" target="_blank">ce reportage en Somalie</a>.</p>
<p>Chose encourageante, il semble qu&#8217;on commence à se soucier un peu plus du traitement des malades mentaux en Afrique. Je viens de découvrir cette <a href="http://www.ksmh.org/" target="_blank">ONG kenyanne</a> qui se spécialise dans ce domaine. Mon nouvel ami Facebook, <a href="http://www.facebook.com/#!/profile.php?id=100000969402915" target="_blank">James Hall</a>, un Américain qui vit au Swaziland depuis plus de vingt ans, me disait récemment qu&#8217;il allait joindre ou constituer une association de journalistes africains spécialisés dans les questions de santé mentale. Il y a peut-être un éveil des consciences qui se prépare par rapport à ce que vivent les personnes qui souffrent de troubles mentaux en Afrique&#8230; On peut l&#8217;espérer  mais je crains que, dans un contexte de pauvreté, elles restent très loin dans les priorités des responsables de la santé.</p>
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		<title>Yemen: Sous le voile des apparences</title>
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		<pubDate>Thu, 12 May 2011 16:30:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flashbacks]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>
		<category><![CDATA[Yemen]]></category>

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		<description><![CDATA[Ma séance photo au Yémen avec un groupe de femmes portant le niqab.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/DSC_0600_OK_1000px.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-214" style="margin: 7px 5px; border: 0px;" title="DSC_0600_640x290_smallOK" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/DSC_0600_640x290_smallOK.jpg" alt="" width="420" height="266" /></a>C&#8217;était à Al-Muneerah, un village de la région de la Tihama, au Yémen, en novembre 2005. La Tihama est une plaine côtière le long de la mer Rouge. C&#8217;est le paradis des moustiques pendant la saison des pluies. Pour freiner la propagation de la malaria, le gouvernement yéménite fait appel à des femmes bénévoles, comme celles de la photo. Elles vont de maison en maison, dans leur propre village, pour expliquer aux familles comment se transmet la maladie (par les piqures de moustiques) et comment s&#8217;en protéger (en dormant sous des moustiquaires imprégnées d&#8217;insecticide, etc.).</p>
<p>Seules des femmes peuvent faire ce travail parce qu&#8217;il implique d&#8217;entrer chez les gens, dans leur intimité, et d&#8217;être en contact avec d&#8217;autres femmes. Un homme ne serait jamais autorisé à approcher ainsi d&#8217;autres femmes. Mais pour moi, ce jour-là, on a fait une exception.</p>
<h4>Le contexte</h4>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/image008.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-239" style="border: 0px;" title="image008" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/image008-300x182.jpg" alt="" width="300" height="182" /></a>J&#8217;étais à Al-Muneerah avec des accompagnateurs yéménites pour faire un reportage photo sur les programmes de lutte contre le paludisme financés par mon employeur. Quand je suis entré dans la pièce où un groupe de femmes voilées étaient réunies pour une formation, j&#8217;ai ressenti une étrange émotion.</p>
<p>D&#8217;un côté, au premier coup d&#8217;oeil, la situation me rappelait ces photos spectaculaires de silhouettes fantômatiques comme celle-ci à droite, des images qu&#8217;ont a tous vues à un moment ou l&#8217;autre et qui sont devenues un symbole du traitement des femmes dans l&#8217;Islam. Je me suis souvent retrouvé en présence de femmes voilées au Moyen-Orient en Afrique mais jamais dans une telle proximité et je savais bien qu&#8217;il était absolument interdit de les prendre en photo. Mais là, je sentais qu&#8217;il y avait une ouverture.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/muslim-women.jpg"><img class="alignleft" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px; border: 0px;" title="muslim-women" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/muslim-women-300x235.jpg" alt="" width="300" height="235" /></a>De l&#8217;autre, j&#8217;étais troublé par tous ces regards braqués sur moi, des yeux plein d&#8217;interrogations et de malice.  Il y a plusieurs types de voiles. Le <strong>niqab</strong>, comme ici, laisse paraître les yeux. Le <strong>hijab</strong> couvre les cheveux et le cou mais pas le visage tandis que la <strong>burqa</strong> recouvre tout le visage et cache même les yeux derrière un filet.</p>
<p>Comme je n&#8217;étais pas distrait par l&#8217;apparence générale de ces femmes, je voyais mieux leurs yeux me sourire, je percevais plus intensément leurs voix chantantes ou chaudes, je les sentais espiègles, curieuses et frondeuses, hilares, manifestement comblées d’avoir un bon prétexte pour braver l’interdit de côtoyer un occidental de près, loin du regard de leurs maris, avec la bénédiction de leur encadreur masculin. Bizarrement, je n&#8217;avais pas du tout l&#8217;impression d&#8217;être devant des femmes écrasées ou éteintes. C&#8217;était tout le contraire. Elles prenaient un malin plaisir à me dévisager et à échanger entre elles des commentaires que je ne comprenais pas.</p>
<p>Je leur ai bien expliqué, ainsi qu&#8217;à leur formateur, ce qui m&#8217;emmenait et pour qui je travaillais, que je souhaitais faire des photos pour illustrer ce qui était entrepris au Yémen pour lutter contre la malaria, etc. J&#8217;ai décrit ce que j&#8217;entendais faire précisément des photos, comment celles-ci pourraient être utilisées et publiées. J&#8217;ai souligné qu&#8217;aucune n&#8217;était obligée d&#8217;apparaître sur ces photos, que celles qui ne voulaient pas en faire partie n&#8217;avaient qu&#8217;à se retirer ou à me le dire. Seules quelques-unes se sont mises à l&#8217;écart.</p>
<h4>Photos et clichés</h4>
<p style="text-align: right;"><em>* <img class="alignright size-full wp-image-1290" style="border: 0px;" title="agrandir" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/07/agrandir.gif" alt="" width="22" height="15" />Pour voir les photos en plein écran, démarrez le diaporama et cliquez dans le coin inférieur droit</em></p>
<p><object width="600" height="450" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=71649" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="flashvars" value="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626592483663%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626592483663%2F&amp;set_id=72157626592483663&amp;jump_to=" /><embed width="600" height="450" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=71649" allowfullscreen="true" flashvars="offsite=true&amp;lang=fr-fr&amp;page_show_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626592483663%2Fshow%2F&amp;page_show_back_url=%2Fphotos%2Frbourgoing%2Fsets%2F72157626592483663%2F&amp;set_id=72157626592483663&amp;jump_to=" /></object><span style="color: #ffffff;">&#8230;</span></p>
<p>C&#8217;était inespéré. J’avais cette occasion unique, en tant qu’homme et étranger, de me retrouver dans une situation de grande proximité avec un groupe de femmes qui en temps normal auraient tout fait pour éviter ma présence. Elles se savaient autorisées à être prises en photo (leur formateur ne s&#8217;y opposait pas) et elles en profitaient bien, tout comme moi. C&#8217;était comme une grande récréation et un petit jeu de séduction à la fois. Il y avait une certaine complicité entre elles et moi: je me la jouais grand photographe et elles, top-models (si on peut dire&#8230;).</p>
<p>J&#8217;ai commencé par les plans larges dans la salle de classe avec le formateur et quelques portraits au zoom. J&#8217;ai pris quelques plans à l&#8217;extérieur avant de passer à la photo de groupe.</p>
<p>C&#8217;est moi qui suis en bonne partie responsable du côté presque angoissant de cette photo. Je l&#8217;ai prise pour faire une image esthétique  reproduisant mes propres clichés et ce sentiment d’écrasement qu’un Occidental éprouve quand il se trouve en présence de musulmanes portant le voile intégral. Je suis monté debout sur une chaise, je leur ai demandé de se serrer dans un groupe compact, j&#8217;ai utilisé un objectif grand angle en me plaçant au-dessus d&#8217;elles, près de leurs visages. Et le résultat est là: une photo qui déforme la réalité et n&#8217;est pas représentative de la situation qu&#8217;elle prétend décrire.</p>
<h4>Ce que j&#8217;en retiens&#8230;</h4>
<p><strong>On peut faire dire ce qu&#8217;on veut à une photo. </strong>Il faut se méfier des images, surtout quand on ne connaît pas leur contexte. Elles s&#8217;adressent plus aux émotions qu&#8217;à la raison. Depuis que j&#8217;ai ajouté cette photo sur mon compte Flickr, plusieurs utilisateurs l&#8217;ont ajoutée à leurs collections de beautés voilées: <a href="http://www.flickr.com/photos/45591916@N00/favorites/with/5555553430/#photo_5555553430" target="_blank">niqabitravel</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/59324406@N06/favorites/with/5555553430/#photo_5555553430" target="_blank">salafiman13</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/53659847@N00/favorites/with/5555553430/#photo_5555553430" target="_blank">milwamouth2001</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/purdah/favorites/with/5555553430/#photo_5555553430" target="_blank">coveredbeauty</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/7149875@N03/favorites/with/5555553430/#photo_5555553430" target="_blank">mystery_bhikoo</a><em><strong>.</strong></em> Pour eux, cette photo n&#8217;est pas effrayante. Ils la trouvent belle.<strong><br />
</strong></p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/chretiennesvoilees.jpg"><img class="size-full wp-image-260 alignright" style="margin: 7px; border: 0px;" title="chretiennesvoilees" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/03/chretiennesvoilees.jpg" alt="" width="470" height="335" /></a><strong>Le voile n&#8217;est pas le problème. </strong>C&#8217;est un symbole qui recouvre une réalité différente de la nôtre, dans des pays qui ont une autre culture (quoique le voile fasse partie de la culture occidentale aussi &#8211; cf photo de droite&#8230;) et des traditions qui évoluent à un autre rythme. Comme le bikini pour les Saoudiens, le niqab est choquant pour les Français. Il est en contradiction avec leurs valeurs d&#8217;égalité et je peux comprendre qu&#8217;on sente le besoin d&#8217;affirmer ces valeurs haut et fort (même si je ne suis pas sûr que des lois soient applicables ou même nécessaires).</p>
<p>L&#8217;idée que des femmes passent leur vie complètement cachées derrière un voile va à l&#8217;encontre de ma culture et de mes valeurs personnelles mais pour moi, tout ce débat, qui a pris des proportions hystériques, masque les vrais et nombreux problèmes des femmes, musulmanes ou pas, dans les pays pauvres, des  problèmes qui méritent plus d&#8217;attention, comme ceux décrits dans ce reportage que j&#8217;ai réalisé au Mali, <a title="L'Afrique invente son féminisme" href="http://www.bourgoing.com/blog/1994/10/lafrique-invente-son-feminisme/" target="_blank">L&#8217;Afrique invente son féminisme</a>.</p>
<p><strong>L&#8217;Islam n&#8217;est pas le problème. </strong>C&#8217;est l&#8217;interprétation à la lettre du Coran par les intégristes, avec leur intolérance et leur extrême violence, qui est le problème, comme pour certains chrétiens fondamentalistes et leur lecture rétrograde de la Bible. Il y a entre 5 et 6 millions de musulmans en France et moins de&#8230; 400 femmes portent le niqab! Dans le monde entier, une minorité de musulmanes vit avec le niqab ou la burqa.  et dans certains pays d&#8217;Afrique (Tunisie, Mali, etc.), le voile n&#8217;est pas dans la tradition, ce qui ne dérange personne. Rien dans le Coran, semble-t-il, ne les oblige à vivre cachées, mais il est possible que certaines choisissent le voile de leur propre volonté, sans aucune pression (comme les religieuses de la photo avec Sarkozy).</p>
<p><strong>Alors, quel est le problème?</strong> L&#8217;éducation des filles, le droit de vote pour les femmes, l&#8217;accès à la contraception, la lutte pour l&#8217;égalité des droits et des salaires sont des phénomènes encore récents dans les pays riches. Les Occidentaux ne traitaient pas mieux leurs femmes il n&#8217;y a pas si longtemps (des femmes illettrées qui faisaient des bébés à la chaîne, forcées de rester à la maison et de travailler aux champs, etc.), ils ont encore du chemin à faire en termes d&#8217;égalité des droits et sont mal placés pour porter des jugements hâtifs ou donner des leçons. La nature humaine est la même partout. Ce qui nous différencie dans notre évolution, c&#8217;est la pauvreté et, avec elle, l&#8217;ignorance et le poids des traditions. La plupart des femmes voilées du Yemen acceptent leur situation parce que, comme leurs mères et leurs grand-mères, elles ne connaissent pas autre chose. C&#8217;est la tradition là-bas, elle s&#8217;applique de la même manière pour tous et ne peut évoluer qu&#8217;à son propre rythme. Pour moi, le voile musulman fait de jolies photos, bien percutantes dans l&#8217;imaginaire occidental, mais il ne mérite pas toute cette attention.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<h3 style="text-align: center;">D&#8217;accord ou pas avec ce que j&#8217;écris plus haut? Je peux me tromper&#8230; SVP un petit commentaire&#8230;</h3>
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		<title>Somalie: La mémoire des poètes</title>
		<link>http://www.bourgoing.com/1996/06/somalie-la-memoire-des-poetes/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=somalie-la-memoire-des-poetes</link>
		<comments>http://www.bourgoing.com/1996/06/somalie-la-memoire-des-poetes/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 16 Jun 1996 23:10:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Presse]]></category>
		<category><![CDATA[Somalie]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Par sa poésie, une mère de famille dénonce les atrocités de la guerre et essaie de redonner espoir aux habitants de son village.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><em>*Première diffusion (Radio-Canada): décembre 1995</em></p>
<h4><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie_poete.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2662" style="border: 0pt none; margin-left: 7px;" title="somalie_poete" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/somalie_poete.jpg" alt="" width="400" height="315" /></a></h4>
<h4>En Somalie, la guerre a fait taire les poètes. Mais dans un village du sud, où vivent 3000 réfugiés de retour d&#8217;exil, une femme maintient la tradition.</h4>
<h4>La poésie d&#8217;Halima Hadji Shafat raconte ses conditions d&#8217;exil au Kenya, le retour difficile en Somalie, ses rêves d&#8217;avenir&#8230; Elle dénonce les atrocités de cette guerre, particulièrement celles dont ont été victimes les femmes.</h4>
<h4>Présentation suggérée :</h4>
<p>Le 9 décembre 1992, les soldats Américains débarquaient par milliers sur les plages de la Somalie.<br />
On ne parlait que d&#8217;elle.<br />
Aujourd&#8217;hui, plus rien : les projecteurs se sont éteints sur le théâtre de la plus importante opération militaro-humanitaire de l&#8217;histoire des Nations-Unies.<br />
Loin des caméras, la plupart des réfugiés somaliens sont rentrés chez eux.<br />
Ce qu&#8217;ils ont trouvé au retour : une société totalement bouleversée.<br />
600 villes et villages détruits.<br />
Les troupeaux, aussi, ont été décimés, une tragédie pour ce peuple composé en grande majorité d&#8217;éleveurs nomades.<br />
Dans le sud-ouest de la Somalie, près du fleuve Jouba, 700 familles vivent dans des abris de fortune.<br />
Ces ex-réfugiés sont en grande majorité des femmes.<br />
Elles sont revenues malgré la sécheresse et les risques d&#8217;une nouvelle famine.<br />
Peut-être plus que les hommes, les femmes ont été marquées par cette guerre.<br />
On estime à 100 000 le nombre de Somaliennes, de 13 à 70 ans, qui ont été violées depuis le début de la guerre.<br />
Cent cinquante mille sont mortes en une seule année, en 1992, avant l&#8217;intervention de l&#8217;ONU.<br />
Le journaliste Robert Bourgoing a rencontré là-bas une mère de famille qui, à sa manière, dénonce ces atrocités et essaie de redonner espoir aux habitants de son village.<br />
Cette femme s&#8217;exprime par la poésie, ce qui était, avant la guerre, la forme d&#8217;expression artistique la plus riche et la plus populaire en Somalie.<br />
Une tradition qui a pratiquement disparu et qu&#8217;elle essaie de faire revivre malgré le chaos qui règne toujours dans son pays.</p>
<h4>Reportage (18&#8217;30&#8243;)</h4>
<p>MOHAMED ABDULLAHI (traduction) :</p>
<p><em>La beauté des femmes ?&#8230; (éclat de rire) Nous, les Somalis, nous avons l&#8217;habitude de dire qu&#8217;une belle femme doit être grande, avec une belle couleur de peau, qu&#8217;elle soit claire ou foncée. Elle doit plaire. Elle doit&#8230; toujours être attirante pour celui qui l&#8217;aime. Elle doit avoir les lèvres foncées, des dents blanches, les incisives écartées, des fesses charnues, les hanches larges, de beaux yeux et de beaux muscles.</em></p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Quand l&#8217;occasion se présente de parler des femmes, le vieux Mohamed Abdullahi aime bien étaler ses connaissances.<br />
C&#8217;est comme un souvenir lointain qui l&#8217;agite tout-à-coup et qui fait rire les autres vieux du village.<br />
Mais ça ne dure pas longtemps.<br />
Parce que nous sommes dans l&#8217;extrême sud-ouest de la Somalie, au milieu de la brousse, dans un village de réfugiés rentrés d&#8217;exil.<br />
Ici, les conditions de vie demeurent très difficiles.<br />
Et avec tout ce qu&#8217;elles ont subi, la beauté des femmes n&#8217;est pas un sujet de plaisanterie.<br />
Après quelques instants, Mohamed caresse nerveusement sa barbe rousse et redevient grave.</p>
<p>MOHAMED ABDULLAHI (traduction) :</p>
<p><em>Avant, les femmes avaient du savon, du shampoing, de l&#8217;eau, de jolis vêtements, de l&#8217;huile pour les cheveux, un grand lit pour bien dormir. Elles avaient tout ce dont elles avaient besoin. Mais aujourd&#8217;hui, elles n&#8217;ont rien. C&#8217;est le résultat de la guerre, de la famine et des difficultés. Les maladies, la malaria, le manque de vêtements, de tout&#8230;</em></p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Avant la guerre, Mohamed avait une autre passion : la poésie.<br />
Il faut dire que dans son pays, la tradition orale a toujours été extrêmement importante.<br />
Pourquoi ?<br />
Parce que la langue somalie n&#8217;avait pas de version écrite jusqu&#8217;à tout récemment (jusqu&#8217;à il y a 25 ans en fait).<br />
Dans les documents officiels, les administrateurs communiquaient dans la langue des colonisateurs : l&#8217;anglais, le français ou l&#8217;italien.<br />
Mais pour tout le reste, dans les rapports entre les clans et pour s&#8217;adresser directement au peuple, il fallait souvent que les poètes interviennent.<br />
Ces poètes étaient donc bien plus que de grands orateurs.<br />
Ils jouaient, à la fois, les rôles de messagers, de journalistes et d&#8217;historiens, un peu comme les troubadours du moyen-âge.</p>
<p>MOHAMED ABDULLAHI (traduction) :</p>
<p><em>C&#8217;était notre histoire. On faisait des poèmes sur les événements du monde. On parlait de tout. On s&#8217;informait avec les poèmes. Avant, quand nous n&#8217;avions pas de gouvernement, nos courriers étaient les poètes. C&#8217;était notre autorité. Le poème était très important dans la culture et la tradition somalies. Nous y trouvions la sagesse. Parfois, vous croyiez que quelqu&#8217;un était stupide parce qu&#8217;il vous tenait une conversation simple. Mais lorsqu&#8217;il vous récitait un poème, il révélait son être le plus intime, des choses très intelligentes qui prenaient toute leur importance.</em></p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Les poètes somaliens ne manquaient jamais d&#8217;inspiration.<br />
Comme le dit Mohamed, ils parlaient de tout.<br />
Ils rendaient hommage à la beauté des femmes.<br />
Ils vantaient les qualités de leur chameau.<br />
Ils critiquaient à mots couverts le gouvernement.<br />
Maintenant, les femmes pensent à leur survie avant de se faire belles.<br />
Les troupeaux ont pratiquement disparu.<br />
Et l&#8217;Etat s&#8217;est complètement effondré.<br />
Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il reste ?<br />
Il reste la guerre.<br />
Mais là aussi, ce n&#8217;est plus un sujet qui peut être chanté par les poètes.</p>
<p>MOHAMED ABDULLAHI (traduction) :</p>
<p><em>On faisait des poèmes sur la guerre quand la situation était claire. Mais la guerre d&#8217;aujourd&#8217;hui est totalement différente de celles que nous avons connues. Quand un homme tue son frère ou qu&#8217;un autre est tué par son propre fils, c&#8217;est la confusion et vous ne pouvez pas composer de poèmes. Les poèmes sont nés du bonheur et des bonnes choses de la vie. Mais quand vous êtes dans la détresse et que vous pensez à vos difficultés, vous ne pouvez pas penser à la poésie. Quand vous êtes déprimé, il n&#8217;y a pas de place pour les poèmes. Ce cadeau du ciel n&#8217;existe plus aujourd&#8217;hui.</em></p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Depuis le début de la guerre, la plupart des poètes se sont tus.<br />
Mais dans le village de Mohamed, il en reste un, pourtant, qui perpétue discrètement la tradition.<br />
Chose encore plus rare en Somalie, ce poète est une femme.</p>
<p>Son : Halima Hadji Shafat<br />
<em>Ayan, ramasse du bois pour moi, du bois que je puisse mettre ici. Demande à Nasra de me donner de l&#8217;eau.</em></p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Halima Hadji Shafat travaillait dans une banque et vivait richement dans une grande maison climatisée.<br />
Mais pendant son exil au Kenya, tout a été détruit et pillé.<br />
Aujourd&#8217;hui, elle est revenue chez elle avec ses cinq filles et son mari.<br />
Et comme tout le monde, elle doit se construire une case avec des branches et de la boue.</p>
<p>Son : Halima Hadji Shafat<br />
<em>Apporte moi un peu plus de bois s&#8217;il-te-plaît mon enfant chéri. Donne-le moi, va et ramasse.</em></p>
<p>HALIMA (traduction) :</p>
<p><em>Avant, je composais des poèmes pour les grandes occasions. Quand il y avait des rencontres entre deux clans. Quand il y avait des mariages. Ou des poèmes pour rire. J&#8217;ai commencé comme ça. Maintenant, je le fais quand quelque chose me trouble&#8230; Quand un poète voit quelque chose, il a souvent envie de faire partager son émotion. Il enregistre le temps, l&#8217;endroit et les détails. Mais c&#8217;est&#8230; Seul Dieu le sait ! On peut avoir le don, mais quand vient le temps de créer, c&#8217;est une autre chose. Il y a des gens qui n&#8217;y arrivent pas. Mais il faut essayer.</em></p>
<p>Son : Mélodie sifflée</p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>En fin d&#8217;après-midi, dans la cour d&#8217;Halima, alors que le soleil se couche, trois femmes viennent s&#8217;asseoir au pied d&#8217;un arbre.<br />
Halima a invité des amies pour leur réciter le poème qu&#8217;elle a préparé.<br />
Un poème sans rimes, qui ressemble beaucoup plus à un long récit qu&#8217;à la poésie occidentale.<br />
Un récit qui ne doit rien à l&#8217;imagination.</p>
<p>HALIMA (traduction) :</p>
<p><em>La guerre est entrée dans notre vie et nous avons fui.</em><br />
<em>Nous cachant sous des arbres le jour.</em><br />
<em>Marchant la nuit pendant ce qui semblait une éternité.</em><br />
<em>La famine et la soif ont tué la moitié de mon peuple.</em><br />
<em>Les animaux sauvages ont attaqué et dévoré beaucoup de gens.</em><br />
<em>D&#8217;autres ont succombé à cette sale guerre.</em><br />
<em>Nous sommes arrivés dans un exode massif au Kenya.</em><br />
<em>Dans une situation très grave.</em><br />
<em>Nous avons demandé de l&#8217;aide.</em><br />
<em>Des organisations se sont réunies.</em><br />
<em>Les Nations Unies ont établi un camp.</em><br />
<em>Ils nous ont placés derrière des clôtures électriques.</em><br />
<em>Il nous ont donné des rations.</em><br />
<em>Après, nous avons cherché du bois.</em><br />
<em>Nous avons construit des huttes que nous avons couvertes avec les bâches de plastique des Nations Unies.</em><br />
<em>Comment pouvions-nous survivre quand ce qui nous était donné le jour était volé, la nuit, par les bandits ?</em><br />
<em>Ils entraînaient nos filles avec eux, les forçant à porter les rations.</em><br />
<em>Arrivés à destination, ils les violaient à la pointe du fusil.</em><br />
<em>Les violant et les torturant.</em><br />
<em>Quand nous avons dénoncé leurs crimes,</em><br />
<em>Ils se sont réunis pour nous attaquer.</em><br />
<em>Ils sont venus dans nos cases et ils ont abusé de nous.</em><br />
<em>Les hommes ont subi le même traitement.</em><br />
<em>Celui qui est allé chercher du bois pour nous, les soldats l&#8217;ont attaqué, aspergé de pétrole et brûlé vif.</em><br />
<em>Les pires des oppressions, nous les avons subies dans ces camps.</em><br />
<em>Quand les femmes âgées et les femmes mariées ont été violées,</em><br />
<em>Quand nos hommes ont été brûlés,</em><br />
<em>Quand nos vierges ont été déchirées avec des fusils et violées,</em><br />
<em>Nous n&#8217;avons pas pu le tolérer plus longtemps.</em><br />
<em>C&#8217;est à ce moment que nous avons décidé</em><br />
<em>que chacun devait retourner dans sa région.</em><br />
<em>Même s&#8217;il fallait faire face à la guerre et à la famine, au moins nous serions dans notre pays.</em></p>
<p>Son : Ambiance village</p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Halima est revenue du Kenya comme elle était partie : à pied, sans l&#8217;aide du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés.<br />
250 kilomètres de brousse, sans point d&#8217;eau entre les villages, avec son mari et ses filles.<br />
Ils ont eu de la chance : ils sont arrivés sains et saufs.<br />
D&#8217;après un commerçant qui emprunte régulièrement cette piste, chaque jour, deux ou trois personnes meurent de soif ou d&#8217;épuisement sur le chemin du retour.</p>
<p>HALIMA (traduction) :</p>
<p><em>Les gens de certaines régions ont été conduits par avions et par camions, là où ils voulaient, avec de la nourriture et de l&#8217;argent.</em><br />
<em>Mais les membres de mon clan, les Absamé, ont été lâchés par les Nations Unies.</em><br />
<em>&laquo;&nbsp;Acceptez la main que je vous tend, disait-il,</em><br />
<em>et je vous conduis par véhicule dans un autre camp, celui de Dadaab.</em><br />
<em>Là-bas, vous serez derrière des clôtures.</em><br />
<em>Restez soumis et vous serez nourris !</em><br />
<em>Si vous n&#8217;acceptez pas, sortez d&#8217;ici Absame !</em><br />
<em>Prenez des rations et partez !</em><br />
<em>Je n&#8217;ai pas de transport pour vous.</em><br />
<em>Partez par vos propres moyens.</em><br />
<em>Si vous refusez ces deux offres et que vous restez ici,</em><br />
<em>vous n&#8217;êtes plus sous ma responsabilité.</em><br />
<em>Je lâche les soldats kenyans sur vous.</em><br />
<em>Ils vous brûleront.</em><br />
<em>Ce n&#8217;est pas mon problème&#8230;</em><br />
<em>Qu&#8217;est-ce que j&#8217;en ai à faire ?&nbsp;&raquo;</em><br />
<em>Je ne comprends pas le crime que nous avons commis contre les Nations-Unies&#8230;</em><br />
<em>L&#8217;après-midi suivant, nous avons réuni nos enfants,</em><br />
<em>chargé les charrettes des ânes.</em><br />
<em>Sur notre dos, nous avons porté nos enfants</em><br />
<em>et nous avons regagné nos régions à pied.</em><br />
<em>Pour faire une courte histoire,</em><br />
<em>les peuples de certaines régions</em><br />
<em>ont été transportés par avions et par camions.</em><br />
<em>Pourquoi, moi et tout mon peuple, avons-nous dû déménager sur notre dos ?</em><br />
<em>Mon peuple est mort de soif, à la merci des animaux sauvages.</em><br />
<em>Le monde devrait savoir.</em><br />
<em>Qu&#8217;est-ce que nous avons fait pour mériter cela ?</em><br />
<em>Le monde devrait savoir et nous répondre.</em></p>
<p>Son : circulation automobile</p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>A mille kilomètres du village d&#8217;Halima, dans un bureau climatisé de Nairobi au Kenya, nous avons fait écouter ce poème à Peter Kessler, le porte-parole du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés.<br />
Voici sa réponse :</p>
<p>PETER KESSLER anglais :</p>
<p><em>Well there are probably a great many of reasons why transport was not available to repatriate the refugees at the time this woman was returning from Liboi. Among them of course could have been the cost of the exercise and the fact that very possibly at that time we could not find firms willing to carry the refugees back to their homeland because of the danger they would encounter, because of the cost of insurance. Secondly as well of course there has always been problems in Somalia due to clans. And you have to find a firm that is able to negotiate its way across clan territory.</em></p>
<p>Traduction :<br />
<em>Il y a probablement plusieurs raisons pour lesquelles nous n&#8217;avions pas de transport pour rapatrier les réfugiés au moment où cette femme revenait de Liboi. Parmi celles-ci, évidemment, il pouvait y avoir le coût de l&#8217;opération et le fait qu&#8217;à cette époque, très possiblement, nous ne pouvions pas trouver de transporteurs qui acceptent de rapatrier les réfugiés à cause des dangers et du coût de l&#8217;assurance. Aussi, en Somalie il y a toujours eu, évidemment, des problèmes à cause des clans. Et il faut trouver une compagnie qui accepte de négocier son passage sur le territoire de ces clans.</em></p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Si le HCR avait l&#8217;argent et les moyens de rapatrier les réfugiés de toutes les autres régions de la Somalie, Halima se demande bien pourquoi il n&#8217;avait pas les mêmes moyens pour les membres de son clan.<br />
En coulisses, un cadre du HCR reconnait que ce n&#8217;est pas par manque d&#8217;argent.<br />
Mais tout bêtement, à cause d&#8217;une erreur d&#8217;appréciation de certains employés du HCR.<br />
Les réfugiés du clan Absamé vivent dans la région de la Somalie qui est la plus rapprochée des camps du Kenya.<br />
Ces employés ont donc considéré qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas besoin de la même assistance que les autres, qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas une priorité.<br />
Officiellement, pourtant, on s&#8217;en tient à des raisons financières.<br />
Si l&#8217;ONU a dépensé 3 millions de dollars PAR JOUR dans l&#8217;opération Rendre l&#8217;Espoir, Peter Kessler rappelle que les beaux jours de l&#8217;aide humanitaire sont terminés en Somalie.</p>
<p>PETER KESSLER anglais :</p>
<ul>
<li><em>UNHCR has not received the 12 million dollars we need for repatriation and reintegration assistance. This is the kind of money that it would cost to build one parking garage in Paris. It&#8217;s very frustrating for us because we know what the needs are. But to bring it home to donor countries is impossible until you have hundreds of people dying around you on the ground. That&#8217;s what it takes to get donor countries to realize how much money it costs to take care of human beings.</em></li>
<li><em>This woman, this poet says at the end of her poem : Why did this all happen ? Let the world be aware of what happened here. And we wait for the answer from the world.</em></li>
<li><em>Well. We&#8217;re waiting for the answer too. We know what the problems are. But in donor countries, I think there&#8217;s a feeling of burnout, of Somali burnout. Because of the number of UN troops killed and the sense of embarassment that resulted from the situation in Somalia. Somalis have been very demanding people. Their leaders have been very demanding. And leaders have used often times any ruse to get foreign assistance which often ends up in their military wardchest rather than being distributed to their clan followers in an equitable way. Their leaders have embarassed and frustrated the western powers so much that it makes it very hard for organizations like the UNHCR to really get the funds that we need to help these people on the ground.</em></li>
</ul>
<p>Traduction :</p>
<ul>
<li><em>Le HCR n&#8217;a pas reçu les 12 millions de dollars dont il a besoin pour le rapatriement et l&#8217;intégration des réfugiés. C&#8217;est la somme qu&#8217;on dépenserait pour construire un parking à Paris. C&#8217;est très frustrant pour nous parce que nous savons quels sont les besoins. Mais pour en faire prendre conscience aux pays donateurs, c&#8217;est impossible à moins que des gens meurent par centaines autour de vous. C&#8217;est ce qu&#8217;il faut pour que les gens réalisent combien ça coûte de s&#8217;occuper d&#8217;êtres humains.</em></li>
<li><em>Cette femme demande à la fin de son poème : Pourquoi tout cela est-il arrivé ? Le monde devrait savoir et nous attendons sa réponse.</em></li>
<li><em>Eh bien, nous attendons la réponse nous aussi. Nous connaissons les problèmes. Mais dans les pays donateurs, je crois qu&#8217;il y a un sentiment de ras-le-bol, de ras-le-bol de la Somalie. A cause du nombre de Casques Bleus tués et de l&#8217;embarras dans lequel cette situation les a placés. Les Somaliens ont été un peuple très exigeant. Leurs LEADERS ont été très exigeants. Ils ont utilisé la ruse pour détourner l&#8217;aide étrangère, souvent pour alimenter leur machine de guerre plutôt que de distribuer cette nourriture aux membres de leurs clans. Ces chefs de guerre ont embarrassé et frustré à tel point les puissances occidentales qu&#8217;à présent, il est très difficile pour des organisations comme le HCR d&#8217;obtenir un financement pour aider ces gens.</em></li>
</ul>
<p>SHUMBURU (traduction) :</p>
<p><em>On n&#8217;a pas besoin de disputes, de faux arguments et de mensonges. Quand il y a des problèmes, on a besoin de garçons courageux, forts et actifs. On ne veut pas être mis devant les caméras tous les jours et lire des livres de mensonges, on n&#8217;en veut plus ! N&#8217;est-ce pas ? Qu&#8217;est-ce que vous allez raconter sur nous ? Nous devons dire chacun la vérité.</em></p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Beaucoup de Somaliens sont aussi très amers vis-à-vis des occidentaux.<br />
Des hordes de militaires, d&#8217;humanitaires et de journalistes maladroits, parachutés chez eux, dans une culture riche et fière qui ne supporte pas qu&#8217;on la regarde de haut.<br />
Shumburu est une vieille femme qui se sent humiliée de dépendre encore de l&#8217;aide humanitaire pour survivre.<br />
Elle profite de notre présence à Hargeisa pour se vider le coeur.</p>
<p>SHUMBURU (traduction) :</p>
<p><em>Laissez-nous nous comprendre. D&#8217;abord : Que la paix soit avec vous. Nous sommes des Somaliens, notre drapeau flottait au-dessus de nos têtes. Nous l&#8217;avons détruit à cause de notre bêtise. Tu comprends ? Dans les camps de réfugiés au Kenya, nous avons déjà touché le fond. Après avoir vécu ça, nous avons ramené nos enfants. Quel que soit le chemin que nous puissions prendre, nous l&#8217;avons fait. Nous sommes revenus dans notre pays natal, n&#8217;est-ce pas ? Quiconque veut nous assister est le bienvenu. Ceux qui ne veulent pas nous aider, il vaut mieux qu&#8217;ils ne remplissent pas leur caméra avec nous. Tu comprends ? Nous ne mangeons pas ce que les ânes mangent.  Nous sommes une espèce supérieure. Pendant 30 ans on a eu un drapeau qui flottait dans le ciel. On avait une armée, des projets, et on avait tout. Nous nous sommes détruits, n&#8217;est-ce pas ? Ne nous apportez pas maintenant ce qu&#8217;habituellement vous donniez aux oiseaux et aux ânes. Nous voulons du riz, de l&#8217;huile, du beurre, de la farine, ce que les maîtres habituellement mangeaient. Apportez-nous des spaghettis ou ne nous apportez rien ! Nous pourrions manger notre herbe. Laissez-nous seuls et au revoir ! Ciao !</em></p>
<p>Son : Appel à la prière</p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Comme tous les jours, la mosquée d&#8217;Hargeisa est pleine.<br />
Il n&#8217;a pas plu dans le sud-ouest de la Somalie, les récoltes sont perdues et les gens ont épuisé leurs dernières réserves.<br />
En attendant la pluie, il n&#8217;y a, semble-t-il, qu&#8217;une chose à faire ici : prier.</p>
<p>Son : Prière</p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Jusqu&#8217;à la prochaine saison des pluies, les habitants d&#8217;Hargeisa peuvent aussi compter sur une aide matérielle.<br />
Le Comité International de la Croix-Rouge distribue ici des rations de haricots, d&#8217;huile et de sucre.</p>
<p>Son : Ambiance case</p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>Chez elle, Halima nous montre quelques poignées de haricots dans le fond de sa calebasse.<br />
C&#8217;est tout juste ce qu&#8217;il faut pour tenir encore une semaine.<br />
Jusqu&#8217;à la prochaine distribution de la Croix-Rouge.<br />
Pourtant, Halima ne s&#8217;en plaint jamais.<br />
Elle est consciente de son influence et de sa responsabilité comme poète.<br />
Et elle reste étonnamment fière dans sa poésie.</p>
<p>HALIMA (traduction) :</p>
<p><em>Peuple de Hargeisa, je vais vous dire une petite chose.</em><br />
<em>Nous sommes un peuple en lutte.</em><br />
<em>Nous avons survécu au pire.</em><br />
<em>Le coeur et l&#8217;amour que nous avons ramenés dans notre pays seront bientôt comblés.</em><br />
<em>Arrêtez de vous plaindre de la famine.</em><br />
<em>Arrêtez d&#8217;attendre des organisations qu&#8217;elles vous nourrissent.</em><br />
<em>Supplier et tendre la main n&#8217;arrêteront pas la faim</em><br />
<em>et les difficultés auxquelles vous êtes confrontés.</em><br />
<em>Ca, c&#8217;est un fait.</em><br />
<em>Notre pays est riche.</em><br />
<em>Vous y trouvez toutes sortes de choses :</em><br />
<em>maïs, sorgho et trois types d&#8217;huile.</em><br />
<em>Le tournesol et le sésame brillent au soleil.</em><br />
<em>Les arachides poussent dans le sol.</em><br />
<em>Vous avez tous les légumes et tous les fruits.</em><br />
<em>Tout ce que vous avez à faire,</em><br />
<em>c&#8217;est de vous mettre à genoux et de manger votre paradis.</em></p>
<p>Son : Mélodie sifflée</p>
<p>HALIMA (traduction) :</p>
<p><em>Peu de femmes récitent des poèmes. Elles ont peur de s&#8217;exposer devant des groupes et de parler de certaines choses. Elles ont même peur de participer à des réunions ou des rassemblements. Il y en a qui sont envahies par les émotions. Elles veulent parler mais elles ne le peuvent pas. Il y en a qui, à cause de leur peur, ne peuvent pas dire ce qu&#8217;elles ont composé. Elles ressentent si profondément ce qu&#8217;elles ont à dire qu&#8217;il leur est impossible de ne pas s&#8217;effondrer en larmes. Elles se rappellent de cette sale guerre, et c&#8217;est là qu&#8217;elles pleurent&#8230; Moi aussi, je pleure. Quand je vois beaucoup de bonheur, je pleure.</em></p>
<p>Son : chanson d&#8217;amour somalienne</p>
<p>HALIMA (traduction) :</p>
<p><em>Si notre vie change, c&#8217;est possible que je fasse des poèmes joyeux. Les poèmes sur la paix viendront quand nous aurons une réelle paix. Quand chacun regagnera sa région et que nous trouverons ce que nous désirons. Si Dieu le veut. Quand la vie changera et que nous serons mieux qu&#8217;avant, nos poèmes seront inscrits dans l&#8217;histoire.</em></p>
<p>Son : chanson d&#8217;amour</p>
<p>COMMENTATEUR :</p>
<p>&laquo;&nbsp;<em>Partout où je suis allé,</em> dit cette chanson somalienne, <em>que ce soit en Afrique, en Angleterre ou en France, je n&#8217;ai jamais vu une beauté comparable à la tienne.</em><br />
<em>Je suis sûr que tu es unique en Afrique.</em><br />
<em>Quand je te vois, les larmes emplissent mes yeux, et mon cœur, plein d&#8217;amour, se fissure comme un miroir.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Son : chanson d&#8217;amour</p>
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		<title>Afrique: C&#8217;est encore loin le libre-échange?</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Jun 1996 16:35:24 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Routes défoncées, tracasseries administratives, barrages routiers, gendarmes corrompus: le chemin de croix des petits commerçants d'Afrique de l'Ouest.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"> <em>1ière publication : La Presse, Montréal, juin 1996</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>- Cotonou, Bénin.</em> Julius fait son signe de croix et appuie sur l&#8217;accélérateur. Dans un vacarme effrayant, son autobus préhistorique s&#8217;arrache du parc de stationnement de la gare de Cotonou. Sur le toît : 700 kilos de pagnes, de souliers, de médicaments traditionnels et de fétiches (têtes de chats et de chiens, caméléons séchés, etc.) que les trente passagers entassés à l&#8217;intérieur espèrent revendre en Côte-d&#8217;Ivoire, après avoir traversé le Togo et le Ghana. Pour y arriver, une course d&#8217;obstacles d&#8217;une lenteur affolante : trois jours sur 900 kilomètres de routes défoncées, des tracasseries administratives sans fin, des postes frontière congestionnés, des fouilles humiliantes et 50 barrages routiers où des gendarmes corrompus attendent leurs pots-de-vin. A bord de leur tas de ferraille, ces voyageurs intrépides portent tout le poids des entraves à ce qui pourrait devenir un puissant stimulant économique pour l&#8217;Afrique et mettre un frein à sa marginalisation croissante : le libre-échange.</p>
<p style="text-align: right;"><em>*Cliquez pour agrandir</em><strong><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/Cotonou-Abidjan.jpg"><img class="alignnone" style="border: 1px solid black;" title="Cotonou-Abidjan: 900 kilomètres de routes défoncées, des tracasseries administratives sans fin, des postes frontière congestionnés, des fouilles humiliantes et 50 barrages routiers où des gendarmes corrompus attendent leurs pots-de-vin." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/11/Cotonou-Abidjan.jpg" alt="Cotonou-Abidjan: 900 kilomètres de routes défoncées, des tracasseries administratives sans fin, des postes frontière congestionnés, des fouilles humiliantes et 50 barrages routiers où des gendarmes corrompus attendent leurs pots-de-vin." width="615" height="224" /></a></strong></p>
<p><em></em>L&#8217;Afrique, bloc économique ? Pour l&#8217;instant, c&#8217;est un continent éclaté en une cinquantaine de gouvernements qui évoluent chacun pour son compte, des petits Etats qui n&#8217;ont pas individuellement les moyens d&#8217;assurer leur croissance et leur développement, et qui se contentent de subir les fluctuations de l&#8217;économie mondiale. Dans le nouvel univers des blocs, l&#8217;Afrique compte pour des poussières : 600 millions d&#8217;habitants pour un produit intérieur brut comparable à celui de l&#8217;Ontario (10 millions d&#8217;habitants). Economiquement, le continent est en train de disparaître de la face du globe. Les produits africains représentent 2 % des échanges internationaux. Dans trois ou quatre ans, ce ne sera plus que 0,5 % !</p>
<h4>Le commerce de l&#8217;ombre</h4>
<blockquote><p><em>&laquo;&nbsp;Le problème de l&#8217;Afrique</em>, explique l&#8217;économiste ivoirien François Monckeh, <em>ce n&#8217;est pas de conquérir les marchés extérieurs. C&#8217;est de conquérir son propre marché. Et la seule façon d&#8217;y arriver, c&#8217;est par l&#8217;intégration.&nbsp;&raquo;</em></p></blockquote>
<p>Pour y parvenir, les problèmes à résoudre sont d&#8217;une complexité prodigieuse. L&#8217;Afrique n&#8217;est pas un tout mais un mélange de cultures très variées, de régimes politiques plus ou moins stables et d&#8217;Etats déchirés par la guerre civile. Pour que les Africains profitent vraiment d&#8217;une zone de libre-échange, il faudrait relever leur pouvoir d&#8217;achat. Ajouter des pauvres à d&#8217;autres pauvres ne suffirait pas à créer un marché dynamique.</p>
<p>Dans ces conditions, ceux qui défendent encore le beau rêve des &laquo;&nbsp;Etats-Unis d&#8217;Afrique&nbsp;&raquo; sont perçus comme des idéalistes un peu excentriques. On ne parle plus que d&#8217;intégration &laquo;&nbsp;régionale&nbsp;&raquo;, des zones de libre-échange limitées au Maghreb, à l&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest, à l&#8217;Afrique australe ou à l&#8217;Afrique centrale.</p>
<p>Mais au niveau régional, comme dans l&#8217;ensemble du continent, le problème de l&#8217;intégration, c&#8217;est qu&#8217;il y a peu de choses à intégrer : les grandes productions destinées à l&#8217;exportation (café, cacao, coton, etc.) ne sont pas orientées vers le marché africain. Depuis la colonisation, les Africains sont enfermés dans un cercle vicieux de domination économique : pour l&#8217;essentiel, ils produisent ce qu&#8217;ils ne consomment pas et consomment ce qu&#8217;ils ne produisent pas. <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/06/benin8.jpg"><img class="size-full wp-image-2859 alignleft" style="margin-right: 7px; margin-top: 7px;" title="benin8" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/06/benin8.jpg" alt="" width="400" height="259" /></a>Certaines marchandises, pour la plupart importées, circulent assez librement d&#8217;un pays à l&#8217;autre. Dans les faits, une forme d&#8217;intégration économique existe déjà au niveau des populations. Le malheur, c&#8217;est qu&#8217;elle s&#8217;appelle contrebande.</p>
<p>Le Bénin en est un exemple frappant. Ce petit pays de cinq millions d&#8217;habitants vit en principe du coton et du palmier à huile. En réalité, c&#8217;est le royaume de la contrebande, un Etat entrepôt qui tire sa subsistance des trafics en tous genres avec le Nigéria voisin, un marché de cent millions d&#8217;habitants. Dans la frange est du pays, à peu près tout le monde, fonctionnaires, commerçants et cultivateurs, est impliqué dans ce qu&#8217;on appelle pudiquement &laquo;&nbsp;le commerce de réexportation&nbsp;&raquo; vers le Nigéria (magnétoscopes, postes radio et motocyclettes importés d&#8217;Asie).</p>
<p>A Cotonou, Soulé Bio Goura termine une thèse de doctorat sur la contrebande. Comme la plupart des étudiants du Bénin, il a financé ses études grâce à&#8230; la contrebande. En l&#8217;absence de libre-échange, explique-t-il, ce commerce extrêmement bien organisé s&#8217;est profondément enraciné dans la culture.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Il repose entre autre sur la différence de valeur entre les monnaies utilisées. Il y en a neuf en Afrique de l&#8217;Ouest et une seule est convertible, le franc CFA. Les Nigérians, les Ghanéens et autres se ruent sur les pays qui ont cette monnaie convertible pour vendre leurs marchandises contre des devises qui leur serviront à financer leurs importations.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>D&#8217;après Soulé Bio Goura, même si ses coffres restent vides, le Bénin trouve son compte dans la situation actuelle.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Indirectement, l&#8217;Etat tire la paix sociale. Que deviendraient tous ces gens si ce commerce n&#8217;existait pas ?&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>Un changement brutal vers l&#8217;union monétaire et l&#8217;harmonisation des politiques économiques serait catastrophique pour le Bénin qui ne fait pas le poids à côté du géant nigérian. Les espoirs de libre-échange se heurtent à cet obstacle majeur en Afrique : les petits pays ont peur de se faire manger par les grands.</p>
<p>John Igué, professeur de géographie à l&#8217;Université de Cotonou, rêve que ce commerce de l&#8217;ombre se fasse au grand jour.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Si les pays africains abolissaient les barrières douanières, ils pourraient mettre en commun leurs ressources de développement, créer l&#8217;opportunité d&#8217;un marché et développer leur propre production. Avec un pays comme le Bénin, où moins de 100 000 personnes ont un pouvoir d&#8217;achat pour soutenir une production industrielle (les autres ont un revenu annuel de moins de 125 $), on ne peut pas se développer !&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<h4>Douaniers sans frontières</h4>
<p><em><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/06/benin9.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2863" style="margin-left: 7px; border: 1px solid black;" title="benin9" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/06/benin9.jpg" alt="" width="400" height="259" /></a>- Agbodrafo, Togo.</em> Un gendarme force l&#8217;arrêt de l&#8217;autobus de Julius, monte à bord et examine l&#8217;échantillon de feuilles que le guérisseur transporte. &laquo;&nbsp;<em>Ca guérit quoi ?</em>&laquo;&nbsp;, demande-t-il. &laquo;&nbsp;<em>C&#8217;est pour la constipation, répond le médecin traditionnel. Vous pouvez essayer si vous voulez.</em>&nbsp;&raquo; Le gendarme est de mauvais poil : ce sera 4000 francs CFA (12 $), sans quoi l&#8217;autobus n&#8217;ira pas plus loin. Résigné, le guérisseur tend les billets et le policier fait le magnanime : &laquo;&nbsp;<em>Vous savez que, normalement, il n&#8217;y a pas de pitié entre nous. Mais puisqu&#8217;il est tard, qu&#8217;il y a des femmes, des bébés, un Blanc&#8230;</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Une cinquantaine de &laquo;&nbsp;douanes intérieures&nbsp;&raquo; balisent la route Cotonou-Abidjan, des barrages routiers où les forces de l&#8217;ordre, censées permettre l&#8217;application de la réglementation nationale, rançonnent les voyageurs et commerçants.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/06/benin10.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2864" style="margin-right: 7px; border: black 1px solid;" title="benin10" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/06/benin10.jpg" alt="" width="400" height="259" /></a>Aux frontières officielles, la corruption se manifeste avec encore plus d&#8217;éclat. Le salaire d&#8217;un douanier est dérisoire mais, pour chaque ouverture de poste, les candidats se comptent par milliers. Parce que les &#8216;bénifices marginaux&#8217; sont mirobolants : pourboires, cadeaux et faveurs spéciales. Pour ouvrir les frontières, certaines voyageuses acceptent de se faire dédouaner en nature. La pratique est tellement courante, dit-on, qu&#8217;une génération de fils de douaniers est née dans le sillage de ces commerçantes sans le sou.</p>
<p><em>- Accra, Ghana.</em> Hiro Hariram porte les marques de sa réussite aux Etats-Unis : bagues aux doigts, chaîne en or sur sa chemise échancrée. Il respire la confiance. Ce Ghanéen, qui a fait fortune au Texas dans les jus de fruits, veut maintenant conquérir le marché africain. Pour l&#8217;approbation de ses plans de construction, la permission d&#8217;établir son industrie ou d&#8217;importer de la machinerie sans payer de taxes, il applique une recette éprouvée : les pots-de-vin.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Tu n&#8217;as pas besoin de beaucoup d&#8217;argent. Ce qu&#8217;il faut, pour percer les monopoles, c&#8217;est beaucoup de patience et de très bons contacts.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>H. Hariram est africain. Il connaît la musique. Quand des investisseurs américains lui demandent conseil, séduits par le potentiel de l&#8217;Afrique mais intimidés par son instabilité politique et la complexité de ses marchés, sa réponse tombe comme une douche froide : &laquo;&nbsp;<em>Vous feriez une dépression nerveuse dans la première semaine.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Les Africains, dit-il, manquent de main-d&#8217;oeuvre qualifiée et de productivité. Leurs réglementations, héritées de textes français ou anglais très anciens, sont souvent contradictoires. Pour transférer des fonds d&#8217;un pays à l&#8217;autre, les formalités bancaires prennent des mois. &laquo;&nbsp;Les hommes d&#8217;affaires africains manquent d&#8217;esprit d&#8217;entreprise, ajoute-t-il. Ils sont trop émotifs. Ils te disent une chose et en font une autre.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Cette critique est un peu hâtive. Il est vrai que, depuis les indépendances, les Etats ont exercé une très forte mainmise sur l&#8217;activité économique. Mais à en juger par les flux énormes de marchandises qui traversent les frontières malgré toutes les difficultés, il y a peu de doute que les Africains soient doués pour les affaires. Avant la pénétration européenne, le commerce battait son plein entre différentes régions de l&#8217;Afrique. De puissants réseaux marchands, fondés sur la complémentarité de ces régions, sont toujours bien vivants aujourd&#8217;hui. En Afrique de l&#8217;Ouest par exemple, les pays sahéliens échangent leur main-d&#8217;oeuvre, leur bétail et leurs légumes contre les produits industriels, agricoles et importés des pays côtiers.</p>
<h4>Caméléons et nids-de-poule</h4>
<p><em><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin5.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2842" style="margin-left: 7px; border: black 1px solid;" title="benin5" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2012/01/benin5.jpg" alt="" width="259" height="400" /></a>- Cape Coast, Ghana.</em> Le bruit d&#8217;explosion est assourdissant. Le mastodonte surchargé tangue dangereusement, évite le fossé et réussit à s&#8217;immobiliser. Les voyageurs, furieux, évacuent l&#8217;épave et trouvent une explication surnaturelle à leur sixième crevaison en deux jours : &laquo;&nbsp;<em>C&#8217;est à cause des caméléons séchés !</em>&laquo;&nbsp;, clame un jeune aux yeux exorbités, l&#8217;index tremblotant vers la propriétaire toute piteuse des reptiles déshydratés. A voir les centaines de nids-de-poule qui jonchent la route depuis Cotonou, les caméléons, de toute évidence, ont le dos large.</p>
<p>Presque partout en Afrique, l&#8217;état lamentable des routes empêche la circulation rapide des marchandises et des personnes. Il faut des infrastructures de transport et de communication pour créer une zone de libre-échange. Mais un simple coup d&#8217;oeil sur une carte suffit pour se convaincre que les réseaux routier et ferroviaire n&#8217;ont pas été conçus pour les Africains : il est beaucoup plus facile de se rendre des zones de production des matières premières aux ports que rallier le pays voisin.</p>
<p>Autre prérequis du libre-échange : des pays stables qui se complètent économiquement. Mais partout, les Africains ont hérité de frontières artificielles tracées à la règle par des colonisateurs qui ne se sont pas embarrassés de leurs réalités historiques. Résultat : des Etats enclavés, sans débouché naturel pour leurs exportations (comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger), et des aberrations géographiques qui ne tiennent nullement compte des affinités ethniques et culturelles des populations.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Je suis d&#8217;un groupe ethnique partagé entre 4 Etats, souligne John Igué, les Yorubas. Cette partition est facteur de revendications territoriales et culturelles, ce qui se traduit par des pertes d&#8217;énergie énormes. Le manque d&#8217;unité des tribus empêche les Africains d&#8217;avoir une vision d&#8217;avenir.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>Selon le professeur Igué, l&#8217;intégration pourrait diminuer les oppositions tribales. Elle pourrait aussi, en permettant aux Etats de mettre leurs ressources en commun, diminuer les gaspillages.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Chaque pays, aussi petit soit-il, a son armée, ses ambassades, son université. Il y a 22 ministres en Gambie pour 300 000 habitants. Et chacun veut une Mercedes !&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p><em>- Abidjan, Côte d&#8217;Ivoire.</em> Juste avant minuit, après soixante heures de voyage inconfortable, le dernier obstacle est en vue à l&#8217;entrée d&#8217;Abidjan. Comme pour le bouquet final d&#8217;un feu d&#8217;artifices de la corruption, ils sont tous là : douaniers, gendarmes, policiers, militaires, fonctionnaires du ministère des Eaux et Forêts. &laquo;&nbsp;<em>Envoyez les pièces</em>&laquo;&nbsp;, dit mollement un représentant de l&#8217;ordre. Les passagers et le chauffeur font les comptes. En trois jours de distribution de &laquo;&nbsp;pourboires&nbsp;&raquo;, certains voient s&#8217;envoler leurs derniers espoirs de profits sur la vente de leur marchandise. Le douanier vissé à sa chaise compte ses billets et lève la tête. &laquo;&nbsp;<em>A la prochaine</em>&laquo;&nbsp;, dit-il avec un sourire sadique.</p>
<h4>Objectif 2025</h4>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Les vrais obstacles à l&#8217;intégration ne se trouvent pas sur la route, explique l&#8217;homme d&#8217;affaires abidjanais Félix Dick. L&#8217;intégration, c&#8217;est d&#8217;abord un état d&#8217;esprit.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>Depuis des années, les dirigeants africains multiplient les conférences sur l&#8217;unité économique et politique. Le continent dépense des millions dans 200 organismes qui visent à favoriser l&#8217;intégration régionale ! Pourtant, il y a de moins en moins d&#8217;échanges officiels entre les pays africains. En trente ans, ils sont passés de 9 % à 6 % du total de leurs exportations. A sa fondation, l&#8217;O.U.A. (Organisation de l&#8217;unité africaine) visait une forme d&#8217;intégration économique parmi ses membres avant l&#8217;an 2000. Récemment, elle a repoussé l&#8217;échéance à l&#8217;an 2025. Mais pour la majorité des observateurs, dans l&#8217;état actuel des choses, cet objectif demeure irréaliste.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;C&#8217;est la Côte d&#8217;Ivoire qui peut susciter la véritable intégration en Afrique de l&#8217;Ouest, souligne F. Dick. Mais l&#8217;Ivoirien est assez fier. Il préfère traiter avec les Européens ou les Américains. Il ne se sent pas à l&#8217;aise avec ces Africains qui sont d&#8217;abord préoccupés par leur survie.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>Le chercheur béninois Soulé Bio Goura renchérit :</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Pour les Africains, la référence, c&#8217;est l&#8217;étranger. Tout ce qui est supérieur, tout ce qui est à atteindre, est à l&#8217;extérieur et non pas dans le voisinage. C&#8217;est le seul continent au monde comme ça !&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>S. B. Goura croit que l&#8217;Afrique sera obligée, pour s&#8217;en sortir, de se replier sur elle-même.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;La marginalisation a déjà commencé. Il y a une diminution de l&#8217;aide internationale, une baisse des cours mondiaux pour nos matières premières et un exode de nos cerveaux. Il va être de plus en plus difficile d&#8217;importer des produits de l&#8217;extérieur à cause d&#8217;un manque de devises. Les grandes mutations naissent des crises : les Africains vont être confinés à un espace de misère de plus en plus grande qui va les obliger à la créativité.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>Signes d&#8217;espoir, certains attendent de la nouvelle Afrique du Sud (20 % du P.N.B. du continent) qu&#8217;elle devienne le moteur de l&#8217;intégration en Afrique, d&#8217;autres espèrent que la démocratisation en cours change les mentalités. Une fois les conditions de l&#8217;intégration réunies, selon l&#8217;économiste François Monckeh, les Africains pourront réaliser tout leur potentiel.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;L&#8217;Afrique ne doit pas essayer de lancer des missiles ou d&#8217;explorer Mars. Elle peut exploiter des filières qui lui sont propres.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>John Igué va plus loin :</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Les matières premières ? C&#8217;est terminé comme élément de stratégie. Les pays les plus endettés du continent sont ceux qui ont le plus de matières premières : la Côte-d&#8217;Ivoire, le Zaïre, le Nigéria. Il y a une seule valeur qui compte : la capacité technologique. Si on réduisait le nombre d&#8217;universités et qu&#8217;on en faisait des forums de savoir plutôt que des forums de débats politiques, l&#8217;Afrique se démarquerait dans plusieurs domaines, comme le développement de l&#8217;énergie solaire, la recherche sur le paludisme et le sida, la pharmacopée.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>Les dirigeants africains, fiers de leur indépendance relativement récente, sont-ils prêts à céder une partie de leurs pouvoirs pour faire l&#8217;intégration ? John Igué croit qu&#8217;ils n&#8217;ont pas le choix.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Ce n&#8217;est pas une question d&#8217;acceptation mais de processus incontournable sur le plan historique. Tôt ou tard, les frontières vont finir par tomber, qu&#8217;on le veuille ou non. Un bloc africain ? Ce n&#8217;est qu&#8217;une question de temps.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p align="right"> </p>
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		<title>Liberia: Une avocate chez les fous de guerre</title>
		<link>http://www.bourgoing.com/1996/05/avocate-chez-les-fous-de-guerre/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=avocate-chez-les-fous-de-guerre</link>
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		<pubDate>Tue, 14 May 1996 12:18:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Liberia]]></category>
		<category><![CDATA[Presse]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Un article paru dans le quotidien montréalais La Presse en 1996.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><em>Première publication: La Presse, mai 1995</em></p>
<blockquote><p><em><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/05/boudreault2.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1854" style="border: 0px;" title="boudreault2" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/05/boudreault2.jpg" alt="" width="450" height="291" /></a>Quand j&#8217;étais petite, j&#8217;avais des rêves de Jeeps, de blessés, de jungle&#8230;</em></p></blockquote>
<p>Lise Boudreault parle sans presque jamais reprendre son souffle. Pour décrire sa nouvelle vie, les images se bousculent, les mots sortent en rafales.</p>
<blockquote><p><em>&#8230; à cinq ans, une tante m&#8217;a demandé : &laquo;&nbsp;Tu veux faire quoi quand tu seras grande ?&nbsp;&raquo; J&#8217;ai dit : &#8216;Je veux être missionnaire&#8217;&#8230;</em></p></blockquote>
<p>L. Boudreault, la petite fille du boulevard Riel à Hull, est devenue spécialiste du droit de la guerre. Aujourd&#8217;hui, pour gagner sa vie, elle élit domicile dans les points chauds de la planète. Quand elle s&#8217;installe au volant de sa 4X4 le matin, c&#8217;est pour pénétrer dans un monde fait d&#8217;épidémies, de massacres et de famines. Et quand elle se présente au travail, c&#8217;est souvent pour faire entendre raison à des psychopathes, rassurer des enfants-soldats armés jusqu&#8217;aux dents, ou côtoyer des cannibales.</p>
<p>Lise Boudreault représente le Comité International de la Croix-Rouge (C.I.C.R.) dans des pays en guerre. Depuis deux ans, elle rencontre des belligérants, leur présente le travail de la Croix-Rouge, essaie de les convaincre que l&#8217;organisation est impartiale, et leur enseigne l&#8217;a b c du droit humanitaire.</p>
<blockquote><p><em>Ca veut dire essayer de leur faire comprendre qu&#8217;il y a des règles dans la guerre, qu&#8217;on peut viser un objectif militaire mais qu&#8217;il faut distinguer un combattant d&#8217;un non-combattant, que les femmes et les enfants devraient être épargnés </em>(<a title="Les Conventions de Genève" href="http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/genevaconventions" target="_blank">en savoir plus sur les Conventions de Genève</a>)<em>.</em></p></blockquote>
<p>Dans un hôpital désert de Kigali au Rwanda, sa nouvelle mission, la juriste de la guerre, qui a fait ses premières armes dans l&#8217;Afrique du sud de l&#8217;apartheid et au Libéria, se dit nerveuse d&#8217;affronter un journaliste. Elle allume une cigarette, ouvre une bière et, avant d&#8217;entamer son histoire, prend une profonde inspiration.</p>
<h3>&laquo;&nbsp;Je reviens de l&#8217;enfer&nbsp;&raquo;</h3>
<blockquote><p><em>Je ne sais pas si des gens vont se rappeler de ces images de la presse où on voyait, il y a quelques années, des hommes en robes de mariées et en souliers à talons hauts qui portaient des perruques roses, oranges, vertes, avec leur kalachnikov ou leur M-16, et des munitions en bandoulière. C&#8217;était des images assez difficilement compréhensibles pour nous. Au mois d&#8217;août dernier, on a vu réapparaître ces hommes en transe avec leurs déguisements.</em></p></blockquote>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/liberia02.jpg"><img class="size-full wp-image-1830 alignright" style="margin: 7px;" title="liberia02" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/liberia02.jpg" alt="" width="230" height="129" /></a>L. Boudreault revient du Libéria, où la guerre civile a atteint une telle sauvagerie qu&#8217;elle a forcé l&#8217;évacuation en catastrophe, à la mi-septembre, de toutes les organisations humanitaires. Un conflit barbare qui, après cinq ans, est tombé dans l&#8217;oubli médiatique. Des soldats qui barrent leur bout de route avec des cordes d&#8217;intestins de leurs ennemis et qui, pour ralentir l&#8217;approche des rares véhicules, les obligent à zigzaguer entre des piles de crânes humains.</p>
<blockquote><p><em>Le Libéria est un environnement hostile de toutes les façons. Par rapport aux bêtes, c&#8217;est le pays des serpents, des scorpions et tout. Au niveau des maladies, dans notre petite équipe de trente personnes, il fallait évacuer des gens toutes les semaines pour des malarias ou des virus qu&#8217;on ne connaît pas. Pendant la saison des pluies, il pleut 24 heures par jour, sept jours par semaine, pendant des mois. Il n&#8217;y a pas d&#8217;eau courante, pas d&#8217;électricité. Et à côté de ça, une situation politique et militaire dangereuse, qui se joue à la seconde près, des gens avec qui on parle un moment et qui l&#8217;instant d&#8217;après retournent leur kalachnikov vers vous. On ne peut jamais prévoir ce qui va se passer. A chacun des barrages militaires, ce n&#8217;est jamais simple. Il y en a tous les 200 mètres. Sur un trajet de 120 kilomètres, on va mettre 4 heures parce qu&#8217;à chaque fois il faut négocier la sortie. La route ? C&#8217;est de la piste où on reste embourbé, il faut prendre le treuil et essayer de s&#8217;en sortir. Enfin bref, il n&#8217;y a jamais un moment où on peut dire Ouf ! Bon là, je respire !</em></p></blockquote>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2008/10/0877rwanda9409_small.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-140" style="margin: 7px;" title="Lise Boudreault, spécialiste du droit humanitaire" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2008/10/0877rwanda9409_small-300x194.jpg" alt="" /></a>Pendant sept mois, au volant de son tout terrain, avec pour seule protection le drapeau de la Croix-Rouge et son contact radio avec l&#8217;équipe locale du C.I.C.R., elle a visité les seigneurs de la guerre du Libéria, généraux et commandants des factions rivales retranchés dans leurs Q. G., et fait la tournée de leurs vassaux en poste aux barrages routiers. Expliquer les conventions de Genève à des enfants en armes terrés derrière des piles de sacs de sable est une expérience qu&#8217;elle n&#8217;oubliera pas de si tôt.</p>
<blockquote><p><em>C&#8217;est sûr que c&#8217;est bien différent travailler avec les hommes sur le terrain. Il faut savoir qu&#8217;il y a des combattants qui ont quatorze, douze, dix ans, qu&#8217;il y a des problèmes d&#8217;alcool et de drogue. Donc il faut avoir un discours très très simplifié avec eux.</em></p></blockquote>
<p>A son arrivée en février, il était question que les Libériens des trois factions rivales appliquent des accords de paix. Quand elle est partie, à l&#8217;automne, les espoirs de paix avaient fait place à une situation encore plus chaotique, avec sept factions armées.</p>
<blockquote><p><em>Pour simplement arriver à sortir du pays, ça a été toute une poussée d&#8217;adrénaline (rire). Nous avions de bonnes raisons de croire qu&#8217;on y arriverait jamais. Il y avait cette espèce de piste où les avions ne pouvaient plus atterrir et où, deux jours avant qu&#8217;on parte, le dernier s&#8217;était écrasé et avait brûlé. Il n&#8217;y avait pas moyen de sortir par la mer. Il y a des moments tellement tendus que lorsque ça s&#8217;apaise un peu, c&#8217;est un grand sentiment, d&#8217;une intensité multipliée par 200 ou 1000. Mais il y a peu de ces moments-là. Et il ne faut pas compter là-dessus pour être heureuse dans sa mission parce que ça serait un mauvais calcul.</em></p></blockquote>
<p>Lise Boudreault a pu s&#8217;échapper par la route.</p>
<blockquote><p><em>Quand je suis sortie de là, pour moi, même le Rwanda allait être très simple. J&#8217;ai eu énormément de difficulté à en parler. J&#8217;avais tendance à résumer en disant: &#8216;J&#8217;arrive de l&#8217;enfer&#8217;. Et c&#8217;est tout ce que j&#8217;arrivais à dire.</em></p></blockquote>
<p>Plusieurs jours ont passé avant qu&#8217;elle en parle à une copine (qui en fera des cauchemars). En sécurité à Genève, devant une bouteille de vin, elle a fait alors ce qu&#8217;elle se permet rarement de faire : ce monument de sang-froid a craqué. Lise Boudreault a pleuré.</p>
<h3>Cannibales et travestis</h3>
<p><a title="Source: http://imageshack.us/photo/my-images/260/0e116ef32wt.jpg/sr=1" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Liberia07.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1843" style="margin: 7px;" title="Source: http://imageshack.us/photo/my-images/260/0e116ef32wt.jpg/sr=1" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Liberia07.jpg" alt="Source: http://imageshack.us/photo/my-images/260/0e116ef32wt.jpg/sr=1" width="327" height="512" /></a>A première vue, cela paraît insensé, presque irréel : essayer de faire rire un gamin nerveux qui joue de la gâchette, convaincre un guerrier éméché qu&#8217;il sera un grand soldat s&#8217;il permet l&#8217;évacuation de ses ennemis blessés, s&#8217;interposer au risque de sa vie entre des gens qui se tirent dessus, et leur faire accepter que s&#8217;ils veulent s&#8217;entretuer, ils doivent le faire sans enfreindre la loi, i.e. en respectant les traités que leur pays a signés. Comment garder la tête froide dans ces situations ?</p>
<blockquote><p><em>Avant de dire &#8216;Je suis choquée! C&#8217;est inacceptable!&#8217;, je me dis plutôt : Pourquoi ? Tout doit avoir un sens.</em></p></blockquote>
<p>Les soldats déguisés en femmes ?</p>
<blockquote><p><em>C&#8217;est sûr qu&#8217;au début on ne se sent pas très à l&#8217;aise. C&#8217;est impressionnant. Mais il y a une explication semble-t-il. Si le soldat qui part au combat porte des attributs féminins, il croit que ça lui donne une sorte de force mystique, de protection et d&#8217;invulnérabilité.</em></p></blockquote>
<p>L. Boudreault a appris à jongler avec l&#8217;absurde. Le cannibalisme au Libéria ?</p>
<blockquote><p><em>C&#8217;est vrai qu&#8217;il y a des parties du corps de l&#8217;ennemi qui sont mangées, parfois même avant sa mort. On se dit : &#8216;Ce ne sont pas des humains ! Ce sont des cannibales, des sauvages, des bêtes !&#8217; Mais ce n&#8217;est pas si simple que ça. Il faut le remettre dans le contexte de l&#8217;Afrique et des influences animistes. Les gens se disent par exemple qu&#8217;en mangeant le coeur de quelqu&#8217;un, ça va leur donner de la force.</em></p></blockquote>
<p>Une autre pirouette nécessaire pour conserver son équilibre: elle se retranche derrière son devoir de neutralité comme déléguée du C.I.C.R.</p>
<blockquote><p><em>Sans excuser certains actes, sans dire : &#8216;Je suis pour ou contre&#8217;, on se dit: &#8216;C&#8217;est un fait. Peu importe ce qu&#8217;ils ont fait, que je les comprenne ou non, ils demeurent des êtres humains, ce sont mes interlocuteurs, je leur dois un certain respect. Je n&#8217;ai pas le droit de les juger.&#8217;</em></p></blockquote>
<p>Mais l&#8217;autosuggestion a ses limites. Devant quelqu&#8217;un qui a mangé les testicules de son ennemi à l&#8217;agonie (c&#8217;est le sort qu&#8217;aurait réservé Prince Johnson, un chef de guerre libérien, à l&#8217;ancien président Samuel Doe), elle reconnaît que ça vous coupe l&#8217;envie d&#8217;aller feuilleter des traités d&#8217;ethnologie.</p>
<blockquote><p><em>Je pense, sans aller trop loin en psychologie, que certains de ces gens-là sont un peu psychopathes. Je pense qu&#8217;on est d&#8217;accord là-dessus&#8230; Il y a des gens avec qui il n&#8217;y a pas moyen d&#8217;avoir une conversation. Mais à côté de ça, c&#8217;est assez étonnant d&#8217;en voir d&#8217;autres qui ont fait à peu près toutes les violations imaginables et inimaginables des Conventions de Genève et qui, quand même, après une journée de violence, ont des moments de lucidité où ils se disent &#8216;Non mais, ça suffit. On en a assez fait. Il serait peut-être temps finalement que le Libéria retrouve la paix et qu&#8217;on arrête toute cette histoire.&#8217; Alors que moi je ne leur ai jamais parlé de paix. J&#8217;étais là pour leur parler du droit de la guerre !</em></p></blockquote>
<h3>Fonceuse mais pas blindée</h3>
<p>Lise Boudreault se rappele de l&#8217;étincelle qui l&#8217;a conduite de l&#8217;Outaouais au Libéria.</p>
<blockquote><p><em>Il semblerait que mon professeur de deuxième année au primaire m&#8217;ait raconté l&#8217;histoire d&#8217;Henry Dunant.</em></p></blockquote>
<p>En entendant le récit de ce Suisse qui, au siècle dernier, a été marqué par le sort affreux de blessés laissés à l&#8217;agonie dans un champ de bataille du nord de l&#8217;Italie, ce qui l&#8217;a poussé à fonder la Croix-Rouge, la petite Lise découvre sa voie.</p>
<blockquote><p><em>Ca a dû me marquer parce que dans mon livre de catéchèse, j&#8217;avais dessiné plein de petites croix rouges.</em></p></blockquote>
<p>Adolescente, elle n&#8217;a plus qu&#8217;une idée fixe : travailler un jour pour le C.I.C.R., peu importe qu&#8217;elle n&#8217;ait pas la nationalité suisse, pourtant un prérequis essentiel pour être recrutée par l&#8217;organisation très soucieuse de son image de neutralité. L. Boudreault s&#8217;emploie à devenir indispensable. Elle travaille pour la Croix-Rouge canadienne et fait son doctorat à Genève en droit international humanitaire. Finalement, le C.I.C.R. cède devant sa détermination et, pour la première fois, fait une exception à sa règle de n&#8217;engager que des Suisses pour diffuser son message humanitaire.</p>
<p>Lise Boudreault est une fonceuse. Elle n&#8217;a rien d&#8217;une minette chétive qui s&#8217;en laisserait imposer. N&#8217;empêche, quand elle se présente sur la ligne de front, elle surprend.</p>
<blockquote><p><em>Pour une femme blanche, surtout en Afrique, c&#8217;est évident qu&#8217;au départ, on est une curiosité. Les gars rigolent. On se fait proposer toutes sortes de choses. Puis ensuite, quand on entre en matière, ils sont un peu étonnés et disent : &#8216;Mais vous avez un background militaire! Vous avez fait la guerre pour nous expliquer des choses comme ça!&#8217; Et à partir de ce qui démarre comme un cirque, on finit par avoir leur respect. C&#8217;est sûr que ça peut toujours&#8230;</em> (elle se râcle la gorge)<em> &#8230;il peut y avoir parfois des petits dérapages, justement parce qu&#8217;on est des femmes et que ce sont des hommes. Mais de façon générale, j&#8217;ai été plutôt bien accueillie, même si c&#8217;était pour de mauvaises raisons.</em></p></blockquote>
<p>Malgré les apparences, L. Boudreault croit qu&#8217;être une femme comporte certains avantages dans son métier.</p>
<blockquote><p><em>Dans les forces armées régulières, un soldat est très fier d&#8217;être soldat, et en ce sens-là, un homme qui est un civil, comme mes collègues masculins, attire un peu moins le respect qu&#8217;une femme qui, au départ, n&#8217;est pas supposée être impliquée là-dedans.</em></p></blockquote>
<p>Dans ce métier, s&#8217;il n&#8217;y a pas de place pour les états d&#8217;âme, il faut une bonne dose de sensibilité.</p>
<blockquote><p><em>Je me souviens de m&#8217;être dit pendant vingt ans que je devais me blinder. Je pense que si on se blinde complètement, émotivement, on n&#8217;est plus très utile au boulot.</em></p></blockquote>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/liberia05.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1837" title="liberia05" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/liberia05.jpg" alt="Source: http://africamix.blog.lemonde.fr/category/afrique/page/4/" width="457" height="308" /></a>Pour travailler dans ces conditions, on ne peut pas être indifférent à la misère humaine, mais il faut savoir s&#8217;en détacher. Comme la guerre les expose à des situations extrêmes, tous les délégués du C.I.C.R. n&#8217;y parviennent pas. La Croix-Rouge engage à temps plein un psychiatre pour s&#8217;occuper des graves problèmes de stress et de dépression nerveuse dont souffrent certains.</p>
<p>Lise Boudreault fait preuve d&#8217;une grande pudeur quand il s&#8217;agit de parler d&#8217;elle-même. La bonne vivante qui, spontanément, vous étreint à pleins bras, avec beaucoup de chaleur, esquive habilement les questions personnelles.</p>
<blockquote><p><em>- Tu n&#8217;as pas peur des fois ?<br />
</em><em>- &#8230;Ben oui. Je pense que le délégué qui dit qu&#8217;il n&#8217;a jamais peur, il faut s&#8217;en méfier. Evidemment on n&#8217;est pas à l&#8217;abri de l&#8217;embuscade, du soldat hors de contrôle. Mais on est tellement préoccupé par les interlocuteurs, les contacts radio et le boulot qu&#8217;on a à faire, qu&#8217;on oublie un peu les risques. La peur, elle est là, mais elle n&#8217;est pas vécue comme quelque chose d&#8217;incontrôlable ou de paralysant. Elle est canalisée dans notre système de sécurité. On ne va quand même pas se lancer sur le terrain à l&#8217;aveuglette. On rencontre sur le terrain les autorités responsables. On demande le maximum de garanties de sécurité</em></p></blockquote>
<p>Paradoxalement ajoute-t-elle, pour plusieurs délégués, c&#8217;est le retour à une vie normale qui est difficile.</p>
<blockquote><p><em>Notre problème souvent c&#8217;est quand on sort de ces contextes-là et qu&#8217;on se retrouve dans un pays en paix où là on ne comprend plus ce qui se passe parce qu&#8217;on s&#8217;est habitué à une certaine tension.</em></p></blockquote>
<h3>Vivre à 200 à l&#8217;heure</h3>
<blockquote><p><em>Je sais que ça peut avoir l&#8217;air presque monstrueux de dire ça, mais le matin quand je me réveille, je n&#8217;ai envie d&#8217;être nulle part ailleurs que là où je suis.</em></p></blockquote>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/05/boudreault3.jpg"><img class="size-full wp-image-1863 alignright" title="boudreault3" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/05/boudreault3.jpg" alt="" width="400" height="259" /></a>Il y a quelque chose d&#8217;un peu gênant de réaliser son rêve dans des situations de cauchemar. Lise Boudreault en est bien consciente. Pourtant, elle jure qu&#8217;elle n&#8217;est pas fascinée par les horreurs de la guerre, et qu&#8217;elle ne cherche ni le dépaysement, ni l&#8217;aventure. Alors, se sent-elle, comme dans son enfance, une âme missionnaire ? Non plus. Et elle n&#8217;a aucune prétention de jouer les héroïnes.</p>
<blockquote><p><em>Etudier le droit de la guerre, c&#8217;est une chose. Mais ensuite, on se trouve à faire quoi (surtout au Canada&#8230;) ? J&#8217;aurais pu faire de l&#8217;enseignement. Mais j&#8217;avais envie que ça serve là où on en a besoin, donc sur des champs de bataille.</em></p></blockquote>
<p>A part cette satisfaction de faire un métier qui permet de sauver des vies humaines, il y a aussi la curiosité. L&#8217;avocate hulloise se sent privilégiée d&#8217;être le témoin direct d&#8217;événements de l&#8217;actualité que très peu de gens peuvent vivre autrement que par le biais de la télévision. Et surtout, elle a le sentiment de vivre beaucoup plus intensément.</p>
<blockquote><p><em>En sept mois au Libéria, j&#8217;ai peut-être pris dix ans. Physiquement je n&#8217;ai pas changé. Mais intérieurement, ça use. C&#8217;est vivre à 200 milles à l&#8217;heure. Il faut enfoncer des murs.</em></p></blockquote>
<p>Lise Boudreault veut découvrir ce qui se cache derrière ces murs.</p>
<blockquote><p><em>Travailler avec les hommes dans ces périodes un peu folles, c&#8217;est sûr que ça nous emmène aussi à nous poser des questions sur la nature humaine. Est-ce qu&#8217;on peut modifier chez l&#8217;humain son comportement par rapport à la violence ? Est-ce qu&#8217;il existe une nature humaine ? A ce moment-ci, je n&#8217;ai pas eu le temps de prendre de recul. J&#8217;ai vu toutes sortes de choses et, au niveau du travail, je les ai acceptées. Dans cette démarche qui m&#8217;oblige à ne pas juger ces individus, peu importe qui ils sont ou ce qu&#8217;ils ont fait, ça m&#8217;a empêché jusqu&#8217;à présent de m&#8217;asseoir et de me demander : &#8216;Mais ça signifie quoi finalement tout ça ?&#8217; Le jour où j&#8217;arriverai à dire &#8216;Bon, voici ce que j&#8217;ai appris sur la nature humaine ou ce que l&#8217;homme est capable de faire ou de ne pas faire&#8217;, ça sera peut-être le temps de me dire : &#8216;Maintenant, j&#8217;ai assez travaillé dans ce domaine.&#8217;&nbsp;&raquo;</em></p></blockquote>
<p>A peine débarquée au Rwanda, sa troisième mission, ce pays lui donne jusqu&#8217;à présent une impression étrange. Comme très peu de grosse artillerie a été utilisée (au contraire du Libéria), la guerre a laissé peu de traces apparentes. Les immeubles sont peu endommagés, les fleurs continuent de fleurir et les Rwandais, fiers et réservés, ne parlent pas de la tragédie. Après le Rwanda ?</p>
<blockquote><p><em>Peut-être la Macédoine, pour sortir de l&#8217;Afrique.</em></p></blockquote>
<p>A 32 ans, elle se donne encore 4 ou 5 ans de &#8216;terrain&#8217; avant de retourner à une vie normale, à Hull, avec sa famille, ses amis, la neige et le printemps.</p>
<blockquote><p><em>De toutes façons le C.I.C.R. nous encourage à faire à peu près 5 à 7 ans au maximum puis ensuite à essayer de nous réinsérer dans la vie sociale normale pour ne pas qu&#8217;on ait à vivre ce que certains ont déjà vécu avant, i.e. des gens qui n&#8217;arrivent plus après 15 ans-20 ans à se refaire une vie</em></p></blockquote>
<p>Le célibat est obligatoire pour les délégués du C.I.C.R. qui doivent éviter les attaches pour rester très mobiles. Depuis longtemps, L. Boudreault dit à ses prétendants de ne pas faire de projets d&#8217;avenir. A la fin de son aventure avec la Croix-Rouge, se voit-elle en mère de famille, entourée de gamins inoffensifs qui n&#8217;auraient rien d&#8217;autre que des hochets à agiter vers elle ? Pour l&#8217;instant dit-elle, au Rwanda, où elle vit seule dans des campements improvisés, sans intimité ni confort, elle est une femme comblée. Sa vie est comme elle l&#8217;avait imaginée, enfant, quand elle rêvait de Jeeps, de blessés et de jungle.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<table width="75%" cellpadding="30" align="center">
<tbody>
<tr>
<td bgcolor="#f7f7f7">
<h4>Encadré: Une guerre sale conduite proprement</h4>
<p>&laquo;&nbsp;<em>Même si la guerre est sale, une armée qui se respecte doit la conduire proprement.</em>&nbsp;&raquo; Un général gabonais qui a assisté à un séminaire organisé par la Croix-Rouge, résume ainsi le principe à la base du droit international humanitaire. Cette branche du droit est née avec la Croix-Rouge au siècle dernier.</p>
<p>La première Convention de Genève, signée par 12 Etats en 1864, comportait dix articles. Avec les quatre nouvelles Conventions adoptées en 1949, elle est aujourd&#8217;hui reconnue par 185 pays. Si l&#8217;on y ajoute les deux Protocoles additionnels de 1977, 600 dispositions régissent maintenant différents aspects de la guerre comme l&#8217;obligation de protéger et de respecter le personnel et les installations sanitaires (hôpitaux, ambulances), de recueillir et soigner les malades et les blessés, et de permettre la visite des prisonniers de guerre.</p>
<p>D&#8217;après Patrick Brugger, un des 32 juristes de la guerre au service de la Croix-Rouge, cette partie du droit n&#8217;est pas une création artificielle. &laquo;&nbsp;<em>Les conflits armés se nourrissent de plusieurs paramètres parmi lesquels le sentiment d&#8217;humanité n&#8217;apparaît pas spécialement prioritaire. Mais l&#8217;histoire nous enseigne que même dans un passé éloigné, alors qu&#8217;aucun traité n&#8217;existait sous la forme de la Convention de Genève pour protéger les non-combattants, certaines coutumes établissaient déjà que différentes catégories de personnes et d&#8217;objets devaient être respectées.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>D&#8217;après la Croix-Rouge, le droit humanitaire et le travail de ses délégués spécialisés dans cette branche du droit international, comme Lise Boudreault, ont permis depuis le siècle dernier de sauver des millions de vies humaines.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
]]></content:encoded>
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		<title>Somalie: Retour à l&#8217;ordre dans le far-west somalien</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Jan 1996 22:41:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Somalie]]></category>
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		<description><![CDATA[Rentrés d'exil, des paysans somaliens tentent de remettre en place leurs vies brisées par la guerre. Dans leur village, les aînés, anciens policiers, instituteurs et religieux ont pris le relais d'un État inexistant (première publication: décembre 1995).]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="principal">Nous roulons à 10 kilomètres-heure sur une piste plate et sèche, près de Jilib, dans le sud-ouest de la Somalie. A l&#8217;arrière du vieux pick-up Toyota, six émules de Rambo ceinturés de munitions s&#8217;agrippent à leurs kalachnikovs et leur bazooka. Sourcils froncés, ils scrutent l&#8217;horizon. A des kilomètres à la ronde, il n&#8217;y a personne. Et soudain, avant la première courbe, le chauffeur, l&#8217;air de rien, met son&#8230; clignotant ! Démonstration exagérée de civisme devant l&#8217;étranger qu&#8217;il accompagne ? Fierté de montrer qu&#8217;il y a encore quelque chose qui marche dans son épave ? Le geste n&#8217;est peut-être pas anodin. Dans ce pays sans gouvernement ni loi, livré depuis quatre ans à la guerre des clans, plusieurs signes suggèrent un retour à l&#8217;ordre malgré l&#8217;anarchie apparente. Loin de l&#8217;agitation de Mogadiscio et des autres villes, la société somalienne se réorganise peu à peu.</p>
<p class="principal">Notre destination : une succession de huttes de branchage et de boue construites à la hâte, un village baptisé du même nom que la capitale du Somaliland, Hargeisa. Sept cents familles, surtout des femmes et des enfants, ont fui la misère des camps de réfugiés du Kenya pour revenir ici, malgré la sécheresse et leurs maisons détruites. A l&#8217;entrée du village, un groupe de femmes nettoie le sol pour aider les nouveaux arrivants à s&#8217;installer. Dans une case sommaire, un professeur a repris ses cours d&#8217;anglais : &laquo;&nbsp;<em>You must write !&#8230;</em>&laquo;&nbsp;, répètent les enfants à l&#8217;infini. Plus loin, une litanie assourdissante emplit l&#8217;une des deux écoles coraniques, où des gamins récitent le Coran dans le désordre et l&#8217;enthousiasme.</p>
<p class="principal"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/01/farwest.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-3088" style="margin-left: 7px; border: black 1px solid;" title="farwest" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/01/farwest.jpg" alt="" width="400" height="259" /></a>Derrière l&#8217;école, deux hommes à l&#8217;air grave marchent au pas. Ils font partie des quinze policiers qui patrouillent ici et dans deux villages environnants. Seule trace du passage de l&#8217;ONUSOM II dans cette région : 14 paires de menottes et 9 uniformes kaki distribués juste avant le départ des Casques Bleus en mars 1995. Ils n&#8217;ont pas été payés depuis ce temps. Ils n&#8217;ont pas de véhicule, ni d&#8217;arme ou de loi écrite sur laquelle ils peuvent s&#8217;appuyer. Mais il leur reste l&#8217;honneur et la fierté. &laquo;&nbsp;<em>Notre travail continuera comme avant même si nous n&#8217;avons pas de salaire, </em>affirme le chef de police Mohamed Osman Abdi.<em> Notre coeur et notre communauté sont ici.</em>&nbsp;&raquo; Les représentants de l&#8217;ordre utilisent la ruse et la collaboration des villageois pour conduire les prévenus soupçonnés de vol de récoltes et d&#8217;autres délits devant les aînés du village qui suggèrent un règlement (généralement une compensation monétaire) en se fondant sur la loi traditionnelle.</p>
<p class="principal">A l&#8217;ombre d&#8217;une case, ces aînés se réunissent à nouveau pour discuter des affaires du village. Parmi eux, le sage Mohamed Abdullahi égrène machinalement son chapelet. &laquo;&nbsp;<em>Ce que nous voulons, c&#8217;est ramener les lois traditionnelles. Il semble que les gens commencent à accepter nos idées pour la paix et la compréhension. Depuis six mois, c&#8217;est comme si, petit à petit, c&#8217;est devenu plus facile. Il y a une certaine considération pour les plus âgés.</em>&laquo;&nbsp;</p>
<h4 class="inter">La liberté et l&#8217;estomac vide</h4>
<div style="float: right; margin: 10px 10px 5px 10px;"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/XcMYIEUKU1I" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe></div>
<p class="principal">Avant la guerre, les gens d&#8217;ici vivaient richement. Comme pour le rappeler, la carcasse rouillée de l&#8217;usine de canne à sucre du fleuve Juba se dresse derrière le village. Jusqu&#8217;en 1991, elle nourrissait toute la région : 7000 hectares de terres irriguées, 80000 tonnes de sucre par année, mille logements construits pour les 3000 employés, des terrains de golf et de tennis, une piscine, etc. Quand des combattants ivres de qat ont pris l&#8217;usine de 150 millions de dollars, ils l&#8217;ont pillée et dépecée en deux mois pour la revendre en pièces détachées. Seul signe d&#8217;activité aujourd&#8217;hui : une colonie de babouins joue les équilibristes sur son squelette.</p>
<p class="principal">Halima Hadji Shafat, ex-employée de banque, ne regrette pas d&#8217;être rentrée chez elle. Dans les camps du Kenya, dit-elle, les viols, les meurtres, les vols de nourriture, la promiscuité et la mendicité étaient le lot quotidien des réfugiés comme elle. &laquo;&nbsp;<em>Là-bas, quand le soleil se couchait, nous ne pouvions pas sortir. Ici, la situation est complètement différente. Nous avons faim, c&#8217;est tout. La guerre se poursuit mais, au moins, nous pouvons cultiver les  champs et construire nos propres maisons.</em>&nbsp;&raquo; Pour l&#8217;instant, la joie d&#8217;Halima se heurte à la réalité. Hargeisa est situé dans la zone la plus fertile du pays. Mais la Somalie verte n&#8217;arrive pas à nourrir ses habitants. Cette année, 80 % des semis ont été perdus. Sur les rives du fleuve, les cultures de décrue ont été emportées par les inondations en provenance de l&#8217;Ethiopie. Et sur les hauteurs, comme il n&#8217;a pas plu et que les systèmes d&#8217;irrigation ont été saccagés pendant la guerre, les paysans n&#8217;ont presque rien récolté. En attendant la prochaine saison des pluies, les paysans dépendent des distributions hebdomadaires de haricots, d&#8217;huile et de sucre du Comité International de la Croix-Rouge.</p>
<p class="principal">Les nouveaux arrivants qui ne sont pas encore inscrits sur les listes de distribution du C.I.C.R. sont pris en charge par la communauté. Le muezzin, suivi d&#8217;un garçon qui pousse sa brouette, appelle les villageois à donner une partie de leurs maigres rations pour aider un groupe de femmes et d&#8217;enfants en loques. Sur le mégaphone qu&#8217;Abshir Ahmed Elimi porte à ses lèvres, l&#8217;inscription &laquo;&nbsp;<em>Don de la République Islamique d&#8217;Iran</em>&nbsp;&raquo; figure en grosses lettres. &laquo;&nbsp;<em>Le mégaphone ne nous a pas été donné</em>, assure Abshir. <em>Nous l&#8217;avons acheté à Nairobi et nous l&#8217;avons apporté ici pour prêcher la religion musulmane.</em>&nbsp;&raquo; Comme les voleurs et les violeurs ont une peur bleue des barbus fondamentalistes, nombreux sont ceux et celles qui, comme Abshir, souhaitent l&#8217;application intégrale de la sharia à Hargeisa. &laquo;&nbsp;<em>Dans les régions du Nord, ils sont en train d&#8217;utiliser les lois islamiques. C&#8217;est une très bonne chose. La religion est justice. Si tous les Somaliens suivent la sharia, il n&#8217;y aura plus de difficultés.</em>&laquo;&nbsp;</p>
<p class="principal">Depuis le début de l&#8217;année, observe le vieux Mohamed Abdullahi, pas un seul coup de feu n&#8217;a été entendu dans la région d&#8217;Hargeisa et les jeunes miliciens du colonel Jess, le chef de clan qui contrôle la région, n&#8217;astiquent plus leurs mitraillettes avec le même entrain. &laquo;&nbsp;<em>Chaque Somalien a été affecté par cette guerre : la faim, la maladie et le désordre. Il ne reste plus d&#8217;autres épreuves que celles que nous avons déjà endurées. Les difficultés seront là encore longtemps, tout le monde le sent. Mais informez vos lecteurs que nous aimons la paix. Nous n&#8217;aimons pas les massacres et les pillages. Nous voulons vivre chez nous en paix.</em>&laquo;&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><span class="date">1ière publication : décembre 95</span></p>
<p align="right"> </p>
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		<title>Somalie : l&#8217;aide masquée</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Jan 1996 23:30:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Presse]]></category>
		<category><![CDATA[Somalie]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[En Somalie, une organisation humanitaire tire des leçons de la guerre et ré-invente sa façon d'assister les populations.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Les rations arrivent !&nbsp;&raquo; Abdi est saisi d&#8217;admiration pour le chauffeur du camion qui s&#8217;immobilise devant lui. Franchir, comme il vient de le faire, un dédale de clans et de sous-clans sur 425 kilomètres, avec deux tonnes de haricots, d&#8217;huile et de sucre est un exploit. Pour ne pas éveiller les soupçons des chefs de guerre et attiser les convoitises, la nourriture a été transportée dans un camion banalisé, en petites quantités, selon un itinéraire tenu secret. &laquo;&nbsp;Nous faisons appel à des commerçants locaux qui, chaque semaine, achètent les vivres à Mogadiscio avec leur argent, explique Abdi. Ces commerçants ont leurs armes et leurs miliciens. Ils connaissent très bien les règles claniques. Ils font jouer leurs liens familiaux. Quand ils arrivent avec la nourriture, je les paie.&nbsp;&raquo; Abdi Aziz Osman représente une grande organisation étrangère dont rien ne révèle la présence ici : ni sigle, ni véhicule, ni visage blanc. Mais tout le monde connaît le mystérieux donateur : le Comité International de la Croix-Rouge.</p>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/01/aidemasquee.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-3090" style="margin-left: 7px; border: black 1px solid;" title="aidemasquee" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1996/01/aidemasquee.jpg" alt="" width="259" height="400" /></a>Nous sommes dans le sud-ouest de la Somalie, à Hargeisa, un petit village de la rive ouest du fleuve Juba. Les rations d&#8217;une semaine pour 3000 réfugiés rentrés d&#8217;exil sont déchargées à la hâte sous la surveillance d&#8217;une dizaine de miliciens armés de kalachnikovs. Et le camion redémarre aussi vite qu&#8217;il est arrivé. &laquo;&nbsp;Si le C.I.C.R. opérait ouvertement, poursuit Abdi, les miliciens voleraient les vivres. Et voir des visages blancs créerait de trop grandes attentes chez les gens. Malgré nos précautions, je peux vous montrer des gens qui viennent de Kisimayo (une ville portuaire à 125 km plus au sud) pour s&#8217;approvisionner ici.&nbsp;&raquo; La discrétion du C.I.C.R. est à la mesure de la situation en Somalie. Depuis le retrait des derniers Casques Bleus en mars 1995, la plupart des organisations humanitaires ont quitté ce pays toujours en proie à la guerre civile. Celles qui restent n&#8217;interviennent plus que sur la pointe des pieds.</p>
<h4>Nourrir la guerre</h4>
<p>&laquo;&nbsp;Si on décide aujourd&#8217;hui qu&#8217;il nous faut de la nourriture, elle sera ici après-demain. Si on essaie de faire la même chose sans cet homme d&#8217;affaires, il nous faudra un mois.&nbsp;&raquo; Alard Du Bois-Reymond arrive de Genève, par un petit avion du C.I.C.R., pour évaluer les besoins et vérifier le déroulement des opérations. &laquo;&nbsp;C&#8217;est un peu une expérience que l&#8217;on tente. C&#8217;est la première fois qu&#8217;on procède comme ça. Un homme d&#8217;affaires sait à qui donner un peu d&#8217;argent, quelles personnes inclure dans son escorte. Ce sont des finesses qu&#8217;on ne comprendra jamais.&nbsp;&raquo; Selon lui, le C.I.C.R. pourrait s&#8217;inspirer de son expérience à Hargeisa pour sous-traiter son aide dans des opérations plus importantes. &laquo;&nbsp;On peut agir peut-être plus efficacement avec les moyens locaux. Ici, ce sont les commerçants qui profitent de cet arrangement et après la guerre, cette structure sera toujours en place&nbsp;&raquo; (<a href="../presse/somalieaidetxt.htm">lire l&#8217;interview intégrale</a>).</p>
<p>Comme la Croix-Rouge, les autres organisations étrangères ont dû s&#8217;adapter à une situation où le contrôle de l&#8217;aide humanitaire demeure un enjeu politique extrêmement important. Paradoxalement, cette aide a attisé le conflit somalien. Au plus fort de la guerre, jusqu&#8217;à 80 % des secours ont été pillés pour financer la guerre. Ces envois massifs de nourriture, précise le représentant du C.I.C.R., n&#8217;ont pas eu que des effets pervers. Revendus sur les marchés locaux, ils ont fait chuter les prix des aliments qui étaient devenus rares et hors de prix pour la plupart des Somaliens.</p>
<p>M. Du Bois-Reymond souligne qu&#8217;il faut se garder d&#8217;appliquer des repères culturels occidentaux à cette situation. Les vols de nourriture, selon lui, ne sont pas toujours ce que l&#8217;on croit. &laquo;&nbsp;La Somalie ne connaît pas de structure hiérarchique comme dans les autres pays. Ce ne sont pas des chefs qui décident. C&#8217;est une démocratie nomadique. On doit convaincre tout le monde. Et même si on atteint un consensus sur l&#8217;aide qu&#8217;on distribue, si certains estiment ensuite qu&#8217;ils n&#8217;ont pas reçu leur juste part de nourriture, ils s&#8217;arrogent le droit de la prendre. Pour eux, ce n&#8217;est pas voler. Ils jugent qu&#8217;on ne les a pas bien considérés.&nbsp;&raquo; Les meurtres d&#8217;employés d&#8217;organisations humanitaires ? &laquo;&nbsp;Les nomades sont des gens très fiers qui ne se plient pas facilement à nos idées occidentales. Si, par exemple, je donne un ordre à un Somalien, il ne va pas le respecter. Je dois le convaincre d&#8217;abord que j&#8217;ai raison. Si je n&#8217;ai pas de bons arguments et que j&#8217;insiste, il risque de me tirer dessus. En Bosnie, le franc-tireur touche sa prime pour chaque personne tuée. Ici c&#8217;est différent. Normalement, ils vous tirent dessus quand vous n&#8217;avez pas respecté quelque chose. Ce n&#8217;est pas par méchanceté. Le problème, c&#8217;est que vous ne savez pas toujours ce que vous avez fait comme faute.&nbsp;&raquo;</p>
<h4>Ras-le-bol de la Somalie</h4>
<p>Dans son bureau de Nairobi, Peter Kessler s&#8217;impatiente. Le porte-parole du Haut Commissariat des Nations-Unies aux Réfugiés s&#8217;inquiète de l&#8217;incapacité du H.C.R. à obtenir un financement pour rapatrier et réintégrer les 450 000 Somaliens qui vivent toujours en exil. La communauté internationale, constate-t-il, a détourné les yeux de ce peuple qui lui semble ingrat et incompréhensible. &laquo;&nbsp;Dans les pays donateurs, je crois qu&#8217;il y a un sentiment de ras-le-bol de la Somalie. Les chefs de guerre somaliens ont fait subir aux puissances occidentales une telle frustration qu&#8217;il est devenu très difficile d&#8217;obtenir les fonds nécessaires pour aider les gens qui en ont besoin. Il faudrait une photographie atroce ou des images télévisées montrant des gens mourant par centaines pour obtenir de nouveau le soutien dont nous avons besoin.&nbsp;&raquo;</p>
<p>A Hargeisa, la famine provoquée par la sécheresse a pu être évitée de justesse en 1995 grâce à l&#8217;intervention de la Croix-Rouge. &laquo;&nbsp;Beaucoup se nourrissent encore de fruits sauvages et d&#8217;herbes&nbsp;&raquo;, précise M. Du Bois-Reymond, pour qui la situation demeure préoccupante. &laquo;&nbsp;Lorsque nous sommes arrivés, ajoute Abdi Aziz Osman, 85 % des gens, surtout des enfants de moins de cinq ans, étaient très mal nutris. Ils revenaient à pied du Kenya, dans un état critique.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Dans le reste du pays, c&#8217;est l&#8217;exode rural qui a amplifié la pénurie de viande et de produits agricoles. Les troupeaux décimés et la destruction de 600 villages ont poussé la plupart des 450 000 réfugiés rentrés d&#8217;exil à s&#8217;installer dans les grandes villes. Et comme le chômage est massif (le départ des Nations-Unies, à lui seul, a privé de revenus 8000 employés somaliens de qui dépendaient 200 000 personnes), les gens n&#8217;ont plus les moyens de se nourrir.</p>
<p>En attendant la paix, Alard Du Bois-Reymond constate un net désir, chez les réfugiés rentrés chez eux, de s&#8217;affranchir de l&#8217;aide internationale. &laquo;&nbsp;J&#8217;ai vu les camps du Kenya. Ils étaient vraiment pourris. Tout le monde mendiait, il y avait des détournements de nourriture et tout le reste. Et j&#8217;ai revu ici des paysans qui veulent vivre de leurs terres, des gens qui sont redevenus fiers comme avant. Ca me fait très plaisir de voir que ce n&#8217;est pas un pourrissement qui persiste, que c&#8217;est un pourrissement temporaire.&nbsp;&raquo;</p>
<p align="right"><em>1ière publication : janvier 96</em></p>
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		<title>L&#8217;Afrique invente son féminisme</title>
		<link>http://www.bourgoing.com/1994/10/lafrique-invente-son-feminisme/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lafrique-invente-son-feminisme</link>
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		<pubDate>Fri, 30 Sep 1994 22:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Presse]]></category>

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		<description><![CDATA[Au Mali, les féministes des villes veulent libérer leurs soeurs de la brousse écrasées de travail et privées de droits. Selon elles, une révolution dans le statut de la femme est le seul espoir de la démocratie et de l'économie en Afrique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/feminisme1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-556" style="border: 0px;" title="Africaine de la brousse: une vie entièrement consacrée à la production et à la reproduction." src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/06/feminisme1.jpg" alt="Africaine de la brousse: une vie entièrement consacrée à la production et à la reproduction." width="360" height="546" /></a>Na Traoré a la poignée de main ferme, une main immense, crevassée, durcie par des épaisseurs de corne. Cette femme de la brousse africaine estime avoir quarante-cinq ans mais elle en paraît facilement dix de plus. Elle n&#8217;est jamais allée à l&#8217;école. A l&#8217;adolescence, une femme du village lui a fait l&#8217;ablation, à froid, du clitoris et des petites lèvres avec une lame de rasoir.</p>
<p>Depuis qu&#8217;elle a dix ans, Na Traoré dit qu&#8217;elle n&#8217;a jamais eu de temps libre. Les mêmes corvées rythment invariablement ses journées, du lever au coucher du soleil. Elle nettoie la case. Elle va chercher vingt kilos de bois à quatre kilomètres du village et les rapporte sur sa tête. Même routine pour l&#8217;eau du puits dont elle transporte quinze litres pour arroser son jardin.</p>
<p>Avec un gros pilon, elle bat le mil à une cadence éreintante et à la sueur de son front. Elle prépare à manger pour son mari (que son père a choisi pour elle et qui la bat parfois) et pour ses sept enfants, dont cinq filles, qui ne vont pas elles non plus à l&#8217;école parce que leur père s&#8217;y oppose. Pour alléger sa charge de travail, Na Traoré aimerait bien que son mari prenne une seconde épouse.</p>
<p>Est-elle heureuse?</p>
<p>Après quelques secondes d&#8217;un silence étonné, la réponse tombe dans un grand éclat de rire:</p>
<ul>
<li><em>Mais bien sûr! Quelle question!</em></li>
</ul>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1994/10/NaTraore1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-566" title="NaTraore1" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1994/10/NaTraore1.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>Na Traoré n&#8217;est pas un martyre. Elle représente, en tout ou en partie, ce qui est le lot quotidien de trois millions de Maliennes et de dizaines de millions d&#8217;Africaines. Pour ces femmes de la brousse, qu&#8217;un président africain décrivait comme de véritables bêtes de somme, quelque chose est en train de changer. Un peu partout sur le continent, attisés par le souffle de la démocratie et par l&#8217;intervention des grandes agences d&#8217;aide qui encouragent une plus forte participation des femmes au développement, les mouvements féminins gagnent de l&#8217;influence. Des associations féminines militent pour l&#8217;amélioration du statut des Africaines de la brousse, dont la vie est entièrement consacrée à la production et à la reproduction (selon certaines estimations, une femme travaille en moyenne 2490 heures par an en Afrique contre 1400 pour un homme et le nombre moyen d&#8217;enfants par Africaine est de 7,8). Pourtant, féminisme et émancipation sont des mots qu&#8217;on ne prononce encore que du bout des lèvres en Afrique, même chez les intellectuelles comme Sira Diop, présidente pendant plus de vingt ans de l&#8217;Union nationale des femmes du Mali:</p>
<ul>
<li><em>Si être féministe c&#8217;est lutter pour les droits des femmes, oui, je suis féministe. Mais le féminisme africain n&#8217;a rien à voir avec le féminisme occidental. Nous n&#8217;essayons pas d&#8217;imiter les Européennes ou les Américaines. Nous, nous ne brûlons pas nos soutiens-gorge. Ce n&#8217;est pas en brandissant des machettes que nous allons changer les choses. Nous ne revendiquons même pas l&#8217;égalité des droits avec les hommes. Tout ce que nous voulons, c&#8217;est plus de droits et un peu de temps libre.</em></li>
</ul>
<h4>L&#8217;argent, nerf de l&#8217;émancipation.</h4>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1994/10/feminisme2.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-568" title="feminisme2" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1994/10/feminisme2-300x189.jpg" alt="" width="300" height="189" /></a>Ce soir, une vingtaine de femmes de Pampala, le village de Na Traoré, ont déposé leurs pilons à mil pour prendre part à une activité inusitée dans ce coin de brousse, une réunion de femmes. Sous le regard approbateur d&#8217;une poignée d&#8217;hommes, éclairées par la lueur blafarde d&#8217;une lampe à huile, elles doivent décider ce qu&#8217;elles vont faire des 200 dollars qu&#8217;une ONG canadienne, Sahel 21, veut leur prêter. Les intérêts qui  seront remboursés sur ces 200 dollars doivent servir à constituer un fonds géré par les villageoises et qui grossira de lui-même. L&#8217;expérience que Sahel 21 tente à Pampala et dans 4 autres villages environnants n&#8217;est pas le fruit du hasard. Au Mali, 10% seulement de la clientèle des banques est féminine et la part des crédits accordés à des femmes ne représente que 1,5% du total des crédits distribués. En aidant ces femmes à créer leur propre mini-banque de la brousse, Sahel 21 espère encourager leur initiative et développer le commerce des produits de l&#8217;agriculture et de l&#8217;artisanat à Pampala. Quand elle songe aux profits de la poterie qu&#8217;elle pourrait bientôt vendre au marché, Na Traoré devient rêveuse.</p>
<ul>
<li><em>J&#8217;aimerais construire une belle maison, acheter de beaux habits, manger du riz, de la viande&#8230; et dormir.</em></li>
</ul>
<p>Na Traoré ne comprend pas l&#8217;intérêt que lui portent les femmes des villes, des femmes qui ont leurs propres problèmes, à qui elle n&#8217;a rien demandé, et qui, pourtant, se battent pour elle. Comme la journaliste Maïmouna Traoré, qui dirige le magazine féminin Nyéléni (&#8216;femme combative&#8217; en langue bambara) à Bamako:</p>
<ul>
<li><em>Les femmes rurales nous voient comme des étrangères, des soeurs aînées qu&#8217;on ne reconnaît </em>plus.</li>
</ul>
<p>Selon elle, la lutte des féministes est freinée par la réticence des femmes comme Na Traoré à prendre part à leur propre combat.</p>
<ul>
<li><em>Pour que les femmes rurales se réveillent, pour qu&#8217;elles joignent le mouvement, il leur faudra le même niveau d&#8217;instruction que les femmes des villes. </em></li>
</ul>
<p>Pour Sira Diop, ce n&#8217;est pas parce que ces femmes ne se rendent pas compte de leur situation qu&#8217;il ne faut pas leur venir en aide.</p>
<ul>
<li><em>D&#8217;abord, il va falloir trouver des moyens pour alléger leurs travaux. C&#8217;est ce qui les écrase. Elles passent des heures exténuantes à piler le mil. Une fois libérées de ces corvées, elles auront du temps pour apprendre à lire et à écrire. Et quand elles pourront lire et écrire, elles sauront qu&#8217;elles peuvent avoir une vie meilleure.</em></li>
</ul>
<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1994/10/0650mali9403_1000px.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-580" style="margin: 7px;" title="0650mali9403_1000px" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1994/10/0650mali9403_1000px-300x194.jpg" alt="" /></a>La journaliste Ramata Dia croit que l&#8217;émancipation est d&#8217;abord une question d&#8217;argent. Les femmes rurales ont une importance économique extraordinaire en Afrique. Elles réalisent 70% du travail agricole, 80% de la production alimentaire, et de 60 à 90% de la commercialisation. Mais dans les faits, ces femmes ne peuvent pas faire d&#8217;emprunt bancaire, ni être propriétaires de la terre qu&#8217;elles cultivent, ni aller à l&#8217;école ou suivre des cours de formation agricole. Les féministes africaines veulent que les hommes reconnaissent leur poids économique et permettent aux femmes d&#8217;avoir accès au crédit, à la terre et à la formation. Selon Ramata Dia, sans une révolution culturelle par rapport au statut de la femme, l&#8217;économie africaine va continuer de s&#8217;enliser.</p>
<ul>
<li><em>Les femmes sont l&#8217;espoir de l&#8217;Afrique. Faisons en sorte qu&#8217;elles n&#8217;en deviennent pas le fardeau.</em></li>
</ul>
<p>D&#8217;après elle, l&#8217;émancipation est tout aussi essentielle pour le succès de la démocratie.</p>
<ul>
<li><em>Sans une démocratisation de la cellule familiale, sans une libération de la femme, la démocratie n&#8217;a aucune chance en Afrique.</em></li>
</ul>
<p>Malgré le sort peu enviable des femmes de la brousse, Ramata Dia croit que ce n&#8217;est pas dans la dignité humaine qu&#8217;il faut chercher la véritable motivation des féministes africaines.</p>
<ul>
<li><em>On ne peut pas imposer notre conception de la dignité aux femmes rurales. C&#8217;est une question très relative et personnelle. </em></li>
</ul>
<p>La présidente de la Ligue des droits de l&#8217;homme du Mali, N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra, est du même avis.</p>
<ul>
<li><em>Les femmes rurales ne sont pas du tout frustrées. Elles n&#8217;ont jamais connu autre chose! Elles éprouvent un plaisir à effectuer les travaux ménagers. Elles vivent intensément leur vie de mères de famille.</em></li>
</ul>
<h4>Une &#8216;petite&#8217; correction</h4>
<p>Les féministes espèrent qu&#8217;en donnant aux femmes rurales le pouvoir économique qui leur revient, elles vont les libérer de l&#8217;emprise des hommes, forcer l&#8217;admiration de ceux-ci et accélérer le changement des mentalités. Dans ce domaine, beaucoup de chemin reste à faire, notamment du côté de la polygamie, de la planification des naissances, de l&#8217;excision (voir l&#8217;<strong>encadré</strong>) et de l&#8217;éducation des filles. Selon l&#8217;UNESCO, <strong>le taux d&#8217;analphabétisme féminin dépasse 90% dans 28 pays africains</strong>. D&#8217;après Maïmouna Traoré, ce qui empêche les petites filles de la brousse d&#8217;avoir le même accès à l&#8217;école que les garçons, ce sont leurs mères qui préfèrent les avoir avec elles dans les champs, et leurs pères qui craignent que l&#8217;école ait une mauvaise influence sur elles.</p>
<ul>
<li><em>Ils considèrent que la scolarisation gâte les filles parce qu&#8217;en allant à l&#8217;école elles ne voudront plus travailler comme leurs mères et parce que l&#8217;école les expose aux tentations et aux vices.</em></li>
</ul>
<p>Les féministes trouvent peut-être leur plus formidable défi dans l&#8217;attitude des Maliens et des Maliennes par rapport à la <strong>violence conjugale</strong>. Au Mali, la souffrance des femmes est glorifiée dans les chansons populaires. Un refrain connu de tous raconte que les hommes qui réussissent sont les enfants de femmes qui se sont soumises et qui ont souffert. D&#8217;après toutes les Maliennes interrogées, de 80 à 90% des femmes rurales se font battre par leurs maris. Ami Sow Traoré, de l&#8217;Association pour le progrès et la défense des droits des femmes maliennes (A.P.D.F.), souligne que le fouet fait partie de la dot chez de nombreuses ethnies au Mali:</p>
<ul>
<li><em>Il y a des ethnies qui utilisent plus le fouet que la bouche pour expliquer et faire accepter leur vue à leur femme.</em></li>
</ul>
<p>Selon une enquête effectuée cette année par un hebdomadaire de Bamako, la violence conjugale n&#8217;est pas perçue comme une anomalie du couple au Mali. La plupart des femmes concèdent à leur mari le droit de les &laquo;&nbsp;corriger&nbsp;&raquo; physiquement pourvu qu&#8217;elles aient tort (sic). Selon la présidente de la Ligue des droits de l&#8217;homme du Mali, N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra, &laquo;&nbsp;<em>certaines femmes battues trouvent que la violence est un signe d&#8217;intérêt de la part de leur mari.</em>&nbsp;&raquo; La féministe Maïmouna Traoré confirme ce fossé des mentalités:</p>
<ul>
<li><em>Quand je dis à une femme rurale que son mari n&#8217;a pas le droit de la battre, elle ne peut pas me croire. </em></li>
</ul>
<p>La loi malienne ne donne pas entièrement raison à Maïmouna Traoré puisque la &laquo;&nbsp;correction maritale&nbsp;&raquo; est permise par le code pénal. Celui-ci reconnaît au mari le droit d&#8217;administrer de temps en temps une &laquo;&nbsp;petite correction&nbsp;&raquo; à sa femme mais il ne précise pas ce qu&#8217;on entend par &laquo;&nbsp;petite correction&nbsp;&raquo;. Ami Sow Traoré, de l&#8217;A.P.D.F., croit qu&#8217;il convient d&#8217;apporter une nuance importante. Selon elle, les Maliennes sont battues beaucoup plus fréquemment que les Canadiennes mais moins violemment.</p>
<ul>
<li><em>Je suis allée à Ottawa, à Montréal et à Québec. J&#8217;ai constaté que les femmes sont battues beaucoup plus brutalement chez vous qu&#8217;au Mali. Dans notre société, quand on entend des cris chez les voisins ou chez d&#8217;autres membres de la famille, on a le droit d&#8217;intervenir. Mais pas chez vous.</em></li>
</ul>
<h4>Les féministes marquent des points.</h4>
<p>Les Africaines n&#8217;en sont pas toutes au même point.</p>
<ul>
<li><em>J&#8217;ai vu l&#8217;Algérie, j&#8217;ai vu le Maroc,</em> se rappele Ramata Dia. <em>Là-bas, je trouve les femmes beaucoup plus opprimées que nous. Pour nous, ce sont des sociétés totalement arriérées.</em></li>
</ul>
<p>A l&#8217;intérieur même du Mali, le statut de la femme varie considérablement d&#8217;une ethnie à l&#8217;autre, mais dans l&#8217;ensemble, la Malienne n&#8217;a rien d&#8217;une femme éteinte et cachée sous un voile. Selon Ramata Dia, la Tunisie, qui a une loi qui consacre l&#8217;égalité des sexes, a une longueur d&#8217;avance sur le Mali. En matière d&#8217;organisations féminines, l&#8217;Afrique anglophone est aussi plus évoluée. Mais de manière générale, &laquo;&nbsp;<em>le féminisme africain est un phénomène qu&#8217;on observe surtout dans les pays musulmans parce que c&#8217;est là qu&#8217;il y a le plus de contraintes.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Les féministes africaines partent de loin mais déjà, à l&#8217;exception des pays touchés par l&#8217;intégrisme musulman, elles marquent des points. Au Mali, N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra constate une évolution des mentalités:</p>
<ul>
<li><em>Il y a de plus en plus de jeunes filles qui vont à l&#8217;école. A cause du contact avec la ville, les superstitions tombent notamment au sujet du lévirat</em> (obligation pour une veuve d&#8217;épouser le frère de son mari défunt, qu&#8217;elle l&#8217;aime ou non).</li>
</ul>
<p>Avec l&#8217;avènement récent de la démocratie au Mali, les femmes ont acquis une plus grande liberté d&#8217;expression. Elles ont de plus en plus accès aux postes de prise de décision. A Bamako, des femmes deviennent avocates, juges et ministres.</p>
<ul>
<li><em>En milieu rural,</em> constate Maïmouna Traoré, <em>on est en train d&#8217;élire des femmes dans les conseils de village. Pour le Mali, c&#8217;est révolutionnaire. </em></li>
</ul>
<p>Même en brousse, les femmes résistent de plus en plus à la violence de leur mari. A cause des campagnes de sensibilisation, certaines remettent en cause le bien-fondé de l&#8217;excision. Sur le plan juridique, depuis quelques mois les Maliennes ne sont plus soumises au consentement de leurs maris pour voyager à l&#8217;étranger ou faire du commerce, ce qui est un progrès notable selon Ramata Dia.</p>
<ul>
<li><em>Je connais plein de femmes commerçantes qui ont dû fermer boutique à cause de leurs maris. J&#8217;en connais une qui voulait assister à une conférence à l&#8217;étranger mais qui n&#8217;a pas pu parce que son mari, avec qui elle s&#8217;était disputée, refusait de lui accorder la permission écrite de voyager.</em></li>
</ul>
<p>Beaucoup de travail reste à faire. En matière successorale, la coutume ne permet à une femme de toucher que la moitié de la part d&#8217;héritage de son frère. Le Code du mariage prévoit toujours que le mari doit protection à sa femme et que la femme doit obéissance à son mari. D&#8217;après Sira Diop, les hommes au Mali n&#8217;ont pas peur de l&#8217;émancipation de la femme.</p>
<ul>
<li><em>Ce n&#8217;est pas une lutte contre les hommes. Ici, c&#8217;est la promotion des femmes. </em></li>
</ul>
<p>Pourtant, devant sa femme qui écoute en silence, Zacharia Bathily, qui a vécu en France, se dit inquiet:</p>
<ul>
<li><em>Je pense que c&#8217;est l&#8217;Occident qui veut encore une fois imposer sa façon de voir les choses à l&#8217;Afrique. Je pense que pour le Mali, le féminisme est dangereux. Ca peut bouleverser toute notre organisation sociale. Nous avons nos propres valeurs. Il faut trouver notre propre voie. Ici, c&#8217;est le mari qui paie la dot. C&#8217;est la femme qui s&#8217;occupe des enfants. C&#8217;est chacun à sa place. Et la place de la femme, c&#8217;est dans la cuisine. </em></li>
</ul>
<p>Modibo Traoré, un fonctionnaire marié à deux femmes, soupçonne les féministes des villes de se servir de la cause des femmes rurales à leurs propres fins:</p>
<ul>
<li><em>Les citadines se cachent derrière les femmes rurales pour mener leur propre lutte. Elles crient haut et fort pour l&#8217;émancipation de la femme rurale mais on ne les voit jamais elles-mêmes dans les campagnes. </em></li>
</ul>
<p>Ami Sow Traoré, de l&#8217;A.P.D.F., dit ne pas être surprise par ces accusations:</p>
<ul>
<li><em>Nous avons la conscience tranquille. Les hommes essaient de nous diviser pour mieux régner, pour que nous continuions à être soumises. </em></li>
</ul>
<p>Malgré les réticences des hommes, N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra croit que &laquo;&nbsp;<em>l&#8217;émancipation de la femme africaine est irréversible.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<h4>&laquo;&nbsp;<em>La femme africaine sera toujours soumise, et c&#8217;est très bien ainsi.</em>&laquo;&nbsp;</h4>
<p>A la terrasse d&#8217;un restaurant de Bamako, la présidente de la Ligue des droits de l&#8217;homme du Mali baisse un peu la voix pour nous faire une confidence au sujet de son mari, un député qui a vécu 26 ans en France, qui assiste à la discussion et qui acquiesce d&#8217;un sourire gêné, presque honteux: &laquo;&nbsp;<em>Mon mari adore faire la cuisine!</em>&laquo;&nbsp;  Comme sa révélation ne produit pas l&#8217;effet escompté, N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra poursuit, amusée: &laquo;&nbsp;<em>Mais vous savez qu&#8217;au Mali, c&#8217;est totalement inadmissible qu&#8217;un homme fasse la cuisine. Mon mari doit la faire en cachette, quand il n&#8217;y a personne à la maison.</em>&nbsp;&raquo; N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra et son mari sont parmi les intellectuels les plus libérés au Mali.</p>
<p>D&#8217;après Sira Diop, dans la société malienne, l&#8217;ouverture d&#8217;esprit des femmes ou des hommes n&#8217;est pas à elle seule le gage d&#8217;une vie meilleure.</p>
<ul>
<li><em>Quand elles reviennent chez elles, même les femmes avocates, juges ou ministres de Bamako sont la chose de leurs maris.</em></li>
</ul>
<p>Pour elle, l&#8217;émancipation des Africaines de la brousse prendra du temps.</p>
<ul>
<li><em>Pour mettre fin à la mentalité féodale des hommes africains, ça sera peut-être une affaire de deux ou trois générations. </em></li>
</ul>
<p>N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra est une des rares femmes présidentes d&#8217;une Ligue des droits de l&#8217;homme en Afrique. En bout de ligne selon elle, la Malienne émancipée restera bien différente de la Québécoise moyenne:</p>
<ul>
<li><em>Même émancipée, la femme africaine sera toujours soumise à son mari. Et c&#8217;est très bien ainsi! Ca ne me dérange pas du tout! Ce n&#8217;est pas une forme d&#8217;esclavage ou de statut inférieur. Cela fait partie intégrante de la culture africaine. </em></li>
</ul>
<p>Ami Sow Traoré, de l&#8217;Association pour le progrès et la défense des droits des femmes maliennes, est perçue comme une féministe radicale au Mali:</p>
<ul>
<li><em>Nous sommes musulmanes. Dans notre religion, la femme doit obéissance et respect à son mari. Nous ne remettons pas ça en cause. L&#8217;homme doit rester le chef de famille. Mais il y a soumission et soumission. Ce que nous rejetons, c&#8217;est l&#8217;obéissance aveugle, la soumission totale. </em></li>
</ul>
<p>Pour ceux qui ont eu l&#8217;occasion d&#8217;assister à une dispute de famille en Afrique, il ne fait pas de doute que les femmes comme celles du Mali peuvent être aussi d&#8217;un tempérament redoutable. A bien écouter N. M&#8217;Bamdiarra, on est tenté de croire que la soumission dont elle parle ne sera plus qu&#8217;une façade:</p>
<ul>
<li><em>La femme ne donnera pas d&#8217;ordre à son mari en présence d&#8217;étrangers. Son mari ne fera pas le ménage ou la cuisine devant les visiteurs. On va continuer à sauver les apparences.</em></li>
</ul>
<p style="text-align: right;">(1ière publication : oct. 94)</p>
<h5 style="padding-left: 90px;"><em>Mutilées par tradition</em></h5>
<p style="padding-left: 90px;"><em>L&#8217;excision est une pratique qui provoque l&#8217;horreur des Occidentaux. Au Mali et dans de nombreux pays africains, cela fait partie de l&#8217;ordre des choses. L&#8217;excision, c&#8217;est le fait de couper les organes génitaux d&#8217;une petite fille en tout ou en partie (dans certains pays d&#8217;Afrique de l&#8217;Est, elle est suivie d&#8217;une infibulation de la vulve, i.e. les deux bords de la vulve sont cousus ensemble, ce qui ferme l&#8217;orifice du vagin, sauf pour une toute petite ouverture qui permet l&#8217;écoulement de l&#8217;urine et du sang menstruel).</em></p>
<p style="padding-left: 90px;"><em>A l&#8217;origine, cette tradition qui remonte à l&#8217;Egypte des pharaons était justifiée par des raisons esthétiques. En coupant le clitoris de la femme, on supprimait son érection qui, disait-on, se confondait avec celle de l&#8217;homme. De nos jours, on défend aussi cette pratique en évoquant des raisons sanitaires ou même religieuses.</em></p>
<p style="padding-left: 90px;"><em>Pour les opposants à l&#8217;excision, il s&#8217;agit d&#8217;une coutume barbare et rétrograde qui a pour but de soumettre la femme en la privant d&#8217;une grande partie de sa sensibilité et en lui ôtant l&#8217;envie d&#8217;être infidèle. L&#8217;excision est souvent pratiquée dans des conditions d&#8217;hygiène déplorables. Elle peut entraîner une série de complications (hémorragie, infection, douleurs atroces, graves difficultés au moment de l&#8217;accouchement etc) qui vont parfois jusqu&#8217;à la mort.</em></p>
<p style="padding-left: 90px;"><em>Dans le monde, 85 millions de femmes sont excisées. Au Mali, plus de 80 pour cent des femmes subissent cette forme de mutilation sexuelle. Selon N&#8217;Douré M&#8217;Bamdiarra, présidente de la Ligue des droits de l&#8217;homme du Mali, les féministes se heurtent là aussi à un obstacle de taille: dans la brousse, l&#8217;excision est encouragée et pratiquée par les femmes elles-mêmes. &laquo;&nbsp;L&#8217;excision est devenue le cheval de bataille de toutes les féministes africaines qui veulent faire bonne impression en Europe. Mais savez-vous que les femmes des régions rurales nous prennent pour des déphasées lorsque nous leur disons que nous voulons y mettre fin?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: right; padding-left: 90px;"><em>R.B.</em></p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Avoir 20 ans au Mali</title>
		<link>http://www.bourgoing.com/1994/09/avoir-20-ans-au-mali/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=avoir-20-ans-au-mali</link>
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		<pubDate>Sat, 10 Sep 1994 13:30:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Bourgoing</dc:creator>
				<category><![CDATA[Presse]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment voit-on l'avenir quand le taux de chômage atteint 97 % ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la pirogue qui glisse lentement sur le fleuve Niger, près de Tombouctou, les questions du journaliste canadien tombent à plat. &laquo;&nbsp;<em>A quoi rêvent les jeunes de vingt ans au Mali ? Que leur réserve l&#8217;avenir ?</em>&nbsp;&raquo; Pour Mahamane Touré, qui a appris le Coran par coeur mais qui, à vingt-quatre ans, sait à peine écrire son nom, ces questions semblent trop générales.</p>
<blockquote><p><em>- Toi, Mahamane, à quoi penses-tu ? </em><br />
<em>- Moi, je pense beaucoup. Je pense tout le temps. Je pense à trouver de l&#8217;argent pour être capable de nourrir mes enfants, sinon je ne pourrai pas me marier.</em></p></blockquote>
<p>Le rêve de Mahamane est d&#8217;acheter une grande pirogue, devenir guide touristique, et juste avoir assez d&#8217;argent pour être heureux et visiter le Canada. Pourquoi le Canada?</p>
<blockquote><p><em>Parce qu&#8217;au Canada, il y a des lumières partout, même le jour.</em></p></blockquote>
<p>Le pays de Mahamane conserve peu de traces de sa splendeur passée. Aujourd&#8217;hui, le Mali, ce berceau des civilisations africaines, est le sixième pays le plus pauvre de la planète (voir l&#8217;<a href="http://www.bourgoing.com/presse/jeunes.htm#encadre">encadré</a>). Pour les jeunes comme Mahamane, la situation est extrêmement préoccupante d&#8217;après le représentant au Mali de l&#8217;Agence canadienne de développement international, Denis Beaudoin.</p>
<blockquote><p><em>Parfois, si j&#8217;étais un jeune Malien, j&#8217;aurais le goût de faire la révolution.</em></p></blockquote>
<h4>Dans les villes, le ras-le-bol d&#8217;une jeunesse vouée à l&#8217;échec.</h4>
<p>Dès la sortie de l&#8217;aéroport de Bamako, la misère frappe. Les &laquo;&nbsp;toubabs&nbsp;&raquo; (les Blancs) sont accueillis par une nuée de gamins en haillons qui s&#8217;accrochent à eux, le regard suppliant,  et qui se disputent ardemment la chance de nettoyer leurs chaussures. Tout au long de la route poussiéreuse et cahoteuse qui relie l&#8217;aéroport international au centre-ville, le paysage de désolation se confirme. Les cabanes en tôles ondulées succèdent aux décharges publiques dans un mélange d&#8217;odeurs d&#8217;urine et de détritus.</p>
<p>En ville, les pompistes versent l&#8217;essence au compte-gouttes dans des épaves qui, curieusement, tiennent encore la route. Une concentration étonnante d&#8217;ONGs étrangères dispute le terrain aux quelques commerces qui ont pignon sur rue. Seules les banques se sont fait ériger des gratte-ciels, monuments cyniques dans un pays au bord de la banqueroute.</p>
<p>C&#8217;est dans ce décor qu&#8217;habite Mohamed Macalou, un jeune en colère. Depuis l&#8217;hiver, le groupe dont il est l&#8217;un des leaders,  l&#8217;Association des élèves et des étudiants du Mali (l&#8217;A.E.E.M.), fait trembler le gouvernement. Ses membres incendient les maisons de dirigeants politiques et multiplient les casses nocturnes, malgré des centaines d&#8217;arrestations effectuées par les militaires qui quadrillent les rues de la capitale. La révolte étudiante a été déclenchée par l&#8217;annonce que leurs bourses ne seraient plus accordées automatiquement mais assorties de critères de réussite. Ces bourses (55 dollars par mois) équivalent au salaire moyen au Mali et pèsent lourd dans le maigre budget de l&#8217;Etat.</p>
<p>Pour les détracteurs du système d&#8217;attribution des bourses, celles-ci sont devenues une assistance sociale déguisée qui sert à entretenir les familles des étudiants. Pour les jeunes, elles sont la seule façon de briser le cercle vicieux de la pauvreté au Mali. &laquo;&nbsp;Pour que le Mali se développe, explique Mohammed Macalou, il faudrait qu&#8217;il y ait un taux d&#8217;alphabétisation d&#8217;au moins 50%. Il est actuellement de 17%. Si vous nous enlevez les bourses, 80% des élèves devront retourner dans les champs. Ils seront condamnés à l&#8217;ignorance.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Pour mater les jeunes, qui manifestaient leur ras-le-bol en se livrant depuis des mois à de nombreux actes de vandalisme, le gouvernement malien a ordonné, le 15 février, la fermeture de toutes les écoles du pays. En réalité, cette décision a attisé leur révolte. A Bamako, ne cherchez plus de cabines téléphoniques ou de feux de circulation. Pour les soustraire à la vengeance destructrice des jeunes, le gouvernement a déboulonné ces équipements neufs (les tout premiers au Mali) et il les a rangés en lieu sûr!</p>
<p>Les jeunes considèrent que le gouvernement a une dette morale envers eux. Mohammed Macalou rappelle qu&#8217;en 1991, plus de 200 étudiants sont morts dans les émeutes qui ont mené au renversement de la dictature au Mali. &laquo;&nbsp;On nous a envoyé à la boucherie simplement pour prendre le pouvoir, en nous faisant miroiter la possibilité d&#8217;augmenter nos bourses. Et maintenant, ils veulent nous les retirer? Pour le faire, il va falloir marcher sur nos cadavres!&nbsp;&raquo;</p>
<p>Le rêve des étudiants au Mali, explique Mohammed Macalou, est de devenir fonctionnaire. &laquo;&nbsp;Etre fonctionnaire, ça veut dire un revenu assuré et c&#8217;est prestigieux. Mais depuis sept ans, on n&#8217;a recruté aucun nouvel employé dans la fonction publique. On ne sait plus pourquoi on étudie.&nbsp;&raquo; Selon le responsable de l&#8217;A.E.E.M., la violence à laquelle les jeunes ont recours est justifiée parce qu&#8217;ils sont eux-mêmes victimes d&#8217;une forme de violence, une violence invisible et sournoise. &laquo;&nbsp;Si la satisfaction de nos revendications passe par le renversement du régime, nous sommes prêts à le faire. C&#8217;est une lutte à finir entre le gouvernement et l&#8217;A.E.E.M.&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Depuis un mois, Mohammed Macalou vit dans la clandestinité. Avant de s&#8217;engouffrer dans la nuit, comme grisé par le pouvoir de faire vaciller la jeune démocratie malienne, il ajoute, défiant: &laquo;&nbsp;Nous savons qu&#8217;ils (les dirigeants maliens) ne dorment plus la nuit.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Les sombres menaces de Mohammed contrastent avec l&#8217;optimisme d&#8217;Abdoulaye Hôdt dont le visage est illuminé en permanence d&#8217;un sourire déconcertant. &laquo;&nbsp;Moi, je suis tout le temps content. Je ne vois pas de raison d&#8217;être fâché.&nbsp;&raquo; Abdoulaye est en dixième année, il a vingt ans et il rêve d&#8217;être économiste pour pouvoir, dit-il, servir son pays. &laquo;&nbsp;L&#8217;argent est venu très tard au Mali. Nous sommes habitués à vivre sans argent. C&#8217;est culturel. C&#8217;est notre conception du monde qui est différente.&nbsp;&raquo;</p>
<p>97% de chômage? Pour Abdoulaye, au royaume de la débrouille et des petits métiers qu&#8217;est le Mali, une économie presque entièrement fondée sur le secteur informel, cette statistique ne veut rien dire. &laquo;&nbsp;97% de chômage, ça ne veut pas dire que 97% des gens ne font rien. Tout le monde travaille mais ça ne paraît pas dans les chiffres.&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Les Maliens sont habitués de trimer dur pour survivre&nbsp;&raquo; confirme Denis Beaudoin, de l&#8217;ACDI. &laquo;&nbsp;C&#8217;est dans leur culture.&nbsp;&raquo;</p>
<h4>Dans la brousse, pauvreté extrême et moral d&#8217;acier.</h4>
<p>Après Bamako, le village de brousse de Pampala dégage une atmosphère d&#8217;ordre et de sérénité. Entre les cases aux toîts de chaume, les femmes aux seins nus pilent le mil en cadence, les enfants rieurs jouent sur le sol soigneusement balayé, les hommes reviennent des champs.</p>
<p>Le jeune Kafin Traoré vit dans un plus grand dénuement que Mohammed Macalou. Mais chez lui, on ne sent aucune colère. &laquo;&nbsp;Mon plus grand rêve est de devenir commerçant. Avec l&#8217;argent de mon commerce, pour éviter la famine, j&#8217;achèterais de bons outils agricoles, je me marierais et je creuserais des puits.&nbsp;&raquo; Kafin voit l&#8217;avenir avec confiance. &laquo;&nbsp;Dans vingt ans,&nbsp;&raquo; dit-il avec un air déterminé, &laquo;&nbsp;j&#8217;aurai une voiture.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Geneviève Desmarais travaille pour l&#8217;ONG canadienne SUCO à Sanankoroba, un autre village de brousse. Cette jeune Québécoise veut faire carrière comme psycho-éducatrice. &laquo;&nbsp;Je suis surprise de voir à quel point les jeunes du village sont motivés dans leurs études. Je m&#8217;attendais à arriver ici et à les motiver. Mais non, ils sont plus motivés que moi!&nbsp;&raquo;</p>
<p>Johanne Wayland, une autre jeune coopérante québécoise qui travaille à Sanankoroba, a vécu le même étonnement quand elle est arrivée au Mali. &laquo;&nbsp;Il y a un gars qui vient de doubler sa neuvième année. Il a vingt ans. Ils sont 75 dans sa classe. Il ne peut même pas voir le tableau. Et il veut être médecin!&#8230; Les gens rient tout le temps ici. Ils font toujours des blagues!&nbsp;&raquo;</p>
<p>Quant aux jeunes femmes du village, dont l&#8217;immense majorité n&#8217;ont jamais mis les pieds dans une salle de classe, elles répètent avec assurance leur routine de futures mères de famille. D&#8217;après Johanne, le principal souci des Maliennes de vingt ans est de se marier et d&#8217;avoir des enfants, parce qu&#8217;&nbsp;&raquo;au Mali, une femme qui n&#8217;a pas d&#8217;enfants ne se sent pas femme. A leur place, je serais peut-être dans une cuisine à attendre mon mari. Ici, les filles de mon âge attendent que les gars viennent porter les noix de kola (un fruit amer qu&#8217;on offre symboliquement pour officialiser les fiançailles) à leurs parents. Elles se préparent à être de bonnes épouses en allant chercher l&#8217;eau au puits, en rapportant du bois, en lavant le linge et en préparant la cuisine.&nbsp;&raquo;</p>
<p>J. Wayland et G. Desmarais se disent dépassées par la force morale des Maliens. &laquo;&nbsp;Je ne pense pas que je serais capable d&#8217;être malienne&nbsp;&raquo; affirme Geneviève.</p>
<h4>L&#8217;atout secret des jeunes Maliens : la famille.</h4>
<p>Malgré des conditions de vie extrêmement difficiles, le suicide des jeunes est un phénomène pratiquement inexistant au Mali. D&#8217;après Denis Beaudoin de l&#8217;ACDI, ces jeunes ont un avantage sur les Canadiens, c&#8217;est la solidarité familiale.</p>
<p>La famille en Afrique est un concept beaucoup plus large qu&#8217;au Canada. Quand un Africain parle de sa famille, de ses frères et de ses soeurs, il ne s&#8217;agit pas seulement de sa famille immédiate mais de toute sa parenté, tant du côté paternel que maternel, oncles, tantes, cousins, cousines, &#8216;demi-frères&#8217; et &#8216;demi-soeurs&#8217; (quand le père a plusieurs femmes).</p>
<p>Au Mali, Denis Beaudoin explique que cette famille élargie, qui peut compter jusqu&#8217;à 200 personnes, sert de filet de sécurité en cas de difficulté. &laquo;&nbsp;Ici, il n&#8217;y a aucun service social, quel qu&#8217;il soit. C&#8217;est la famille qui remplit le rôle de l&#8217;assistance-sociale, de l&#8217;assurance-chômage, des foyers de retraite etc. Les Maliens savent qu&#8217;ils peuvent toujours se fier à leur famille en cas de difficulté.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Mais pour Hawa Marchand, une secrétaire de Bamako qui a épousé un Québécois, la famille n&#8217;a pas que des bons côtés. Selon elle, il est beaucoup plus difficile de devenir riche au Mali qu&#8217;au Canada, pour des raisons économiques évidentes mais aussi, pour des raisons culturelles liées à la famille. &laquo;&nbsp;Tu n&#8217;as pas droit au même individualisme par rapport à l&#8217;argent qu&#8217;au Canada, sinon tu es rejeté par la société. Quand tu as de l&#8217;argent, tu dois le partager avec ta famille. C&#8217;est pourquoi je dis que devenir riche au Mali, c&#8217;est avoir le nécessaire.&nbsp;&raquo;</p>
<p>D&#8217;après Michel Marceau, un jeune coopérant canadien, la famille tue l&#8217;ambition au Mali. &laquo;&nbsp;Au Canada, on dit aux jeunes: &#8216;Préparez-vous à vous démerder. C&#8217;est vous qui aurez la responsabilité de votre famille.&#8217; L&#8217;ambition suppose la notion d&#8217;individualisme. Mais au Mali ce n&#8217;est pas du tout le même contexte. Tu ne peux pas avoir la même ambition parce que si tu fais du fric, tu sais que tu vas devoir le partager avec tes cousins, tes tantes, tes frères etc. La famille encourage une mentalité de B.S.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Obtenir un diplôme n&#8217;est pas une préoccupation des jeunes selon Michel Marceau. &laquo;&nbsp;Pour quoi faire? Des entreprises privées où tu peux te présenter avec un diplôme, ça n&#8217;existe pratiquement pas au Mali. Et d&#8217;après toutes les études de la Banque Mondiale et du F.M.I. ça ne changera pas de si tôt.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Y a-t-il des jeunes au Mali qui, à vingt ans, arrivent simplement à vivre leur jeunesse, à s&#8217;éclater, à courir les filles ou les garçons? Michel Marceau croit que vous aurez du mal à les trouver. &laquo;&nbsp;La jeunesse dorée, ça existe dans les villes. Ce sont des gens dont le revenu familial est supérieur aux besoins de subsistance. Ils se connaissent tous personnellement. C&#8217;est une toute petite élite, près du pouvoir, qui représente à peine .01% de la population.&nbsp;&raquo;</p>
<h4>Un gigantesque réservoir de candidats à l&#8217;émigration.</h4>
<p>Pour bien des jeunes, l&#8217;avenir ne se trouve pas au Mali. Bekaye Kouyaté joue des percussions dans la troupe folklorique Babemba à Bamako. &laquo;&nbsp;Quelqu&#8217;un qui a vingt ans au Canada est vingt fois mieux qu&#8217;au Mali. Il a tout: l&#8217;argent, les connaissances, la nourriture, l&#8217;espérance de vie. Tous les fardeaux sont sur notre tête maintenant.&nbsp;&raquo; Mamadou Kanté danse dans la même troupe. &laquo;&nbsp;Le Mali dans vingt ans? Ce sera la guerre civile.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Zacharia Bathily vit à la campagne, près du Sénégal, dans la région du Mali qui connaît la plus forte émigration. Il revient d&#8217;un séjour de six ans en France. Pour lui, la France a été une expérience décevante, le règne du chacun-pour-soi. &laquo;&nbsp;Je préfère avoir mes problèmes que ceux des jeunes Occidentaux. Il n&#8217;y a pas de solitude au Mali. Ici nous sommes entourés. On s&#8217;entraide, on se parle, on ne vit pas enfermé.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Zacharia Bathily souligne que les jeunes émigrés qui, comme lui, reviennent au Mali, entretiennent eux-mêmes le mythe de l&#8217;Eldorado en couvrant leurs familles d&#8217;argent et de cadeaux pour masquer l&#8217;échec de leur expérience et pour éviter la honte de rentrer bredouille. Il considère qu&#8217;en étouffant l&#8217;espoir des jeunes, le Mali est devenu un gigantesque réservoir pour candidats à l&#8217;émigration, un réservoir qui déborde et qui va céder tôt ou tard.</p>
<p>&laquo;&nbsp;L&#8217;avenir? Pour le développement de l&#8217;Afrique, je dis Bonjour les dégâts! Ca sera très difficile. Les gens n&#8217;y croient plus. L&#8217;émigration est perçue comme la seule porte de sortie. Quand je dis aux gens ici que l&#8217;Eldorado n&#8217;existe pas, que l&#8217;émigration n&#8217;est pas la solution, que l&#8217;intégration à la culture occidentale est extrêmement difficile, ils ne veulent pas me croire. Déjà, dans les villages de la région, il n&#8217;y a presque plus de jeunes adultes. Ils sont tous partis!&nbsp;&raquo;</p>
<p>Bathili Mamadou, un jeune entrepreneur qui revient lui aussi d&#8217;un séjour à l&#8217;étranger, croit que le Canada doit se préparer à recevoir de la visite. &laquo;&nbsp;Mes parents devaient mettre deux mois, à dos d&#8217;âne, en train et en bateau, dans des conditions très difficiles, pour se rendre de leur village jusqu&#8217;en France. Moi ça me prend cinq heures en avion et c&#8217;est de moins en moins cher. De plus en plus de Maliens vont aller frapper aux portes de la France et du Canada.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Pour Bathili Mamadou, l&#8217;espoir du Mali, c&#8217;est que les jeunes Maliens ne perdent pas de vue les valeurs qui font leur force. &laquo;&nbsp;La vie de mes enfants connaîtra un changement considérable par rapport à la mienne à cause de la technologie qui transforme notre société. Actuellement, tu peux passer six mois à la campagne sans entendre le tam-tam. C&#8217;est la radio et les chaînes stéréos qui l&#8217;ont remplacé. Cette technologie a un impact direct sur nos valeurs. Je crains qu&#8217;à cause d&#8217;elle, on perde cette solidarité, cette importance de la famille qui fait notre force actuellement. Notre réalité est différente. Nous ne devons pas essayer de copier l&#8217;Occident. Sinon, nous ne serons plus que des consommateurs.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Robert Bourgoing<br />
         (1ière publication : oct. 96)</p>
<p><a name="encadre"></a></p>
<table width="450" border="1" cellpadding="10" align="center" bgcolor="#ffffff">
<tbody>
<tr>
<td>
<h3>Des chiffres qui donnent le vertige.</h3>
<p>Pour avoir une idée du gouffre qui sépare un jeune Malien du jeune Canadien moyen, il suffit d&#8217;un coup d&#8217;oeil sur les statistiques vertigineuses de son pays. Il y a deux fois moins de gens qui ont l&#8217;électricité (ou le téléphone) dans l&#8217;ensemble du Mali que dans la seule ville de Longueuil, 30,000 abonnés sur neuf millions d&#8217;habitants. L&#8217;espérance de vie est de 41 ans pour les hommes et de 50 ans pour les femmes, des chiffres qui sont dûs en partie à une forte mortalité infantile (un enfant sur quatre meurt avant cinq ans). Si l&#8217;on applique nos  repères économiques à la situation du Mali, les statistiques sont encore plus déroutantes. Selon le consul canadien Denis Beaudoin, le taux de chômage officiel atteint 97% (seulement 3% de la population a un travail rémunéré formellement), et même à 97% il continue d&#8217;augmenter à cause de la trop forte croissance de la population active (3,5% par année)! Le revenu moyen est de 22 dollars par mois. Le salaire maximum, celui d&#8217;un ministre, est de 300 dollars par mois, ce qui est une mince consolation quand on pense qu&#8217;un salarié fait vivre en moyenne vingt personnes. Cet hiver, du jour au lendemain, les Maliens des villes ont perdu pratiquement la moitié de leur pouvoir d&#8217;achat à cause de la dévaluation brutale du franc CFA, la monnaie utilisée au Mali. Pour les jeunes de moins de vingt ans, qui composent à eux seuls presque 60 pour cent de la population, le tableau est encore plus sombre. Le pays compte 83% d&#8217;analphabètes et il n&#8217;y a encore aucune université au Mali. Dans les écoles délabrées et sous-équipées, les élèves doivent apporter leurs bancs. Ces écoles devraient être au moins trois fois plus nombreuses et elles ne sont fréquentées que par un enfant sur quatre en âge de le faire. Plus d&#8217;un million d&#8217;enfants ne vont pas à l&#8217;école parce qu&#8217;il n&#8217;y en a pas dans leur village ou parce que, pour pouvoir manger, leurs parents préfèrent les voir dans les champs.  R.B.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
]]></content:encoded>
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		<title>Les Petits Chanteurs du Mont-Royal &#8211; Disque</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Sep 1978 22:02:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divers]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour télécharger les chansons (MP3) individuellement, faire clic-droit sur et &#171;&#160;Enregistrer la cible sous&#160;&#187; . FACE A En son Temple Sacré Jacques Mauduit (3&#8217;22&#8243;) Monsieur Noé Lionel Daunais (2&#8217;57&#8243;) Francion vint l&#8217;autre jour Pierre Bonnet (1&#8217;35&#8243;) La chanson des yeux...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/PCMR2_FaceA.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2074" style="border: 1px solid black;" title="PCMR2_FaceA" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/PCMR2_FaceA.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/PCMR2_FaceB.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2074" style="border: 1px solid black;" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/PCMR2_FaceB.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p>Pour télécharger les chansons (MP3) individuellement, faire clic-droit sur <img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /> et &laquo;&nbsp;<em>Enregistrer la cible sous</em>&nbsp;&raquo; .</p>
<table width="100%" border="0" cellpadding="15" bgcolor="#ffffff">
<tbody>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">
<h1>FACE A</h1>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>En son Temple Sacré<br />
</strong><em>Jacques Mauduit (3&#8217;22&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a title="Télécharger" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/01-En-son-Temple-Sacr%C3%A9.mp3"><img class="alignnone size-full wp-image-1969" style="border: 0px none currentcolor;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Monsieur Noé<br />
</strong><em>Lionel Daunais (2&#8217;57&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/02-Monsieur-No%C3%A9.mp3"><img style="border: 0px none currentcolor;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Francion vint l&#8217;autre jour<br />
</strong><em>Pierre Bonnet (1&#8217;35&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/03-Francion-vint-lautre-jour.mp3"><img style="border: 0px none currentcolor;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>La chanson des yeux<br />
</strong><em>Folklore portugais &#8211; harm. Jacques Chailley (1&#8217;20&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/04-La-chanson-des-yeux.mp3"><img style="border: 0px none currentcolor;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Swing Low, Sweet Chariot<br />
</strong><em>Negro Spiritual &#8211; harm. Jean Pagot &#8211; solo R. Bourgoing (4&#8217;00&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/05-Swing-Low-Sweet-Chariot.mp3"><img style="border: 0px none currentcolor;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>L&#8217;histoire de Malbrouk<br />
</strong><em>arr. Vincent d&#8217;Indy (6&#8217;17&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/06-Lhistoire-de-Malbrouk.mp3"><img style="border: 0px none currentcolor;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">
<h1>FACE B</h1>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>En revenant de noces<br />
</strong><em>Folklore français &#8211; harm. Jacques Chailley (2&#8217;38&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"> </td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/07-En-revenant-de-noces.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Adieu, Sweet Amarillis<br />
</strong><em>John Wilbye (2&#8217;34&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"> </td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/08-Adieu-Sweet-Amarillis.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Amor vittorioso<br />
</strong><em>Giovanni Gastoldi (2&#8217;16&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"> </td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/09-Amor-vittorioso.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Berceuse &laquo;&nbsp;de Mozart&nbsp;&raquo;<br />
</strong><em>Bernhard Flies (2&#8217;18&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"> </td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/10-Berceuse-de-Mozart.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Patapatapan</strong><br />
<em>Annibal Gantez &#8211; harm. Paul Berthier (3&#8217;27&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"> </td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/11-Patapatapan.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>A Lauterbach</strong><br />
<em>Folklore alsacien &#8211; harm. Madeleine Perissas (2&#8217;30&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"> </td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/12-A-Lauterbach.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%"><strong>Jubilate Deo</strong><br />
<em>Giovanni Gabrieli (5&#8217;25&#8243;)</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%"> </td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/13-Jubilate-Deo.mp3"><img title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: center;">
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		<title>PCMR &#8211; &#171;&#160;Nous avons vu le Seigneur&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Mar 1973 19:51:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour télécharger les chansons (MP3) individuellement, faire clic-droit sur  et &#171;&#160;Enregistrer la cible sous&#160;&#187; . Mise en route: Nous avons vu Soliste: Stéphane Bégin? Approche 1: Tu m&#8217;appelles Soliste: Anthony Rozankovic Approche 2: Revenez vers moi Soliste: Robert Bourgoing Approche 3:...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Nous Avons Vu Le Seigneur - recto" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/NousAvonsVuLeSeigneur_FaceA1.jpg"><img class="size-full wp-image-1926 alignnone" style="border: 1px solid black;" title="Nous Avons Vu Le Seigneur - recto" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/NousAvonsVuLeSeigneur_recto.jpg" alt="Nous Avons Vu Le Seigneur - recto" width="300" height="300" /></a><a title="Nous Avons Vu Le Seigneur - verso" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/09/NousAvonsVuLeSeigneur_FaceB.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1951" style="border: 1px solid black;" title="Nous Avons Vu Le Seigneur - verso" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/NousAvonsVuLeSeigneur_verso2.jpg" alt="Nous Avons Vu Le Seigneur - verso" width="300" height="300" /></a></p>
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<table width="100%" border="0" cellpadding="15" bgcolor="#ffffff">
<tbody>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Mise en route: <strong>Nous avons vu<br />
</strong><em>Soliste: Stéphane Bégin?</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a title="Télécharger" href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Mise-en-route-Nous-avons-vu.mp3"><img class="alignnone size-full wp-image-1969" style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 1: <strong>Tu m&#8217;appelles<br />
</strong><em>Soliste: Anthony Rozankovic</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-1-Tu-mappelles.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 2: <strong>Revenez vers moi<br />
</strong><em>Soliste: Robert Bourgoing</em><strong></strong></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-2-Revenez-vers-moi.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 3: <strong>Jouez pour le Seigneur<br />
</strong><em>Soliste: Carl Lemyre</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-3-Jouez-pour-le-Seigneur.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 4: <strong>Donne-nous ton fils<br />
</strong><em>Soliste: Michel Beausoleil</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-4-Donne-nous-ton-fils.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 5: <strong>Proclamation de foi<br />
</strong><em>Soliste: Anthony Rozankovic</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-5-Proclamation-de-foi.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 5: <strong>Allez-vous en sur les places<br />
</strong><em>Soliste: Charles-O. Dupuis</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-5-Allez-vous-en-sur-les-places.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 6: <strong>Avec toi Jésus<br />
</strong><em>Soliste: Marc Vincent</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-6-Avec-toi-Jésus.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 7: <strong>Notre Père</strong></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-7-Notre-Père.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 8: <strong>Jésus mon Seigneur<br />
</strong><em>Texte lu: Charles-O. Dupuis</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-8-Jésus-mon-Seigneur.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 9: <strong>Alleluia<br />
</strong><em>Soliste: Robert Bourgoing</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-9-Alleluia.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
<tr>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="40%">Approche 10: <strong>Tu es le Saint Esprit<br />
</strong><em>Soliste: Michel Beausoleil?</em></td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="50%">
<div align="center"></div>
</td>
<td align="left" valign="bottom" bgcolor="#ffffff" width="10%"><a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/Approche-10-Tu-es-le-Saint-Esprit.mp3"><img style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /></a></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/PCMR.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1964" title="PCMR" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/2011/08/PCMR.jpg" alt="" width="600" height="336" /></a><br />
<img class="alignnone" style="border: 0px;" title="Télécharger" src="http://www.bourgoing.com/wp-content/uploads/1973/03/download.gif" alt="Télécharger" width="16" height="20" /> <a title="PCMR" href="http://farm3.static.flickr.com/2044/2066048462_44b7d309c3_o.jpg" target="_blank">Haute résolution</a></p>
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